C'est lundi, que lisez-vous? #273

Publié le 18 Novembre 2019

Ce rendez-vous hebdomadaire consiste à vous présenter chaque lundi mes lectures passées, en cours et à venir en répondant à trois questions :-)

1/ Qu'ai-je lu la semaine passée ?

ALBUM

Les deux soldats. Texte de Michel PIQUEMAL et illustrations deJulien BILLAUDEAU. Editions Rue du Monde, 2008

Toma et Tibo sont deux garçons qui se ressemblent, même si le premier est d'ici et le deuxième de là-bas, même si le premier est brun et l'autre blond. Ils ont le même âge et à eux deux voient leurs rêves piétinés lorsqu'on leur dit un jour de revêtir l'uniforme militaire pour aller combattre ceux d'en face.  Une guerre qu'ils ne comprennent pas mais dans laquelle ils sont brutalement projetés, contraints de tuer ceux de là-bas, ceux d'en face, ceux qui leur ressemblent tant mais sans qu'ils ne le sachent.

Un album plein de fraternité et d'espoir pour que ces absurdités ne se reproduisent pas, plus, pour que les hommes ne soient plus abîmés par les guerres, pour qu'on n'ait plsu à les pleurer. Un très bel album qui m'a tant fait penser à celui de Davide Cali, L'Ennemi

ROMAN ADO

Le secret du dernier Poilu. Catherine CUENCA. Oskar Editeur, octobre 2012

Laura est très proche de son arrière-grand-père, Eugène. Avec sa maman, elle va le voir très régulièrement et elle aime écouter ses histoires de la guerre. Aussi regarde-t-elle avec lui les commémorations du 11 novembre et ne peut que voir son changement d'attitude lorsqu'un Allemand, soldat vétéran de la Première Guerre Mondiale, témoigne à l'écran ou lorsque le sujet des fraternisations est évoqué. Sa réflexion semble d'ailleurs avoir blessé son Pépé mais le sujet semble clos... jusqu'à ce qu'il lui explique bien plus tard. Et la révélation est de taille! Aussi cherche-t-elle à l'aider comme elle peut, à faire appel à sa cousine, plus âgée pour que le souhait d'Eugène Ruy, dernier Poilu français de la Grande Guerre, soit exaucé.

Ce roman est en fait la suite d'un autre, Frères de guerre, mais que je n'ai pas lu (il le faudra!). Si le personnage d'Eugène Ruy est fictif, tout le reste est vrai et avéré et rend ce récit aussi fort qu'émouvant, comme donne envie d'en savoir plus sur ce qu'il relate. De fait, un double dossier clôt le livre: une interview de l'autrice et une recontextualisation des faits.

BD

Astérix - La fille de Vercingétorix. Scénario de Jean-Yves FERRI, dessins de Didier CONRAD., couleurs de Thierry MEBARKI. Editions Albert René, octobre 2019

Mon 10 ans est un fan d'Astérix. Il a lu et relu tous les albums du héros gaulois que nous avons à la maison (et qui remontent à mon enfance) et ceux qu'il trouve à la bibliothèque. Et je le comprends! Car moi aussi, j'aime beaucoup Astérix, ses aventures, Obélix, les calembours, jeux de mots et correspondances avec notre actualité.

Aussi, après avoir offert celui d'il y a deux ans (Astérix et la Transitalique à ma fille) ai-je offert celui-ci à mon fils.

Il est donc question de Vercingétorix, mais surtout de sa fille, Adrénaline, à qui il a offert, avant de rendre les armes à César, son torque tout en lui disant de toujours résister en son nom et de rester libre. Adrénaline, jeune ado rousse au caractère bien trempé est confiée à Abraracourcix qui s'empresse de demander à Astérix et à Obélix de veiller sur elle. Sauf que la demoiselle a des désirs de fugue et est aidée en cela par les jeunes du village (dignes héritiers de leurs parents!).

Jeux de mots, références, liberté, monde du "travail", mais aussi respect de soi et de ses aspirations, paroles aux jeunes font ce tome. 

