Notre mère la Guerre. T1 Première complainte. Maël et Kris - 2009 (BD)

Publié le 29 Mai 2015

Notre mère la Guerre.

Tome 1

Première complainte

Maël et Kris

Éditions Futuropolis, septembre 2009

64 pages

Thèmes abordés : Première Guerre mondiale, meurtres, littérature, souvenirs, fusillés pour l’exemple.

Mars 1935. Un homme se meurt. Il se souvient, il prie…

Janvier 1915, en Champagne…

La guerre, pas encore mondiale, a charrié tant de morts déjà…

Il est le Lieutenant de gendarmerie Roland Vialatte et doit résoudre, au plus vite, trois meurtres, étrangement similaires. Trois femmes, en tout point différentes : une serveuse, une religieuse pour la Croix-Rouge et une journaliste canadienne.

Leurs corps ont été amenés jusqu’aux premières lignes du Front, de nuit, ce qui suppose une défaillance dans la sécurité et paradoxalement, un fort sentiment d’impunité. Laissés dans d’étranges positions, et sur chacun, une lettre, d’adieu, écrite par son/ses (leur ?) meurtrier/s.

Le Lieutenant Vialatte veut refaire le parcours de l’assassin de Joséphine Tallandier, la première victime.

Il veut vivre, il veut ressentir la guerre. Mettre des émotions, du concret sur ce concept, confronter son patriotisme et sa vision romanesque du combat… Lui le militaire pas soldat, le planqué…

La guerre n’attend pas, non.
Mais Dieu sait si, pour ma part, je l’avais attendue.
Car, ce soir-là, au fond de moi, c’était bien la guerre dont je voulais enfin, prendre la mesure.

Moi, le cogne, moi, le représentant des molles arrières, le plaqué, le militaire mais pas soldat, tel un naufragé sur la plage, je nourrissais d’inavouables désirs de tempête au large.

Je voulais m’enivrer l’esprit du danger qui rôde, longer l’immense précipice de la mort à mes pieds, le divin absolu d’une vie suspendue au fil des cruels hasards, haletant chacun de ses instants comme une première, une dernière seconde.

Son investigation est mal perçue…

Comment peut-on enquêter sur la mort de trois femmes alors que des milliers d'hommes, anonymes, désormais militaires, crèvent par la volonté de quelques-uns et dans l'indifférence quasi générale? Tout ça au nom de la Patrie...

Ils donnent la mort sans le concevoir et meurent aussi, sans qu’il soit question de justice. Comme pour le seconde classe, Albert Choffard, accusé du meurtre de la première victime, et fusillé en toute hâte, pour l’exemple.

Or pour Vialatte, catholique, humaniste et lettré, ces meurtres sont impensables et inconcevables. Les femmes représentent l’humanité, le rempart contre l’absurde et la barbarie, et voilà que sous le couvert de la guerre, on les assassine…

Notre mère la Guerre. T1 Première complainte. Maël et Kris - 2009 (BD)

Il retrouve dans la boue de la Première ligne le caporal Peyrac, un homme qu’il a mis en prison auparavant. Il a maintenant besoin de lui…

Cette approche, originale, de la Première Guerre Mondiale, nous démontre avec encore plus de force son absurdité, les conditions de vie des soldats, les vols du moindre objet, l’argot et les insultes, les perceptions des uns et des autres, les ordres, les nouvelles recrues pour pallier aux nombre de morts…

Notre mère la Guerre. T1 Première complainte. Maël et Kris - 2009 (BD)

En plus de me renvoyer au roman Les Âmes grises de Philippe Claudel (transposé au cinéma), cette BD comprend nombre d’anecdotes et références littéraires ou de peinture (Hugo, le tableau La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix, le prénom Roland…)

Les dessins de Maël retranscrivent parfaitement cette ambivalence : ambiance trouble, sale et pourtant si réelle, oppressante.

Notre mère la Guerre. T1 Première complainte. Maël et Kris - 2009 (BD)
Notre mère la Guerre. T1 Première complainte. Maël et Kris - 2009 (BD)Notre mère la Guerre. T1 Première complainte. Maël et Kris - 2009 (BD)

Cette BD participe au Challenge d’Enna "Petit Bac 2015 " pour ma deuxième ligne, catégorie Mort ainsi que pour le Challenge de Stephie, "Une année en 14".

Belles lectures et découvertes, Blandine.

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