Emilie. Aïssa LACHEB - 2018

Publié le 22 Mai 2018

Emilie

 

Aïssa LACHEB

Editions Au Diable Vauvert, 15 mars 2018

128 pages

 

Thèmes : Première Guerre mondiale, Histoire, Mémoire

 

1917, village de Nauroy, entre le mont Cornillet les monts de Champagne.

 

Emilie est une petite fille orpheline, d'environ 10 ans, mutique, sauvageonne, qui gambade dans le paysage désormais lunaire de son village et de ses alentours.

Recueillie par les "deustch-boches", qui font autant attention à elles comme ils oublient sa présence ou son absence, elle vit sa vie, si tant est que cela en soit une.

Elle semble constamment ailleurs, tandis que les soldats creusent sous un ciel strié d’obus ou parcouru par les avions.

 

Les seuls moments où l'émotion l’étreint, sont ceux de la mort.

Lorsque cette dernière est visible, palpable : un soldat exécuté, ou trouvé mort sur le chemin ou lors d’une inhumation.

Là, son petit corps tressaille et elle dépose sur chaque tombe nouvelle des brins d'herbe, des branches, des fleurs quand elle en trouve.

Cette fillette devient un symbole : celui de l’innocence mise à mal par la guerre, mais qui résiste.

Des milliers d’hommes avançaient, masqués, armés, ils donnaient l’assaut et pas un seul n’imagina qu’ils passaient sur Nauroy, sur ses ruines, sur une tranchée, sur ces hommes, sur Emilie, tout n’était plus que terre retournée, dévastée, brûlante.

C’est par cette histoire, vraie ( ?) et terrible, émouvante et incroyable, qu’Aïssa Lacheb nous révèle une histoire non moins tragique, comme seules les guerres savent les engendrer, et parfois les restituer.

 

C’est une histoire, méconnue, qui s’étale sur un siècle, entre la mort, l’oubli, les retrouvailles, le silence, la peur, la mémoire et le recueillement…

Dans un camp comme dans l’autre, on ignorait ce que recelait le mont Cornillet.

20 mai 1917

Les Français lancent une attaque de reconquête.

Un feu roulant dévaste tout, les soldats marchent derrière, un obus pénètre le mont Cornillet, condamnant ainsi les mille soldats allemands cachés dans les replis de ses galeries à une mort, atroce, par asphyxie…

Source

 

1918 – 1974 – 1984 - 20 mai 2017

Une commémoration, placée sous le signe de l’amitié et du souvenir, est organisée à l’initiative du Département, d’associations d’anciens combattants françaises comme allemandes, de descendants, d’étudiants… CLIC

 

 

Emilie est un roman dur et triste, raconté d'une manière à la fois froide et intime, mais qui n’en reste pas moins saisissant et poignant, et surtout inoubliable.

Il m'a beaucoup fait penser à celui de Laurent Gaudé, Cris.

Les sons, les odeurs, les sensations, les couleurs tristes (grises surtout, le blanc crayeux du sol, le noir du brûlé) sont très bien retranscrits et l'on imagine les fleurs et l'herbe d'Émilie comme des petits points de couleurs, de lumière dans la grisaille ambiante.

 

Le roman se situe sur les terres d'un village qui n'existe plus – comme tant d’autres alentour.

Désormais en "zone rouge" mais pas dans l’enceinte du camp militaire.

Seules une petite partie de son cimetière et sa chapelle (reconstruite) sont encore là, vestiges d'un temps passé, et témoins des horreurs de la guerre.

 

Emilie est un hommage rendu à tous ces soldats et villages morts d’une manière atroce, au cœur d’une guerre abominable.

Et pour moi, il me permet de découvrir, d'apprendre encore, alors que tant de choses ont déjà été dites sur ce conflit. J'aime!

Nauroy ne sera plus que ce petit bois parsemé de pierre et de ruines éparses sur des cratères d’obus, de l’herbe aura poussé, de la mousse, des taillis et même des fleurs à la belle saison. Le petit cimetière sera toujours là, dernier vestige à moitié démoli portant sur ses pierres les traces des combats.
Les habitants ne reviendront plus et le maire décidera que les choses restent en l’état, que l’on ne construira plus jamais ici. Alors Emilie fit une chose qu’elle n’avait pas souvent faite : elle pleura.

Merci aux Editions Au Diable Vauvert

 

Ce roman participe à mon Challenge autour de la Première Guerre mondiale ainsi qu’au « Petit Bac 2018 » d’Enna, pour ma 5e ligne, catégorie Titre en un mot.

 

 

 

 

 

 

 

 

Belles lectures et découvertes,

Blandine

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Commenter cet article

Nancy 24/05/2018 21:17

Je vous sens très touchée par ce roman, Blandine !
Le thème bien sûr, le personnage aussi...
Votre chronique est émouvante.
Belle soirée !

Blandine 25/05/2018 22:24

Oui en effet!
Merci beaucoup Nancy!
Belle soirée à vous :-)