Facteur pour femmes. Didier QUELLA-GUYOT et Sébastien MORICE – 2015 (BD)

Publié le 15 Novembre 2017

Facteur pour femmes

 

Scénario de Didier QUELLA-GUYOT

Dessins et couleurs de Sébastien MORICE

Editions Bamboo, collection « Grand-Angle », septembre 2015

112 pages

 

Thèmes : Première Guerre mondiale, Bretagne, courrier, amour, amitié, famille, transmission

 

 

C’est par un heureux hasard que j’ai découvert ce superbe album !

Lors d’un RDV BD de la semaine, Noukette a présenté sur son blog L'Île aux remords  et a évoqué dans son article un précédent album du duo d’auteurs, Facteur pour femmes donc !

 

Ce qui m’a fait cliquer ? Hormis le (beau) dessin, je ne sais pas mais j’ai été inspirée ! Dès les premières lignes de sa présentation, j’étais conquise et l’album, commandé !

Il faut dire que je ne suis pas très difficile dès lors que les mots « Première Guerre mondiale » sont évoqués ;-)

Nous voici donc en août 1914 et les rumeurs de guerre ont rattrapé cette petite île bretonne qui voit tous ses hommes valides partir, mais aussi son bétail et ses ressources.

Seuls restent les trop vieux, et Maël Gréhat.

Jeune homme de 17 ans, casse-cou à vélo, depuis toujours écarté et moqué, désigné demeuré d’office en raison de son pied-bot, comme si c’était lié.

 

Il va pourtant bien être utile à cette « nouvelle » communauté.

On dit que la guerre sera courte, tant mieux ! Mais il faut tout de même s’organiser, surtout sur une île. Pour les moissons, pour l’école, pour l’église, mais aussi pour le courrier. Et qui d’autre que Maël pourrait s’acquitter de cette tâche, d’autant qu’il sait lire ?!

 

Trop heureux d’échapper à l’oppression exercée par son père, Maël prend son rôle très au sérieux.

Il gagne en confiance, découvre son île avec un regard neuf et libre, apprend à connaître chacune de ces femmes esseulées, en leur parlant, mais surtout en lisant leur courrier, ces lettres intimes qu’elles envoient à leur mari, si loin…

Celles-là même qui le croyaient un peu idiot du village découvrent un jeune homme timide, intelligent et sensible. Et comme leurs vieux parents aimaient bien le bossu – on le savait sérieux, travailleur, infatigable… et nigaud-, alors, les longues conversations sur le pas de la porte n’inquiètent personne, surtout pas ces pères, trop contents de ne plus supporter les pleurs de leurs filles esseulées. Le Maël tombe bien pour tout le monde !
Alors on lui sourit, on l’encourage, on l’invite, on le chicane, on le retient…

Elles le retiennent toutes et s’imaginent être la seule – c’est plus commode.

Il lit les lettres à celles qui ne peuvent le faire, il découvre chacune d’elles sous le regard de leur mari, il écarte les missives trop tristes ou douloureuses, ménage les cœurs pour mieux savoir s’en approcher…

 

Il vole, il ment, il trompe, il usurpe.

Il se fait écrivain, poète, et charmeur.

Il profite, calcule, minimise et se venge.

Il panse les cœurs et réchauffe les corps.

 

Et arrive ainsi à se rendre (de plus en plus) indispensable.

Tout en se croyant unique et l’unique !

 

Tout m’a plu dans cet album !

Le dessin d’abord. La couverture est très douce. L’intérieur est très coloré, rond et nous imprègne de ses atmosphères.

Et bien sûr, le propos.

 

Nombreux sont les récits sur la Première Guerre mondiale qui nous racontent les tranchées, la boue, les rats, les bombardements, les ordres absurdes, les terres rougies par le sang, la nostalgie et le découragement ; et pour l’Arrière, les femmes aux champs, les lettres dans les mains du maire et la robe noire. Et c’est très bien car c’est nécessaire.

Mais les auteurs nous livrent là un aspect écarté de la guerre : la teneur intime des correspondances et les besoins affectifs, et sexuels, des femmes. Ceux des hommes étant satisfaits par les « bordels militaires de campagne » - ce que n’oublie pas de rappeler Maël à l’une d’entre elles ! (CLIC)

Et pourtant, derrière cette impression triviale, c’est bien la guerre et ses conséquences qui sont traitées.

D’abord absent de la narration, le conflit et sa cohorte d’horreurs apparaissent peu à peu, à mesure que le temps passe et que l’absence se fait sentir (car si Maël comble, il ne remplace pas) dans les lettres lues par Maël en cachette (et auxquelles ils n’accordent aucun crédit) dans les cartouches, puis dans les vignettes, de plus en plus nombreuses, jusqu’à la pleine page.

Les couleurs caractéristiques du Front y sont associées, et la souffrance des hommes y transparaît.

 

L’aspect provincial y est peu retranscrit, sauf à un moment, tout à fait descriptif de ce qu’ont pu ressentir tous les soldats parlant leur dialecte régional (de Bretagne et d’ailleurs – mais encore plus vrai pour un ilien) et ne comprenant donc pas le français, cette langue administrative et militaire, enseignée depuis peu à l’école pour l’unification du pays.

Ordres aboyés et non suivis, et sanctions abusives.

-Tout le monde n’y est pour rien, mais on y est tous !
Alors encore un mot et tu viens avec lui !

Moi, les déserteurs, les tire-au-flanc ou les intellectuels avec leurs beaux discours pacifistes, je leur fais pas de cadeau !