Le sang des Valentines. Scénario de Christian DE METTER et dessins de Catel. Editions Casterman, 2004

La guerre est finie. Augustin Dortet est vivant,  et peut enfin rentrer chez lui. Il a hâte de retrouver sa femme Geneviève qui lui a écrit de si belles lettres d'amour, assorties de dessins, cette dernière année, après un cruel manque de correspondances. 

Mais quel n'est pas son désarroi lorsqu'il découvre, au village, que rien ne correspond à ce qu'il avait cru, à ce que ces valentines avaient supposé et qui l'ont aidé à tenir et à espérer? 

Quel scénario cruel et pourtant si réel, si crédible. Survivre à la guerre, aux tranchées, aux bombardements, à la mort qui règne partout, à celle des compagnons d'armes, rentrer entier, espérer construire, espérer reconstruire et découvrir que rien ne pourra se faire, que tout est faux, usurpé, trahi, et pourtant, qu'il ne pouvait en être autrement, que des vérités éclatent, qu'en fait non, tout n'est peut-être pas faux. Mais le bénéfice de la Vie le vaut-il vraiment?

Amour, Vérité et Mort sont unies dans cet album poignant, révoltant, émouvant.

Le dessin de Catel, entre crayon et aquarelle ou lavis, est saisissant. 

La Guerre des Lulus - Tome 6 - Lucien. Régis HAUTIERE et Hardoc. Editions Casterman, novembre 2019

Comme nous attendions de savoir ce qui était arrivé à nos Lulus après la guerre! Le tome 5 s'était achevé de manière cruelle et nous laissait dans une expectative totale et douloureuse pour nos héros, blessés ou esseulés ou dispersés...

la couverture de ce tome consacré à Lucien nous dit d'emblée sa teneur. C'est le tome des souvenirs, du passé, de l'avant, de la rencontre et de l'amitié qui a uni ces quatre gars malmenés depuis "toujours" par la vie, les autres, et qui ont su en tirer leur parti, malgré les épreuves.

Ainsi, nous découvrons l'arrivée de Lucien à l'orphelinat de Valencourt à ses  dix ans, le pourquoi, comment il a rencontré et s'est lié d'amitié avec ses camarades de chambre, les autres "Lu" et comment l'idée d'une cabane les a soudés pour faire fi des vexations, des douleurs et des dangers.

Lucien raconte cela à une infirmière qui le soigne après sa blessure survenue sur le Front et qui lui a pris sa jambe droite. Et nous le voyons apprendre à vivre et à marcher sans.

Le dessin, bien que toujours vif, est empreint de nostalgie, dans les couleurs comme dans les expressions. Et l'on mesure le temps qui a passé et les épreuves qui ont marqué.

Bien sûr que j'ai aimé et bien sûr que je vous en parle bien vite davantage!

En attendant, mercredi, petit bond en arrière avec le deuxième tome de La perspective Luigi.

2/ Que suis-je en train de lire en ce moment?

19 femmes. Les Syriennes racontent. Samar YAZBEK. Editions Stock, 11 septembre 2019.

19 femmes est le recueil poignant, émouvant, révoltant, terrible, accusateur sans le vouloir de 19 récits, 19 paroles, 19 histoires de femmes, syriennes, ayant fui leur pays la Syrie, ou ayant décidé d'y rester malgré la guerre, malgré les horreurs, malgré les privations et la terreur. 

Samar Yazbek a rencontré de très nombreuses femmes, les a écoutées et a décidé de recueillir leurs témoignages. Mais parce que, même si chacun est unique, tous se retrouvaient voire se répétaient un peu, elle a choisi de n'en compiler "que" 19. C'est terrible de se dire que leurs expériences se répètent alors que chacune est unique et marque ces femmes d'une empreinte indélébile et souvent amère.

