C'est lundi, que lisez-vous? #272

Publié le 11 Novembre 2019

Ce rendez-vous hebdomadaire consiste à vous présenter chaque lundi mes lectures passées, en cours et à venir en répondant à trois questions :-)

1/ Qu'ai-je lu la semaine passée ?

ALBUMS

Le Fantôme du Cirque d'Hiver. Texte de Fred BERNARD et illustrations de François ROCA. Editions Albin Michel Jeunesse, 2016

Comme l'Opéra de Paris a son Fantôme, le Cirque d'Hiver a le sien... Même si son existence ou sa nature font débat... Ce qui donne lieu à de nombreux échanges entre Spirit le signe (qui y croit) et Dino le perroquet (qui n'y croit pas). Ensemble, ils questionnent les différents animaux du Cirque, nous permettant de le visiter, d'en voir ses coulisses, d'en deviner ses secrets, de dévoiler un peu de leur histoire... Nous allons même assister au spectacle du soir avec la venue d'une artiste aussi prestigieuse que mystérieuse: Marina Ants.

J'ai beaucoup aimé cet album qui mène l'enquête grâce à une narration alternée dans ce lieu prestigieux et qui nous immerge dans une époque. Il se clôt sur deux pages documentaires pour nous raconter la création, les étapes, et l'actualité du Cirque d'Hiver.

C'est beau et c'est passionnant. Les peintures de François Roca, comme toujours, sont magnifiques!

La guerre en mille morceaux ou le musée du soldat Machin. Texte d'Alain SERRES et illustrations de Zaü. Editions Rue du Monde, novembre 2018

Avec sa collection d'objets datant de la Première Guerre Mondiale, Alain Serres a imaginé une histoire nous relatant ce terrible conflit.

Un homme, fictif, Mathurin est devenu le soldat Machin. Au fil des objets rencontrés (l'affiche de mobilisation, une gamelle, des cartes postales, des jeux d'enfant, de l'artisanat de tranchées, etc.) il nous raconte ce terrible conflit: les tranchées, les rats, la nourriture, l'attente, la mort, les infirmières, les soldats des Colonies, les attaques, le gaz, l'espoir...

Cette approche est belle, originale, intime et émouvante.

Un bout de mer. Texte d'Ingrid CHABBERT et illustrations de Guridi. Editions Frimousse, 2017

Aux portes du désert, sur un toit sous le ciel étoilé, un enfant aime profiter de la présence de son arrière-grand-mère tout en mangeant des dattes.

Un soir, il lui demande si elle a réalisé tous ses rêves. D'abord surprise, elle lui répond que oui, tous, sauf un. Mais celui-ci n'est plus réalisable par elle. Alors il se fait substitution et lui permet de le vivre.

C'est beau et touchant.  Et les illustrations minimalistes de Guridi rendent l'émotion d'autant plus éloquente.  L'enfant est petit, semble si fragile et pourtant son but lui donne la force nécessaire. A l'inverse, son aïeule, si grande, si imposante pourtant, ne peut réaliser ce rêve, mais sa taille nous permet de deviner l'importance qu'elle revêt pour son arrière-petit-fils.

Ce titre participe au Prix des Incorruptibles 2019-2020, sélection CE1.

ROMAN ADO

Le test. Sophie ADRIANSEN. Editions Magnard Jeunesse, 8 octobre 2019

Madeleine et Ulysse se sont rencontrés à une fête, déguisée, de Jade, la meilleure amie de Madeleine. Entre eux, ça a collé tout de suite, malgré leur différences, ou grâce à elles. Eux deux, une évidence. Ils ne se sont pas précipités, ont pris leurs temps, rendant leur amour d'autant plus beau.

En classe de seconde, ils intègrent le ciné-club, à l’initiative d'Ulysse. C'est là qu'ils le font pour la première fois, leur unique fois. Hormis le lieu, rien d'exceptionnel. Mais cette seule et unique fois, qui n'avait rien d’extraordinaire, restera pourtant gravée. Car il n'a suffit que de cette fois pour que Madeleine soit enceinte.

Elle le lui dit. Il semble bien réagir et, ensemble, ils font les première démarches en se rendant au Planning Familial, même si aucune décision ne se profile encore.

Madeleine se sent changée, à l'intérieur d'elle. Nana la gouvernante, Monday le chien semblent le percevoir aussi. Ses parents, les propriétaires et gérants du Grand Hôtel, éternels absents trop pris et préoccupés par leur travail, ne peuvent se douter de rien, et ne le souhaitent pas d'ailleurs. Tant que ses notes sont bonnes...