-Mais ?!
Puisque je vous dis que c’est un pêcheur analphabète. Il ne comprend pas le français !

-ET TOI, CONSEIL DE GUERRE, TU COMPRENDS ?!

Cette réalité linguistique m’avait été rendue très palpable dans les deux albums Aio Zitelli (1 et 2) et le roman 1914-1918. Pensez à nous dans vos fêtes du cœur ; qui évoquaient les Corses dans la Grande Guerre.

Deux îles mais une même évidence.

 

Cet album contient en réalité trois histoires.

Je vous en ai dévoilé deux, à vous de découvrir la troisième !

 

Avec Noukette , je ne suis pas la seule à l’avoir apprécié ! Il y a aussi : Jérôme, Le Petit Carré Jaune, Lasardine, Sabine...

 

 

Il participe au RDV « BD de la semaine » qui se passe aujourd’hui chez Stephie (Retrouvez-y toutes les participations du jour - CLIC), à mon Challenge consacré à la Première Guerre mondiale et au « Petit Bac 2017 » d’Enna pour ma 7e ligne, catégorie Sphère familiale.

 

 

 

 

 

 

 

 

Belles lectures et découvertes,

Blandine.

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Commenter cet article

Hélène 22/11/2017 09:58

Un album très original et très beau

Sabine 18/11/2017 09:39

Un excellent souvenir de lecture pour moi !

Blandine 18/11/2017 12:29

:-D

Jerome 18/11/2017 08:22

J'en garde un excellent souvenir. Et le dessinateur est adorable (je ne dis pas ça parce qu'il m'a fait une très jolie dédicace^^).

Blandine 18/11/2017 12:29

hé hé!

Mais cela joue, forcément un peu ;-) D'ailleurs, faut-il dissocier l'auteur/l'artiste de l'oeuvre? Personnellement je ne le crois pas

lasardine 16/11/2017 10:02

je garde un excellent souvenir de cet album qui m'a rappelé ma Bretagne natale :)

Blandine 18/11/2017 12:27

:-) Tu n'es pas la première à me dire cela!

Caro 15/11/2017 22:59

Beaucoup aimé aussi cette histoire bretonne (dont je me demandais comment elle allait pouvoir finir...). Sinon, sur dialectes régionaux et première guerre mondiale, tu as "la faute au midi" (Le Naour / Dan) qui raconte l'histoire de soldats fusillés pour ne pas avoir compris les ordres... Très bien aussi !

Blandine 16/11/2017 09:02

Je me suis doutée de la dernière histoire, mais pas de la 2e ;-)
Oh merci pour la référence, je note!

Enna 15/11/2017 22:22

Déjà la couverture est superbe mais ce que tu en dis enfonce le clou! Je vais regarder s'il est à la médiathèque!

Blandine 15/11/2017 22:26

Je serais ravie que tu le trouves :-)

Nathalie 15/11/2017 19:33

J'aime beaucoup les illustrations ! Et le scénario est bien appétissant aussi... ;)

Blandine 15/11/2017 22:26

Oh que oui! Je te souhaite de pouvoir le lire!

Saxaoul 15/11/2017 19:08

Le graphisme m'attire tout particulièrement. Vu ce que tu en dis, je crois que je vais craquer.

Blandine 15/11/2017 22:27

J'espère bien ;-) De mon côté, j'ai craqué pour "Le photographe de Mauthausen" ;-)

Fanny 15/11/2017 17:46

Ma bibliothécaire m'en a parlé ! IL faut que je l'emprunte. J'adore les traits et comme toi je saute sur les livres qui évoquent la première et seconde guerre mondiale.

Blandine 15/11/2017 22:27

Oh que oui! :-)

Khadie 15/11/2017 14:45

Je note aussi !!

Blandine 15/11/2017 22:28

:-)

Moka 15/11/2017 14:00

Un album souvent encensé ! Je dois encore le lire !

Blandine 15/11/2017 22:28

vi!

Noukette 15/11/2017 11:12

Excellent album, excellent duo d'auteurs, rien à jeter, vraiment !!

Blandine 15/11/2017 22:28

Et il me reste encore à découvrir en vrai l'autre album que tu as présenté :-)

Jacques 15/11/2017 08:56

Un album apprécié par beaucoup de monde et qui a l'avantage (entre autre) de présenter la seconde guerre mondiale d'un point de vue vraiment original et différent, sans oublier les beaux dessins de Morice.
Un petit conseil, à ce sujet. Fais un effort pour présenter des scans propres des planches, stp, pour rendre honneur aux dessins. Merci

Blandine 15/11/2017 10:26

Exact, sauf qu'il s'agit de la Première Guerre.

Quant aux photos, je fais comme je peux. Et jusqu'à présent, cela ne semble pas avoir dérangé les autres. Merci.

Nancy 15/11/2017 08:53

Tout comme vous, la couverture et le propos m'attirent beaucoup. J'imagine combien cette BD a dû vous charmer.
Je note ce titre !
Belle journée Blandine.

Blandine 15/11/2017 10:24

Merci beaucoup Nancy :-)
Belle journée à vous aussi!

Cristie 15/11/2017 07:40

Tu fais envie !

Blandine 15/11/2017 10:24

Merci!

Mo 15/11/2017 06:25

Je l'avais aussi noté suite à la chronique de Noukette. Et voilà que tu te fais tentatrice à ton tour ! ;)

Blandine 15/11/2017 10:24

Hé hé! Plus qu'une chronique, et il (te) deviendra indispensable ;-)