Aussi ces 19 femmes sont différentes. Elles sont d'âges, conditions sociales, maritales et confessionnelles différentes. Leur résistance face au régime d'Assad n'est pas née de la même manière ni pour les mêmes raisons, elle ne s'est pas manifestée de la même façon mais force est de constater, les similarités dans les répressions, psychologiques, sociales, physiques, qu'elles ont reçues.

Aujourd'hui, huit ans après le début, elles vivent en Turquie, au Liban, en France, ou ailleurs... Elles ont dû fuir, laisser leur vie, leurs rêves et espoirs, leurs engagements, leur famille, leurs amis et collègues. Mais elles ne regrettent pas leur engagement, leur sacrifice même et l'estiment nécessaire même si le résultat est décevant, amer, humiliant, le prix à payer très et parfois trop cher. L'une d'elle fustige la Communauté Internationale pour son inaction malgré ses beaux discours. Elles voulaient la liberté, le respect, mais, pire, leur action semble avoir favorisé l'oppression et la résistance du pouvoir en place.

C'est dur, glaçant, terrible. C'est difficile à lire, à imaginer, à concevoir, tout en sachant très bien que cela a été et est toujours. Je suis obligée de faire des pauses. Et je me rends compte, avec regrets, qu'en réalité, je ne sais pas grand-chose de ce conflit, de ce pays, de son fonctionnement, de son histoire. Car si le but de ce livre est bien de rapporter des parcours de vie "d'anonymes", il (nous) permet aussi de (mieux) connaître ce pays, la Syrie, dans ce qui la fait, dans sa différence et dans ce qu'elle a de beau et de riche et dresse aussi un portrait de la condition féminine passée et actuelle, comme religieuse....

Et une question, lancinante, que l'une soulève: quel regard porterons-nous, les générations futures porteront-elles sur ce conflit, syriennes, leurs enfants à elle, et les internationales?

3/ Que vais-je lire ensuite?

Le Ghetto intérieur. Santiago H. AMIGORENA. Editions P.O.L., août 2019

Présentation de l'éditeur:

Buenos-Aires, 1940. Des amis juifs, exilés, se retrouvent au café. Une question : que se passe-t-il dans cette Europe qu’ils ont fuie en bateau quelques années plus tôt ? Difficile d’interpréter les rares nouvelles. Vicente Rosenberg est l’un d’entre eux, il a épousé Rosita en Argentine. Ils auront trois enfants. Mais Vicente pense surtout à sa mère qui est restée en Pologne, à Varsovie. Que devient-elle ? Elle lui écrit une dizaine de lettres auxquelles il ne répond pas toujours. Dans l’une d’elles, il peut lire : « Tu as peut-être entendu parler du grand mur que les Allemands ont construit. Heureusement la rue Sienna est restée à l’intérieur, ce qui est une chance, car sinon on aurait été obligés de déménager. » Ce sera le ghetto de Varsovie. Elle mourra déportée dans le camp de Treblinka II. C’était l’arrière-grand-mère de l’auteur.


Santiago H. Amigorena raconte le « ghetto intérieur » de l’exil. La vie mélancolique d’un homme qui s’invente une vie à l’étranger, tout en devinant puis comprenant la destruction de sa famille en cours, et de millions de personnes. Vicente et Rosita étaient les grands-parents de l’auteur qui écrit aujourd’hui : « Il y a vingt-cinq ans, j’ai commencé un livre pour combattre le silence qui m’étouffe depuis que je suis né ». Ce roman est l’histoire de l’origine de ce silence.

Pour la semaine 46, le thème était "Visage".

Et je n'ai pas encore fait ma photo...

***

Pour finir, je vous mets les liens des articles publiés la semaine passée et je vous souhaite de belles lectures et découvertes pour celles à venir!

Blandine

 

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Rédigé par Blandine

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N
"19 femmes" a l'air tellement dur et émouvant ! Quel courage ont ces femmes !
Belle semaine livresque, Blandine.
Répondre
B
Oh que oui! Et forcément, cela "invite" au miroir...
Belle semaine à vous aussi Nancy :-)
N
"Le sang des Valentines" me tente beaucoup !
Répondre
B
Il te plairait !