Dans leur regard / When they see us – Ava DuVernay – 2019 (TV)

Publié le 5 Mars 2021

Dans leur regard
When they see us

Scénario : Ava DuVernay

Réalisé par : Ava DuVernay

Produit par (entre autres) : Ava DuVernay, Oprah Winfey, Robert De Niro...

Avec Asante Blackk (Kevin Richardson, jeune) ; Caleel Harris (Antron McCray, jeune) ; Ethan Herisse (Yusef Salaam, jeune) ; Jharrel Jerome (Korey Wise) ; Marquis Rodriguez (Raymond Santana, jeune) ; Jovan Adepo (Antron McCray, adulte) ; Chris Chalk (Yusef Salaam, adulte) ; Justin Cunningham (Kevin Richardson, adulte) ; Freddy Miyares (Raymond Santana, adulte) ; Marsha Stephanie Blake (Linda McCray) ; Kylie Bunbury (Angie Richardson) ; Aunjanue Ellis (Sharon Salaam) ; Vera Farmiga (Elizabeth Lederer) ; Felicity Huffman (Linda Fairstein) ; John Leguizamo (Raymond Santana Sr.) ; Niecy Nash (Delores Wise) ; Michael K. Williams (Bobby McCray)

Genre : Drame
Nationalité : Américaine
 
Sortie mondiale sur Netflix : 31 mai 2019
Durée : 4 épisodes de plus d’une heure + une double interview d’Oprah Winfrey (VOST) (1h30)

Thèmes : Faits réels, Etats-Unis, Racisme, Prison, Famille, Résilience

Comme je ne regarde pas beaucoup la télé, ce sont ma sœur et mon beau-frère qui m’ont fait connaître cette mini-série, sachant que les thèmes abordés me touchent beaucoup.
J’ai commencé à la voir l’an passé, mais c’était tellement dur et écœurant, que je l’avais laissée de côté.
C’est avec ma fille que je l’ai regardée en entier le mois dernier. A nouveau, bouleversée.
Bien que touchée, ma fille est d’un tempérament plus dur que le mien, me ramenant sans cesse à cette réalité : pour la société d’alors, ils étaient coupables !

La mini-série revient sur « l’Affaire de la Joggeuse de Central Park », autrement appelée « Les Cinq de Central Park ».

Soirée du 19 avril 1989, plusieurs groupes de jeunes Noirs arpentent le parc, rigolent chahutent, embêtent cyclistes ou passants, certains sont même agressés (huit), et la police en alpague plusieurs, dont Kevin Richardson et Raymond Santana. 
Dans la nuit, une joggeuse Blanche de 28 ans, Trisha Meili, est retrouvée agonisante, battue et violée.
Multiples fractures, douze jours de coma, des séquelles physiologiques et psychologiques à vie.
Le lendemain, Anton McCray, Yusef Salaamn et Korey Wise (qui a « seulement » accompagné son ami Yusef au poste) sont arrêtés.

Plusieurs jeunes sont interrogés, certains sont relâchés.
Anton, Kevin, Raymond et Yusef le sont pendant des heures, sans leurs parents, absents ou écartés (quand le père d’Antron lui intime de plier), sans avocat, sans aucune nourriture ni eau. Sans connaissance du système.
Ils reçoivent pression et injures, ils sont malmenés, les policiers leur crient dessus, balancent des informations contradictoires, leur font de fausses promesses, dont celle de pouvoir rentrer chez eux s’ils avouent.
Certains craquent et, sous la contrainte, la fatigue et la peur, finissent par avouer avoir vu, entendu, participé, en répétant ce que les policiers leur disent ou insinuent. Souvent sans comprendre ce qu’ils disent, encore moins ce que ça implique.

Ils ont entre 14 et 15 ans. 16 ans pour Korey Wise, qui dira : « C'est mon premier viol. Écoutez, je n'ai jamais fait ça auparavant et ce sera la dernière fois que je le fais ». (Un moment très difficile, comme si son profil et sa couleur de peau ne pouvait que le mener à cela).

Ces moments sont intenses et révoltants, presqu’inconcevables. Ils sont vraiment difficiles à regarder.

Contradictions, faits qui ne concordent pas avec les récits, aveux orientés, preuves disculpantes, l’Affaire se monte, portée par la Procureure Linda Fairstein, puis Elizabeth Lederer devant la Cour.

Ces scènes sont écœurantes.
On pénètre les coulisses du système judiciaire et l’on se rend compte des manipulations de tout ordre qui sont exercées, qui font et qui conditionnent une Affaire (avec la participation active des Médias et les interventions politiques, dont celle d’un certain Donald Trump) et précipitent la vie d’êtres humains, qui, ici, nous le savons, sont innocents. C’est vomitif (il n’y a pas d’autre mot).

Séparés en deux procès, les Cinq sont reconnus coupables et condamnés à des peines allant de 5 à 15 ans. Korey Wise, le seul âgé de 16 ans, est (d’abord) envoyé à Rikers Island.

"J'ai appris que la Justice ne méritait pas ce nom". Joshua Jackson, l'interprète de Mickey Joseph, l'avocat d'Anton McCray.