Madeleine se confie à Jade dans les toilettes du lycée. Cette dernière est follement excitée et ne voit que le côté poupée du bébé à venir. Malheureusement, une autre fille s'y trouvait aussi et a de suite répandu l’information. Aussitôt, les lycéens et lycéennes la traitent de "mytho", de "s...", de fille facile... Et Ulysse qui ne dit rien et qui, pire, fuit. Il rompt avec elle par SMS, se détourne d'elle, n'osant plus la regarder et encore moins la soutenir face aux persiflages des autres.

Et le lycée qui s'y met avec ses cours de prévention...

Peurs, incompréhensions, colères, impuissance, désir de fuir, de tout avouer mais à qui, comment...

Roman choral, les voix de Madeleine et d'Ulysse s’alternent. 

Madeleine parle au présent quand Ulysse nous parle d'avant, de leur rencontre, des débuts de leur relation.

Ce roman m'a remuée. Il est si juste, les émotions, si complexes, si contradictoires, si fortes, sont extrêmement bien rendues. Celles qui s'entrechoquent en Madeleine, par rapport à sa grossesse naissante, par rapport à sa situation familiale (être née riche a certes des avantages mais finalement n'aide pas dans cette situation) celles liées à Ulysse (et celles d'Ulysse - c'est si facile pour les garçons).

Ce roman m'a aussi choquée. Comment les autres filles et garçons, eux aussi susceptibles de vivre la même chose, le même dilemme, la même détresse, peuvent-ils réagir de la sorte, sans aucune bienveillance, ni empathie, avec moqueries, méchanceté, mépris, lâcheté? Menant au harcèlement. Je ne comprends pas.

Le test, un titre si juste, si multiple. Test de grossesse, oui, mais test d'amour, d'amitié, parental, familial, de vie.

Un roman nécessaire.

BD / MANGA

Maïana - Le calendrier de l'avant. Carbone et Pauline BERDAL. Editions Jungle, collection "Miss Jungle", 23 octobre 2019

Un soir, en rentrant de l'école, Maïana trouve un pochon avec son nom dessus. Il s'agit d'un calendrier de l'Avent contenant des papillotes à l'intérieur. Aucune mention, il semble artisanal, le chocolat est délicieux et un message est inscrit sur l'emballage de chacun. Une phrase jolie, philosophique, métaphorique, presque prémonitoire, encourageante, est inscrite sur chaque papier.

Ainsi passent les jours, scrupuleusement suivis ou impatients. qui font se questionner Maïana. Qui lui a envoyé ce baluchon puisque sa mère et son beau-père disent que ce n'est pas eux? Et dans quel but? Elle se souvient, échange avec sa mère sur son père, inconnu, sur ses premières années...

Cet album est très doux. Ses illustrations sont vives, colorées, pétillantes pour des thèmes importants: la famille et l'identité. J'ai beaucoup aimé et vous en parle plus en détails bientôt.

My home hero - Tome 5. Masashi Asaki et Naoko Yamakawa. Editions Kurokawa, septembre 2019

Après vous avoir dévoré les quatre premiers tomes (ICI et LA), c'est avec avidité que j'ai lu celui-ci qui voit beaucoup plus d'actions musclées, nous maintenant dans un suspense redoutable et même ravivé.

Pour rappel: Tetsuo Tesu, 47 ans, a assassiné le petit-ami maltraitant de sa fille Reika, 19 an. Mais Nobuto était membre d'un clan de Yakusa et le fils d'un avocat véreux, qui bien sûr, le recherche. Tetsu, auteur de polars moyens, fait preuve d'une imagination redoutable et précise pour se débarrasser du corps, des hommes qui le surveillent avec sa famille, pour inverser les soupçons, tout en donnant physiquement de sa personne et obtenant l'aide active et nécessaire de sa femme. Cependant, il apparaît qu'il aime être décisionnaire, et malgré les dangers, c'est comme si cette adrénaline nouvelle, sous le prétexte (certes vrai) de protéger sa famille, lui plaisait et le galvanisait.

Obligé de s'allier avec "l'ennemi", Tetsuo avait cinq jours pour retrouver Nobuto. Le délai s'est achevé avec le tome 4. Et Nobuto est retrouvé dans le 5 mais le suspect ne semble pas si évident et des preuves accablent Kyôichi, Yakusa chargé de retrouver Nobuto et filer Tetsuo. Persuadé d'être tiré d'affaire, Tetsuo fait uen retrouvaille, un choix cornélien se pose à nouveau...

Comment va-t-il s'en sortir cette fois? Rien ne dit que la réponse se trouvera dans le tome 6 qui sortira ce 14 novembre.

