Nouveaux contes zen. John J Muth - 2008 (dès 6 ans)

Publié le 19 Janvier 2014

Nouveaux contes Zen

Jon J. MUTH

Albums Circonflexe, octobre 2008. (USA, 2008) (Dès 6 ans)

Notions abordées : Japon, bouddhisme zen, amitié, entraide, haïkus, souvenirs.

Peut-être avez-vous vu ces derniers temps sur la blogosphère littéraire des articles sur cet album ou son « grand frère » Petits contes zen ? Dans leur suite, voici le mien !

J’ai acheté cet album suite à la double-exposition consacrée à Hiroshige et Van Gogh, l’an dernier, à la Pinacothèque de Paris. Je suis immédiatement tombée sous son charme, tout d’abord pour ses illustrations, le bouddhisme et bien sûr le message qu’il véhicule avec beaucoup de douceur et de finesse.

On y retrouve les personnages croisés dans Petits contes zen, mais n’étant pas une suite à proprement parler, il peut parfaitement être lu indépendamment, comme ce fut le cas pour moi.

Nous faisons la connaissance avec un panda géant, Eau-Paisible, qui attend son neveu Célestin (Koo, dans la version originale) à la gare pour passer les vacances ensemble. Ils s’arrêtent dans un parc afin de boire du thé, et bien que ce soit sur le ton de la plaisanterie, Eau-Paisible suggère à son neveu de ne pas jeter sa tasse pour la réutiliser tout le long de son séjour.

Trois frères et sœur, Anna, Martin et Charles, les rejoignent afin de jouer ensemble. Martin doit passer dans quelques jours un concours d’orthographe et fait part de ses angoisses à Eau-Paisible qui lui répond en deux temps, avec plein de sagesse, et en lui proposant une visite chez l’une de ses amies.

Cette dame se révèle être une de leur voisine, acariâtre et peu amène qui leur crie régulièrement dessus depuis son perron. Mais la demande émane d’Eau-Paisible et les trois enfants lui préparent une soupe avant de l’accompagner.

Les enfants trouvent Mlle Harriety bien plus petite de près et bien qu’elle soit bougonne lors de cette première visite, ils acceptent de revenir le lendemain. Et Martin y est même cordialement invité par Eau-Paisible. Il apprend ainsi qu’elle était professeure de français et qu’elle va l’aider pour son concours d’orthographe du lendemain. La leçon commence avec la racine des mots et dure la matinée.

Les vacances se passent et les deux pandas, les trois enfants et Mlle Harriety se voient régulièrement. La veille du départ de Célestin, tous prennent ensemble un thé à la pomme, que la mère de la vieille dame lui avait appris à faire.

C’est le départ, et Célestin, qui ne s’exprime qu’en haïkus, décide de garder sa tasse. « Mon séjour s’achève, l’été sent le thé à la pomme, et je vais garder ma tasse. »

A la toute dernière page, l’auteur laisse une note à notre attention afin de nous donner des détails concernant la genèse de son livre. Il nous offre quelques précisions d’ordre personnel et culturel.

Cet album est magnifique et respire la sérénité. Tout d’abord grâce aux magnifiques aquarelles, douces et lumineuses à la fois. Ensuite, grâce aux messages qu’il véhicule. Il nous offre une double histoire, celle de l’amitié et de l’entraide. Il nous faut aller au-delà des apparences et de nos préjugés. Ceci est un précepte bouddhiste : nous faisons partie d’un tout et qui nous relie tous les uns aux autres. Comme la vieille dame apprend aux enfants, ces derniers lui apprennent des choses et ensemble, ils partagent et échangent. Cependant, le bouddhisme zen japonais est très différent du bouddhisme chinois ou tibétain, bien que des similitudes existent, et n’est donc pas le même que celui présent dans La Soupe aux Cailloux.

Et aussi grâce aux haïkus dont use Célestin. Les haïkus sont des petits poèmes japonais apparus au XVIIe siècle, dont la règle d’écriture est très stricte. En peu de mots, ils doivent traduire une sensation et inciter à la réflexion, tout en jouant sur les mots. Ils doivent obligatoirement comporter une notion de saison et une césure. Son sens ne se dévoile réellement que lorsqu’il est lu dans le contexte de l’histoire ou du recueil de poèmes dont il est le prologue.

Les Occidentaux les découvrirent au début du XXe siècle, et beaucoup de poètes français tentèrent d’en écrire. Mais la langue française est bien moins imagée que la langue japonaise et leur style diffère donc. Les haïkus français sont découpés en trois vers de cinq, sept puis à nouveau cinq syllabes, soit dix-sept en tout.

Tout au long de l’histoire, et en arrière-plan, on voit des pommes. Des rouges et des vertes. Lorsque les enfants préparent la soupe, sur les draps et rideaux de Mlle Harriety, le dessin que Charles lui fait, le pommier dans son jardin où ce dernier va lui cueillir plein de fruits qui vont ensuite remplir la corbeille sur la table, le thé à la pomme le jour des adieux et le tableau dans le salon de la vieille dame. J’ai essayé de me renseigner sur la relation entre les pommes et le Japon mais n’ai rien trouvé de particulier. Je ne suis d’ailleurs pas sûre que l’action s’y déroule car les prénoms des personnages ainsi que leurs traits sont occidentaux, que l’on aperçoit un drapeau américain à l’entrée d’une des maisons dans la rue et que les pandas sont originaires de Chine. C’est donc là un très bel ensemble multiculturel et résolument optimiste que nous offre l’auteur.

Jon J Muth est un auteur et illustrateur américain, né à Cincinnati, dans l’Ohio, le 18 juillet 1960. Il se trouve que c’est dans cet Etat notamment, que le botaniste américain John Chapman (surnommé « Johnny appleseed ») a introduit et planté de nombreux pommiers au début du XIXe siècle.

Il a étudié la sculpture sur pierre et le shodo (calligraphie au pinceau) au Japon, puis la peinture et la gravure en Angleterre, Allemagne et Autriche. Il gagne le prix d’Eisner pour l’excellence de sa peinture dans la bande-dessinée, lieu propice selon lui pour « développer les expressions d’angoisse et le questionnement sur notre place dans l’Univers. » Ses livres, traduits dans plus de dix langues, sont connus dans le monde entier.

Les éditions Circonflexe publient quatre de ses livres les plus renommés :

*La Soupe aux cailloux, dont j’ai rédigé un article.

Cet album a été sélectionné en 2006 pour le Prix des Incorruptibles, dont je vous parle régulièrement.

*Les trois Questions en 2003, sélection 2005 pour le Prix des incorruptibles et réédité en 2011. Cet album a été élu finaliste du prix du Book Sense book, décerné par des libraires indépendants, et nommé pour le Notable Social Studies Trade Book for Young People, décerné par des éducateurs et dont les livres sont destiné à être lus et étudiés dans les classes de sciences sociales.

*Petits contes zen, publié en 2005.

*Et donc Nouveaux contes zen, en 2008 que je vous invite grandement à découvrir et à partager autour de vous !

Belles lectures.

Blandine.

Album lu dans le cadre du Challenge « Je lis aussi des albums » de Sophie Hérisson.

logo challenge albums 2014

9/60

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