Nuit persane. Maxime ABOLGASSEMI - 2017

Publié le 19 Septembre 2017

Nuit persane

 

Maxime ABOLGASSEMI

Éditions Erick Bonnier, 24 août 2017

472 pages

 

Thèmes : Iran, France, fin des années 1970, amitié, amour, Révolution, transmission

 

Une belle couverture, sobre mais attrayante, un titre attirant et me voilà partie en Iran, à la fin des années 1970.

J’avoue ne pas connaître grand-chose de ce pays : récit d'un ami qui l’a fui ; le film Persépolis de Marjane Satrapi. Et c’est tout.

L’Iran ne m’évoque donc pas grand-chose, à part la dictature, et c’est forcément réducteur.

 

Le roman remonte les souvenirs de Mathieu pour nous dévoiler une double histoire, une double révolution, intimement liées : celle de l’amour, lumineuse et impétueuse ; l’autre politique, sombre et destructrice.

 

1976

Mathieu part de sa banlieue parisienne pour arriver à Téhéran avec sa famille. Son père est en charge du nucléaire iranien, ce qui assure à son fils une place dans le prestigieux lycée français Râzi, un confortable statut d’expatrié, une vie qui alterne entre les cours, les amis, le football et les jeux vidéo, alors tout nouveaux.

L’Iran et la France sont très amis. La photo est belle.

 

C’est au lycée qu’il fait la connaissance de Leyli.

Volontaire, elle est la première fille de sa famille à pouvoir faire ses études et elle entend bien profiter de cette amélioration de la condition des femmes.

C'est en pensant la reconduire chez elle, dans un quartier éloigné, et surtout plus pauvre, que Mathieu découvre un pan méconnu de la société iranienne.

 

Grâce à Leyli, ses consciences s’éveillent sans qu’il puisse en mesurer ni l’ampleur, ni l’impact.

Celle de la beauté d’abord : des traditions, des saveurs, des odeurs, des paysages qui s’offrent à lui.

Elle lui apprend le pouvoir des mots, leur nuances, leur musicalité, leurs sens. Elle le sensibilise à la poésie, au persan.

Dans le persan, elle chérissait par-dessus tout la fluidité, qui dit beaucoup en peu de sons, grâce à ces mots qui se réunissent en se simplifiant (et dans la diabolique complexité du genre, absolument imprévisible en français, elle me le signale avec irritation). Del c’est le cœur, « délam » suffit pour dire « mon cœur », « déleté », ton cœur. La lettre magique qui unit ce qu’on sépare, c’est l’ézâfé.

Page 224

Mais aussi, celle de la politique.

Il y avait bien sur la table familiale, ou entre lycéens, des débats sur les Etats-Unis et Carter, sur la Russie, la France entre les deux et son « mai 68 ».

Il découvre de plein fouet une sinistre réalité: la coercition, la savak (police politique qui a pour mission de protéger le Shah), les injustices sociales, la manipulation des médias étrangers, la lente mais continue intrusion du religieux dans tous les domaines...

 

Il fait connaissance avec l’oncle de Leyli, rencontre des intellectuels et des résistants, et notamment Mohsen le professeur, participe à quelques missions et actions dangereuses…

 

Il découvre le Bâzar, cœur de la ville, où travaille le père de Leyli, marchand de tapis et qui ne voit pas d’un très bon œil ce garçon étranger autour de sa fille.

 

Tout ceci le fait se dresser contre son paternel.

Rien, dans ma vie jusqu’alors, ne m’avait fourni l’intuition de tels moments de paroles et d’amitié. Il était question de l’Iran, de la France, du monde. Non plus seulement sur le plan jouissif des puissants, de leurs désirs de baiseurs ou de leurs contrariétés susceptibles, mais à ras du sol, celui de la terre battue des malheureux.

Mes parents auraient été très étonnés de me voir parmi mes nouveaux amis, et moi-même j’étais tout surpris. La combinaison des hasards me frappait, et je ne me sentais pas mériter une telle chance. Pourtant tout cela, c’était encore du tourisme… Car malgré l’amitié tissée, j’ignorais un élément majeur, indispensable pour prétendre être de ce petit groupe.

Page 74

Très vite, l’atmosphère se dégrade …

Violences, espoirs, morts, engagement, fuites, menaces…

Mathieu et Leyli les subissent de plein fouet.

 

Ce premier roman est riche, dense et complexe.

Le travail de recherche et de précision de l’auteur est admirable, mais occasionne, de fait, quelques longueurs qui essoufflent parfois la lecture.

 

Auprès de Mathieu et Leyli, nous sommes immergés dans les prémices de la Révolution islamique, au cœur de l’Histoire, dans un bouleversement à la fois historique et intime.

 

Historique car (il me semble) peu connaissent ce pan de l’Histoire, dans ce pays si éloigné géographiquement. Et pourtant ! Nous lui sommes liés à plus d’un titre, sans compter le recommencement continuel de l’Histoire.

 

Intime car il place Mathieu dans une situation ambivalente, entre deux pays, entre deux sociétés aux coutumes opposées, entre deux âges de la vie. Et où Mathieu se construit.

Intime car il évoque un (premier ?) amour innocent, exclusif, inconscient mais malmené par des causes extérieures qui le dépasse.

 

Mais il est aussi pour son auteur, une manière de recomposer et de se réapproprier son passé familial. Maxime Abolgassemi, fils d’un poète iranien exilé, a pu reconstituer par le biais de l’écriture (historique et de fiction) le fil ténu de la transmission et ainsi « combler les vides », comme il le dit ICI (et forcément, cela me touche énormément).

 

 

Pour découvrir le site de Maxime Abolgassemi, c’est ICI, Sa chaîne YouTube (avec ses différentes interviews que je vous encourage à visionner), c’est LA.

 

 

Merci aux Editions Erick Bonnier

 

Ce roman participe au Challenge « 1% Rentrée Littéraire 2017 » de Sophie Hérisson (4/6).

Belles lectures et découvertes,

Blandine.

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Commenter cet article

Nancy 19/09/2017 22:05

Je ne suis pas non plus très au courant de la Révolution Islamique, malgré les documents lus ici et là. Ce roman doit ouvrir les yeux sur cette réalité et le fait que l'auteur en fasse un lien de transmission est effectivement très touchant.
Votre chronique l'est aussi d'ailleurs.
Belle soirée Blandine !

Blandine 19/09/2017 22:36

Merci beaucoup Nancy <3
Belle soirée à vous!