Le quatrième épisode s’attache à nous montrer ce qu’a enduré Korey Wise. 
Sans minimiser ce qu’ont subi les Quatre autres (en centre correctionnel, prison puis à leur sortie – là encore quel parcours du combattant !), il est important de souligner qu’ils sont en réalité 4+1. Car s’il a été condamné pour la même Affaire, Korey Wise a subi une part d’injustice supplémentaire agrémentée de violences accrues.

En 2002, Mathias Reyes, incarcéré dans la même prison que Korey, avoue l’agression sur Trisha Meilli, permettant d’innocenter Kevin Richardson, Korey Wise, Anton McCray, Yusef Salaam et Raymond Santana Jr.
En 2014, la Ville de New-York leur a versé une indemnité de 41 millions de dollars, qu’ils se répartissent. Mais sans excuses. 
Cette réparation leur a donné le surnom des « Cinq Exonérés » mais a entraîné d’autres suites à leur histoire déjà bien difficile, et surtout, ne rachètera jamais les années perdues, et tout ce qu’ils ont dû endurer avec leur famille.

1/Les Cinq - 2/Le groupe d'acteurs - 3/Korey Wise et Jharrel Jerome qui l'nterprète
1/Les Cinq - 2/Le groupe d'acteurs - 3/Korey Wise et Jharrel Jerome qui l'nterprète
1/Les Cinq - 2/Le groupe d'acteurs - 3/Korey Wise et Jharrel Jerome qui l'nterprète

1/Les Cinq - 2/Le groupe d'acteurs - 3/Korey Wise et Jharrel Jerome qui l'nterprète

Ava DuVernay a choisi de ne pas nommer sa mini-série du nom de l’Affaire, mais « Dans leur regard » afin de se (et nous) placer du côté des garçons et de leur famille. D’avoir leur point de vue, de ressentir leurs émotions. Naïveté, incompréhension, honte, culpabilité, esseulements, défiances. 
Pari pleinement réussi.

Je vous encourage fortement à regarder l’émission d’Ophrah Winfrey qui se déroule en deux temps.
Il y a d’abord les interviews des acteurs où ils expliquent comment ils se sont imprégnés de leur rôle (rencontrer celui qu’ils allaient incarner – adopter leur gestuelle, tics, langage – les écouter eux, leurs témoignages, etc.), comment ils l’ont interprété et ce qu’ils en ont retiré en termes d’humanité.
Il y a beaucoup de respect, de maturité et d’hommage de leur part.

Puis, les Cinq les remplacent et racontent quels garçons de 14-15-16 ans ils étaient, quelles étaient leurs vies, s’ils avaient des projets pour leur avenir. Puis le couperet, l’annonce du verdict, le choc, puis l’après, la libération physique d’abord, la preuve de leur innocence, leur vie depuis.

On se rend compte qu’ils en ont relativement peu parlé entre eux, qu’ils découvrent les impacts de l’Affaire sur chacun des autres, de manière intime. Trois font preuve d'une grande résilience, plsu dificile pour les deux autres. Les mots d’Antron McCray sont particulièrement émouvants.
Celui qui incarne son père, Michael K. Williams, lui-même ado en 1989 explique ce que c’était d’être Noir à ce moment-là, et la crainte d’être assimilé à Eux. C’est un moment très fort.

Il faut avoir le cœur bien accroché pour regarder cette mini-série qu'i m'a fait passer par toutes sortes d'émotions et pleurer, mais comme le dit Kevin Richardson, « c’est douloureux, mais c’est nécessaire » pour savoir et changer les choses (« on ne change que ce qu’on connaît – Ava DuVernay) et c’est un acte d’hommage et de reconnaissance pour Eux.

Vous m’avez fait l’honneur de me laisser vous écouter et raconter votre histoire.
Elle a été racontée.
Vivez votre vie.
En sachant que vous avez gagné.
On vous croit et on vous voit.

Ava DuVernay

Ce billet participe à l'African American History Month d'Enna.

 

Dans le film et l'émission le rôle des avocats sont évoqués, notamment l'"Equal Justice Initiative" qui a permis la libération et la réhabilitation d'hommes Noirs emprisonnés à tort. L'un de leur combat a fait l'objet du film "La Voie de la Justice" avec Michael B. Jordan (2020) - CLIC

En 2003, Trisha Meili a publié un livre "I Am the Central Park Jogger: A Story of Hope and Possibility" (Je ne crois pas qu'il ait été publié en français).

Blandine

 

Retrouvez-moi sur FacebookTwitterPinterestInstagramBabelio et Livraddict

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Missycornish (Amélie) 14/03/2021 20:49

Un très beau billet ! Je n'ai jamais vu cette série mais je vais la regarder aux prochaines vacances. Ça tombe bien je suis en plein dans cette thématique. Je viens de poster cette semaine un billet sur le Ku Klux Klan et l'impact sur un jeune garçon.

Blandine 14/03/2021 22:08

Je ne peux que t'encourager à la voir, tant elle est forte et bouleversante.
Oh je vais aller te lire, merci :-)

Blandine 06/03/2021 11:10

Exactement, un complément et un prolongement, qui permet d'apaiser aussi!

Enna 05/03/2021 22:11

Merci de m'avoir conseillé de regarder l'emission d'Oprah Winfrey, c'est un vrai plus après la série , c'est poignant!