Des hommes justes. Du patriarcat aux nouvelles masculinités. Ivan JABLONKA - 2019

Publié le 6 Octobre 2019

Des hommes justes

Du patriarcat aux nouvelles masculinités

 

Ivan JABLONKA

 

Editions du Seuil, 22 août 2019

448 pages

 

Thèmes : Document, Patriarcat, Féminisme, Antisexisme, Histoire, Sociologie

 

 

C’est dans le cadre du Grand Prix des Lectrices Elle que j’ai lu ce document.

Autant le dire de suite, ce n’est pas un genre que j’affectionne beaucoup. Je préfère lorsque les idées/débats/opinions sont abordées par l'angle du roman car elles s'imprègnent et se répercutent mieux en moi.

Et c'est aussi la forme qui, souvent, m'atteint moins, me laissant une impression confuse d’inculture et/ou de complexité.

Mais là est aussi l'objectif de ce Prix : sortir de sa zone de confort!

Et il me faut dire que le sujet abordé ici est terriblement passionnant, toujours si d'actualité (que pensez-vous de la sortie du jeu de société Mme Monopoly? / ça a fait débat à la maison!!!), mais utopiste ?

Ce n'est plus aux femmes de se remettre en cause, de se torturer sur leurs choix de vie, de se justifier à tout instant, de s'épuiser à concilier travail, maternité, vie de famille et loisirs. C'est aux hommes de rattraper leur retard sur la marche du monde. À eux de s'interroger sur le masculin, sans souscrire à la mythologie du héros des temps modernes qui mérite une médaille parce qu'il a programmé le lave-linge.

Ivan Jablonka est un historien et un écrivain déjà engagé sur cette question.

Ce document est en quelque sorte une suite à celui publié en 2016, Laëtitia ou la fin des hommes, suite au féminicide de la jeune fille de 18 ans en 2011 (que je n’ai pas lu).

Il est aussi une conséquence du mouvement #MeToo (2017), qui, selon lui, n’est pas qu’un évènement, mais qui fait date dans la remise en cause des rapports de pouvoirs des hommes sur les femmes.

 

Fils, mari et père (de deux filles), Ivan Jablonka part d’une analyse et d’un travail personnels (détaillés en épilogue) pour s’interroger, et nous (pousser à nous) interroger sur le(système du) patriarcat et ses origines, les modèles de dominations, les féminismes, la masculinité, et même les masculinités, passées et présentes, pour en envisager une/des nouvelle(s) et en finir avec l'injustice de genre et établir une véritable éthique masculine.

Entre l’homme et la femme, il y a beaucoup plus de similarités que de différences.

Pour ce faire, il a divisé son ouvrage en quatre parties décryptant des données scientifiques, historiques, sociologiques, linguistiques, religieuses, endémiques, culturelles, artistiques, politiques (et militantes), professionnelles, de la sphère privée ((amoureuse, de séduction, parentale,…)  etc.

Ce qui amène des questions (publiques) surprenantes, conflictuelles, douloureuses, d’apparence insignifiante, etc.

 

Dans la première partie, il remonte aux origines du système de patriarcat, à partir de la Préhistoire, avec données biologiques, pour décrire comment les inégalités de genre ont été construites, mises place et pérennisées : maternité, femme-objet, virilité…

 

La deuxième partie est plus historique (j’ai davantage apprécié) et nous raconte les différentes phases et formes d’émancipation féminine de par le monde et au fil du temps, comme par les personnes (femmes comme hommes) qui l’ont incarnée.

En premier lieu, l’émancipation des femmes ne résulte pas directement de la richesse des pays. Il serait vain de mettre en scène une compétition entre Nord et Sud, Occident et pays en développement.

La troisième partie nous explique en quoi l’image du masculin se fissure, s’abîme, se meurt.

Le masculin serait en crise (ce qu’Ivan Jablonka ne croit pas).

Le masculin n’est pas (ou plus) un indivisible mais prend plusieurs formes, ce qui crée donc au sein même de son genre, des exclusions, des discriminations, des souffrances engendrant des répercussions sur la société et au sein des familles.

Non seulement les hommes sont vulnérables, mais de surcroît, ils le nient et on le nie. Les souffrances du masculin reposent sur des inégalités de genre, et c’est une ultime injustice que de ne pas le reconnaître. Personne n’a envie de voir que la virilité construit autant les hommes qu’elle les détruit.
La masculinité de domination paie, mais elle se paie aussi.

Enfin, dans la dernière partie, Ivan Jablonka expose ce qui est et ce qu’il est possible de faire pour mettre fin à l’injustice de genre.

Puisque nous connaissons désormais les causes, à nous de déconstruire les mécanismes pour transformer les systèmes en misant sur l’éducation (des filles mais aussi des garçons), sans être toujours tentés par la parité (les femmes ne doivent pas être comme les hommes et/ou faire comme eux), mais par l’égalité des chances et pour le progrès de la condition féminine, en incluant, même si cela paraît insignifiant, la féminisation des noms de métier par exemple.

Une éducation féministe ne transforme pas les garçons en « femmelettes », mais en partenaires fiables et respectueux – en hommes justes.

Cependant, je n’ai pas le sentiment que l’auteur réponde franchement, simplement, à son postulat de départ : « En matière d’égalité entre les sexes, qu’est-ce qu’un mec bien ? ».

 

L’écriture d’Ivan Jablonka est plutôt fluide et attractive.

Ses recherches et documentations sont nombreuses (en témoignent les multiples notes de bas de page et l’indice bibliographique), les références et exemples aussi, et tout cela démontre la vivacité de son sujet et de tout ce qui s’y rattache.

J’ai beaucoup aimé l’insertion de tableaux comparatifs, de reproductions de documents (photographies, graphiques, tracts, tableau (Le verrou de Fragonnard), etc.) Cela permet d’aérer les propos, tant sur la forme que sur le fond.

Beaucoup d’exemples ne m’étaient pas connus et nombreux sont ceux  qui viennent d’ailleurs, d’hier comme aujourd’hui, ce qui permet de sortir d’une conception involontairement ethnocentrée de ce débat.

 

Pour conclure, cet ouvrage est passionné et passionnant.

Il reste néanmoins une lecture pointue, qui nécessite une certaine attention, et peut-être vaut-il mieux piocher dedans au gré de nos interrogations personnelles et/ou des résonances avec l’actualité (et elles ont été nombreuses – cf le nombre malheureusement croissants de féminicides en France) pour bien en saisir tous ses aspects.

Cet ouvrage participe au Challenge de Sophie Hérisson « 1% Rentrée Littéraire 2019 ».

Belles lectures et découvertes,

Blandine

 

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N
Il me donne de plus en plus envie de le lire, et à mes filles auss :)
Merci pour cet avis, Blandine,et bonne semaine.
Répondre
B
Merci à vous Nancy <3
Belle semaine à vous également!