Les Misérables - Tome 1 - Fantine. D'après l'oeuvre de Victor HUGO. Maxe L'HERMENIER, Looky et Siamh. Editions Jungle, collection "Pépites", 23 octobre 2019

Je ne me souviens pas avoir lu cette oeuvre en entier, jute par petits bouts, lus en classe... Aussi, lorsque j'ai vu cette adaptation n'ai-je pas hésité. D'autant que j'adore les adaptations BD.

On y retrouve donc Jean Valjean, parti du bagne dans lequel il est resté 19 ans, on suit son histoire jusqu'à ce qu'il devienne Monsieur Madeleine. En parallèle, on suit Fantine, jeune fille en fleurs, amoureuse, mais lâchée par son petit ami alors qu'elle est enceinte. Ne pouvant subvenir aux besoins de sa fille, Cosette, elle la confie à des aubergistes, les Thénardier qui profitent de son amour et de sa fragilité...

C'est magnifique, c'est terrible, c'est le portrait d'une époque superbement bien retranscrit et imagé.

Je vous en parle davantage mercredi.

2/ Que suis-je en train de lire en ce moment?

19 femmes. Les Syriennes racontent. Samar YAZBEK. Editions Stock, 11 septembre 2019.

Samar Yazbek a rapporté la paroles de 19 femmes syriennes, victimes de la guerre et y ayant fait face différemment, comme elles pouvaient, selon leur âge ou leur condition.

Le but de l'autrice au-de de nous faire connaître la guerre vécue de l’intérieur et les exactions commises par tous les camps, est de réfléchir aux différents aspects que peuvent revêtir les victimes et les bourreaux mais les enjeux de la mémoire, collective, immédiate, future et proche ou lointaine. 

C'est dur, glaçant, terrible. Difficile à lire, à imaginer, à concevoir, tout en sachant très bien que cela a été et est toujours, il me faut faire des pauses pour pouvoir continuer.

3/ Que vais-je lire ensuite?

Le Ghetto intérieur. Santiago H. AMIGORENA. Editions P.O.L., août 2019

Présentation de l'éditeur:

Buenos-Aires, 1940. Des amis juifs, exilés, se retrouvent au café. Une question : que se passe-t-il dans cette Europe qu’ils ont fuie en bateau quelques années plus tôt ? Difficile d’interpréter les rares nouvelles. Vicente Rosenberg est l’un d’entre eux, il a épousé Rosita en Argentine. Ils auront trois enfants. Mais Vicente pense surtout à sa mère qui est restée en Pologne, à Varsovie. Que devient-elle ? Elle lui écrit une dizaine de lettres auxquelles il ne répond pas toujours. Dans l’une d’elles, il peut lire : « Tu as peut-être entendu parler du grand mur que les Allemands ont construit. Heureusement la rue Sienna est restée à l’intérieur, ce qui est une chance, car sinon on aurait été obligés de déménager. » Ce sera le ghetto de Varsovie. Elle mourra déportée dans le camp de Treblinka II. C’était l’arrière-grand-mère de l’auteur.


Santiago H. Amigorena raconte le « ghetto intérieur » de l’exil. La vie mélancolique d’un homme qui s’invente une vie à l’étranger, tout en devinant puis comprenant la destruction de sa famille en cours, et de millions de personnes. Vicente et Rosita étaient les grands-parents de l’auteur qui écrit aujourd’hui : « Il y a vingt-cinq ans, j’ai commencé un livre pour combattre le silence qui m’étouffe depuis que je suis né ». Ce roman est l’histoire de l’origine de ce silence.

Pour la semaine 45, le thème était "N comme novembre".

Et je n'ai pas encore fait ma photo...

***

Pour finir, je vous mets les liens des articles publiés la semaine passée et je vous souhaite de belles lectures et découvertes pour celles à venir!

Blandine

 

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Rédigé par Blandine

Publié dans #C'est lundi que lisez-vous?

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N
J'aime beaucoup votre C'est lundi :))
Il me semble que vous aviez déjà présenté La guerre en mille morceaux, et je ne l'ai toujours pas lu :/
Le test me fait envie, et la BD sur Les misérables semble très belle.
En ce moment, je lis le dernier Dicker et en ado, les sélections des Incos ^^
Belle semaine Blandine !
Répondre
B
Merci beaucoup Nancy <3
Eh non, c'est la première fois que je le lis et présente et j'ai vraiment beaucoup aimé l'approche!
Comment est le dernier Dicker? Les autres romans ado Incos semblent très forts (j'avais lu et aimé Sauvages; Titan Noir m’intrigue particulièrement).
Belle semaine à vous!