La Longue Route. Adaptation par Stéphane MELCHIOR et Younn LOCARD - 2025 (BD)

Publié le 21 Janvier 2026

La Longue Route

Adapté du roman éponyme de Bernard MOITESSIER

 

Scénario de Stéphane MELCHIOR
Dessin de Younn LOCARD
Couleur de Joal GRANGE

Gallimard BD, mai 2025
344 pages

Thèmes : Récit d'aventure maritime, Adaptation, Introspection, Sport

 

En 1967, l'hebdomadaire britannique Sunday Times lance un défi maritime: faire le tour du monde, en solitaire et sans escale, le Golden Globe Challenge. Seuls des "amateurs" répondent à l'appel. Et malgré son refus initial, Bernard Moitessier est l'un d'entre eux.

Né en 1925 à Hanoï (à l'époque Tonkin, en Indochine française), élevé à Saïgon, il est un navigateur aguerri et reconnu, auteur de deux livres qui relatent ses aventures maritimes, et propriétaire de son propre bateau, le Joshua (en hommage au premier circumnavigateur, Joshua Slocum).

Il part le 22 août 1968 de Plymouth, en Angleterre.

La Longue route, c'est son journal de bord, son journal intime. Il le remplit consciencieusement, tant pour lui-même et ses proches que pour son éditeur et la postérité. Il lui faut aussi donner des nouvelles au Sunday Times, avec autant que possible, des images, qu'il prend avec sa Beaulieu. Tout ceci le porte tout autant que cela lui pèse.  Car plus le voyage avance et plus Bernard communique avec les éléments, avec celui qu'il appelle "Grand Frère" et avec Joshua, son bateau.

C'est une charge bien lourde à porter, ce besoin de rassurer la famille et les amis, de leur donner des nouvelles, des images, de la vie...
... de leur transmettre ce quelque chose d'infiniment précieux, cette petite plante qui s'appelle l'espoir.

Ce n'est que très récemment que j'ai découvert qui était Bernard Moitessier, à l'été 2022, suite à une visite du Musée Maritime de La Rochelle, prolongée par la BD de Gérard Janichon et Vincent, intitulée Damien. (Damien et ses navigateurs que nous retrouvons en ces planches.) J'ai depuis développé une passion pour les récits de mer, d'aventures ou de naufrages.

C'est la Nouvelle-Zélande que je regarde maintenant sur le petit globe du Damien. Et mon regard glisse parfois en direction du Horn. Et je sens que ça va, que tout va. Je crois que tout ira bien en ce qui concerne Joshua et moi.
Le reste dépendra des Dieux.

Pour le marin, un grand cap représente un ensemble à la fois très simple et extrêmement compliqué de cailloux, de courants, de mers déferlantes et de mers belles. De jolies brises et de coups de vent, de joies et de peurs, de fatigués et de rêves de mains qui font mal, de ventres vides, de minutes merveilleuses et parfois de souffrances.

Avec cette adaptation, nous en prenons plein les yeux et le cœur. Même si je trouve le trait de Younn Locard trop fin et parfois brouillon, il me faut reconnaître avoir été saisie au fil des cases et des planches par ses paysages maritimes, rarement terrestres (ce moment lorsque Bernard et Joshua passent le Cap Horn !), les eaux déchaînées, le clapotis des vagues selon les lumières du jour ou de la nuit, ou bien la mer d'huile, les oiseaux virevoltant ou les dauphins sautant puis plongeant autour de Joshua. J'ai aussi beaucoup aimé les représentations de croyances, traditionnelles, culturelles, locales, qui ont assailli Bernard ou que le dessinateur a choisi de représenter, au fil du périple.

L'air de rien, j'ai appris énormément de choses, le langage maritime et du bateau, sur le choix des itinéraires mais aussi ce que cela représente que de vivre si longtemps sur l'eau, et les mers en particulier (importance de l'eau douce à économiser et du sel comme indicateur), au milieu des éléments. Et combien il est vital de savoir les comprendre et écouter son bateau.

Certaines attitudes de Bernard m'ont parfois heurtée. Pour alléger Joshua, et concentrer le poids restant en un seul endroit, il décide de se débarrasser du "superflu". Il balance donc par-dessus bords jerricans de pétrole, une boîte de piles, de la confiture, une caisse de lait concentré... 170 kg en moins pour lui mais en plus pour l'océan donc, alors qu'il s'intéresse aux travaux environnementaux d'océanologues, Anita Conti notamment (mais qui n'est malheureusement pas citée dans le dossier de fin). Il s'éclaire, se chauffe ou cuisine avec du feu, et il fume sans arrêt ! Avec les mouvements du bateau, parfois brusques, il a dû avoir de belles frayeurs ! Et moi aussi !

Je suis presque arrivé au tournant de ma route. Est-ce que je veux vraiment retourner là-bas ? Dans ce monde artificiel où l'homme a été transformé en machine à gagner de l'argent pour assouvir de faux besoins, de fausses joies ?

La Longue Route est le récit d'un voyage. De celui de Bernard Moitessier sur les mers et en lui-même. Cette adaptation nous permet d'en être et de vivre à ses côtés cette formidable aventure maritime et intime. Et cette procuration me va très bien !

La Longue Route. Adaptation par Stéphane MELCHIOR et Younn LOCARD - 2025 (BD)
La Longue Route. Adaptation par Stéphane MELCHIOR et Younn LOCARD - 2025 (BD)
La Longue Route. Adaptation par Stéphane MELCHIOR et Younn LOCARD - 2025 (BD)
La Longue Route. Adaptation par Stéphane MELCHIOR et Younn LOCARD - 2025 (BD)
La Longue Route. Adaptation par Stéphane MELCHIOR et Younn LOCARD - 2025 (BD)
La Longue Route. Adaptation par Stéphane MELCHIOR et Younn LOCARD - 2025 (BD)
La Longue Route. Adaptation par Stéphane MELCHIOR et Younn LOCARD - 2025 (BD)
La Longue Route. Adaptation par Stéphane MELCHIOR et Younn LOCARD - 2025 (BD)

Cet album participe à la BD de la semaine, qui se passe aujourd’hui chez Moka (CLIC) autour de la thématique du Voyage...

 

Belles lectures et découvertes,

Blandine

 

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N
Très intéressée par cet album, d'autant plus que les planches sont splendides. Pour le côté écologique il faudra faire abstraction, heureusement que les temps et les esprits ont changé (même s'il reste tant à faire !!).
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V
Bon, je ne suis pas très fan des journaux de bord mais je suis contente de découvrir ce titre et cet auteur que je ne connaissais pas. Quant à la conscience écologique, on va dire que c'était une autre époque.
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K
Intéressant et dépaysant. Un voyage immobile est toujours appréciable depuis son canapé! Merci pour le partage.
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E
en mode canapé, c'est très bien en effet!
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N
J'habite au bord de la mer, mais je ne suis pas fan des récits de voile, de course... Je préfère la mer au naturel avec le moins d'humains possibles !
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N
C'est clair que c'est plus confortable et moins dangereux de vivre tout ça par procuration ^^
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F
Je ne connais pas du tout! J'aime beaucoup les traits :-)
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A
Mon mari a lu les récits de Moitessier. Je le connais donc parce qu'il m'en a parlé. Je pense que cet album lui plairait beaucoup.
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