Gloria. Almudena PANO -2023 (BD)
Publié le 17 Mai 2023
/image%2F0776537%2F20230517%2Fob_86bfbf_gloria.jpg)
Gloria
Scénario et dessin d’Almudena PANO
Rue de l’Echiquier BD, 20 janvier 2023
224 pages
Thèmes : Chronique Sociale, Violence sur mineurs, Famille, psychothérapie, Société
Issue d’une famille aimante et unie, Gloria est une jolie jeune femme blonde qui aime se maquiller, porter des talons et pratiquer le kick-boxing.
Alors qu’elle rentre chez elle après le travail, elle croise une amie de collège, Clara, qu’elle n’avait pas vu depuis sept ans.
C’est à partir de cette rencontre que nous découvrons de manière non linéaire ce qui compose la vie de Gloria, ce qui lui donne un sens, tout en l’empêchant de pouvoir partir de chez ses parents, comme de construire des relations épanouissantes.
« D’être une adulte » selon les dires et la conception de Clara.
Gloria est assistante sociale dans un centre d’accueil pour mineurs, Il Game.
Des mineurs abîmés par la vie, un accident de naissance, des violences familiales, et particulièrement par l’inceste.
Greta se dévoue pour ces enfants dont « les problèmes sont créés par cette société qui leur tourne le dos », « accordant plus de valeur à des cartons de lait qu’à leur vie », la rétribuant avec un « salaire de misère » et un sous-effectif chronique.
Ce qui n’entame heureusement pas la croyance en l’humanité de Gloria.
Certains trouvent dingue de consacrer une telle énergie à des enfants dont l’avenir est déjà compromis.
Alors qu’elle se raconte en « je », son récit est entrecoupé par trois portraits d’enfants dont elle s’occupe.
Il y a Angelo, ado brun taiseux dont la naissance compliquée a entraîné un retard cognitif qui s’accompagne de pensées mauvaises et de violences physiques : la schizophrénie. Laissant dans le désarroi sa mère aimante, et son père dans une relative indifférence agacée.
Valentina est une fillette brune de 8 ans, atteinte d’énurésie.
Ses grands yeux semblent souvent vides, son attitude dolente, ses silences répétitifs.
Sa mère, déjà submergée mais inquiète, décide de l’emmener voir une psychologue pour enfant… et apprend ainsi l’horrible et inconcevable vérité, entraînant incompréhension et culpabilité.
Greta, ado studieuse aux cheveux courts semble extérieure à elle-même, tantôt très enjouée, tantôt très anxieuse. Rien ne laisse présager de ce qui va lui arriver.
Comme vous avez pu le constater aussi, la justice n’utilise pas le mot inceste. Ça reste un abus sexuel parmi d’autres.
Le suivi psychologique de sa mère, comme celui de celle de Valentina, font le nôtre et nous détaille ce tabou de l’inceste, incompris, transmis et entretenu, le profil des incesteurs, et comment les familles et la société perpétuent leur existence, par le silence, la honte, le système judiciaire, la reproduction des schémas...
Personne n’est un monstre 24h sur 24.
C’est terrible.
Pour contrebalancer l’horrible, l’indicible, l’impensable, Almudena Pano a choisi un dessin vif, coloré, faussement naïf en lignes épaisses et grands aplats, aussi sobre que percutant. Qui ne laisse pas présager du contenu. Je trouve cela d’autant plus fort.
On s’installe petit à petit dans un nouveau silence.
Entre suggestions, métaphores et ellipses, par des cadrages en gros plan qui permettent d’aller à l’essentiel, d'orienter le regard et des cases souvent muettes mais si éloquentes dans ses détails, elle nous décrit ces vies abîmées, entremêlées, le travail de réparation, la distance à prendre et l’indispensable présence de ces professionnels qui aident autant qu’ils le peuvent.
Les récits de chacun des enfants sont abordés différemment. Nous sommes au plus proche avec Angelo et ses parents, plus en retrait avec Valentina que nous voyons avec sa famille, son père, Gloria, et nous découvrons ce qui est arrivé à Greta quasiment uniquement par les paroles de la psychologue qui explique les mécanismes et profils des incesteurs.
Cela nous permet de garder une distance, salvatrice, pragmatique (à chaque fin de séance avec la psy, on voit la mère utiliser sa carte bancaire par exemple).
Ce qui n’empêche pas l’émotion de nous envahir, accompagnée de révolte, de dégoût.
Il ne faut pas que la honte vous fige.
La honte, laissez-la à l’agresseur.
Dans sa postface, Almudena Pano nous raconte la genèse de cet album. Gloria existe, elle est G. dans la vraie vie, et ces histoires sont malheureusement vraies et rejoignent la vie de l'autrice, elle-même indirectement concernée. Car "l'inceste est horriblement commun. Quelque chose de banal."
Son récit se centre sur l'inceste, mais aborde de nombreux thèmes qui lui sont corrélés: la famille et ses transmissions / secrets, le machisme, l'utilitarisme, le pouvoir sous toutes ses manifestations...
Le but ultime de ce livre reste d'aider à soulager certaines consciences, et à en perturber d'autres...
Une BD vraiment importante, qui prend au coeur et qui est à découvrir!
Merci à Babelio et sa Masse Critique ainsi qu'aux Editions Rue de l'Echiquier
/image%2F0776537%2F20230408%2Fob_f6c43c_lbrrybcf.jpg)
Cet album participe au RDV BD de la semaine, qui se passe aujourd’hui chez Fanny (CLIC); au Tour du monde en 80 livres de Bidib; ainsi qu'au "Petit Bac 2023" d'Enna pour ma 4e ligne, catégorie Prénom
/image%2F0776537%2F20230412%2Fob_557a27_328251980-5857411567657784-44782252249.jpg)
/image%2F0776537%2F20230415%2Fob_5b6d50_inkedle-tour-du-monde-en-80-livres-2-l.jpg)
/image%2F0776537%2F20230415%2Fob_08d0c4_petit-bac-2023.jpg)
Belles lectures et découvertes !
Blandine.

/image%2F0776537%2F20150923%2Fob_684717_logo-celia-copie.jpg)