L'avenir de la planète commence dans notre assiette. Jonathan SAFRAN FOER - 2019

Publié le 3 Novembre 2019

L'avenir de la planète commence dans notre assiette

 

Jonathan SAFRAN FOER

Traduit de l’américain par Marc AMFREVILLE

 

Editions de l'Olivier, 17 octobre 2019

304 pages

 

Thèmes : Essai, Ecologie, Philosophie, Histoire, Sociologie, Sciences

 

 

Dès l’annonce de ma sélection (jury de décembre) pour le Grand Prix des Lectrices Elle, j’ai su que ce document me plairait.

Pour l’auteur d’abord (même si je n’ai encore lu aucun de ses précédents livres malgré la présence de deux d’entre eux dans ma PAL) puist pour le titre, dont je partage totalement l’affirmation.

Et de fait, le fond comme la forme m'ont plu.

 

Le titre ne laisse aucun doute quant au sujet : il nous faut repenser notre alimentation pour préserver notre planète. Et en disant cela, Jonathan Safran Foer, auteur du « Faut-il manger les animaux ? », pointe l'élevage et la consommation de viande comme facteurs indéniables du réchauffement climatique.

 

Sujet crispant, n’est-ce pas ? Qui déchaîne les passions, les moqueries, les diatribes, les tribunes, qui divise autant qu’il réunit.

 

Et c’est là que j’ai particulièrement aimé l’angle d’approche de Jonathan Safran Foer, qui « n’attaque » pas de front et ne formulant clairement son sujet qu’à la soixante-seizième page et qui l’analyse en quatre parties.

 

Il se détourne d'abord pour mieux interroger et titiller notre conscience et expliquer notre rapport au réchauffement climatique, à ses causes comme à ses conséquences.

 

Catastrophes « naturelles » qui se déchaînent ici ou là, évènements historiques (la deuxième guerre mondiale et les efforts demandés aux Américains au pays, ou la Shoah par exemple), ce qu’est une bonne histoire pour qu’elle puisse faire l’Histoire (celle autour de Rosa Parks est saisissante), des anecdotes civiques (laisser passer une ambulance toutes sirènes hurlantes), ou des détails personnels et familiaux (le départ de Pologne de sa grand-mère et qui se meurt au moment de la rédaction de ce livre).

 

C'est l'objet de la première partie nommée « Incroyable » (plus que réussie de mon point de vue) qui se demande pourquoi ce sujet ne semble pas tant nous préoccuper et donc nous engager.

Et aussi pourquoi avons-nous le sentiment que nos actions (individuelles ou collectives à une échelle réduite) ne comptent pas? Pourquoi attendons-nous que ce soient les autres qui fassent ou impulsent le mouvement? 

 

Il y répond simplement: parce qu'il y a un souci de croyance et parce qu’il ne suscite pas d'émotions empathiques.

Si nous admettons une réalité factuelle (notre responsabilité dans la destruction de la planète) mais que nous demeurons incapables d'y croire, nous ne valons pas mieux que ceux qui refusent de voir l'implication humaine dans les changements climatiques – exactement comme Felix Frankfurter ne valait pas mieux que ceux qui nient la réalité de la Shoah.
Quand l'avenir distinguera ces deux sortes de déni, lequel apparaîtra comme une erreur grave, lequel comme un crime impardonnable ?

La deuxième partie (« Comment prévenir l’extinction ») est quasi sans narration, constituée de puces avec données chiffrées et/ou brutes, qui posent les faits.

C’est direct, efficace, sans ambages.

En moyenne, un régime aux deux tiers végan a une empreinte carbone inférieure à celle d’un régime végétarien à plein temps.

La troisième partie, « L’avenir de la planète », nous rappelle que la Terre est notre planète, notre maison, notre seule maison, même si certains en cherchent une autre dans le système solaire.

Et même si nous en trouvions une et pouvions nous y installer, et finalement, quelque soit le choix final (partir ou rester), cela en dira long sur nous-mêmes (l’humanité) et forcément nous transformera.

Les solutions technologiques et économiques servent surtout à régler les questions technologiques et économiques. Alors que la crise planétaire va assurément réclamer de l’imagination et de nouvelles législations, c’est avant tout un problème beaucoup plus large – un problème environnemental – qui met en jeu des défis sociaux comme la surpopulation, la condition des femmes, l’inégalité des revenus, et les habitudes de consommation. La question des ramifications sans l’avenir mais aussi des racines dans notre passé.

Et, ce passage, de me renvoyer à l’essai d’Ivan Jablonka, Des hommes justes. Du patriarcat aux nouvelles masculinités.

 

La dernière partie, « Discussion avec l’âme », m'a un peu perdue, il me faut le dire.

Dans un premier point « Ressources limitées », l’auteur se livre à un débat qu'il se veut intime et le plus honnête possible, en conversant avec son âme (ou sa conscience).

Cela donne lieu à un échange (écrit en italique pour l'âme) qui revient sur son parcours, son végétarisme, le succès de ses livres (et son incompréhension face à un ami qui partage ses points de vue mais qui a refusé de lire son précédent), son engagement et la manière dont il l'assume dans le public comme dans le privé, les débats éthiques, de conscience que cela soulève en lui et les contradictions que cela engendre parfois.

Cette partie a sa part d’intérêt, en plus d’être honnête et transparente vis-à-vis de ses lecteurs (il n’est pas parfait et c’est tant mieux, il est simplement humain), mais la forme fait trop de longueurs, d’autant qu’elle est constituée, pour beaucoup, de répétitions avec ce qui a déjà été dit dans les parties précédentes.

 

La suite de cette partie souhaite nous aider à prendre conscience de la nécessité d’agir, maintenant, pas tant pour nous mais pour le futur, nos enfants.

Il n’existe que deux réactions face au dérèglement climatique : la résignation ou la résistance. Nous pouvons nous soumettre à la mort, ou bien nous pouvons utiliser la perspective de la mort pour insister sur ‘importance de la vie.

L'appendice, qui se veut être une conclusion, est en fait le décryptage d'une étude qui ne fait pas parler ses chiffres de la même manière selon qu'elle est interprétée d'une manière ou d'une autre.

 

Jonathan Safran Foer signe là un essai intelligent, engagé et intéressant à plus d’un titre grâce aux données historiques, sociologiques, géographiques, économiques, écologiques et personnelles qu’il a entremêlées.

J’ai aimé ce mélange des genres comme la remise en question de l’auteur. Cela rend son propos comme son parcours, crédible, réaliste, possible, et a un effet miroir pour nous, une force d’exemple.

 

La question n’est pas tant de savoir si cet essai m’a plu ou est plaisant/agréable à lire, mais plutôt de quelle manière il résonne en nous, quel impact il trouve en nous pour nous donner envie d’agir, maintenant, car de temps, nous n’en disposons plus.

 

Pour conclure, je préfère citer un proverbe amérindien : « Nous n’héritons pas seulement de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nous enfants. »

Cet essai participe au « Challenge 1% Rentrée Littéraire 2019 » de Sophie Hérisson (8).

 

Belles lectures et découvertes,

Blandine

 

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N
Je ne sais pas quand, mais je vais le lire celui-ci, malgré ton petit bonus final, tu le "vends" bien ! ;)
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B
Hé hé merci!! le sujet ne pouvait que me plaire... quant à la forme, ça a été une très bonne surprise!!
N
Je note ce titre pour ma fille et pour moi !
Votre analyse donne vraiment envie de découvrir cet essai, pour une prise de conscience plus grande encore.
Bon dimanche Blandine <3
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B
Merci beaucoup Nancy!