The Hate U Give - La haine qu'on donne. Angie THOMAS – 2018 (Dès 13 ans)

Publié le 28 Février 2019

The Hate U Give

La haine qu'on donne

 

Angie THOMAS

Traduit de l’américain par Nathalie BRU

 

Editions Nathan, avril 2018

493 pages

 

Dès 13 ans

 

Thèmes : Etats-Unis, racisme, ghettos, chronique sociale, amitié, Tupac

 

Lecture Commune avec Enna et Nathalie

-Tupac disait que le nom de son groupe « Thug Life », la vie de gangsta, ça voulait dire « The Hate U Give Little Infants Fucks Everybody », la haine qu’on donne aux bébés fout tout le monde en l’air.
Je hausse les sourcils.
-Quoi ?
-Ecoute bien. The Hate U – « you », mais avec la lettre U – Give Little Infants Fucks Everybody.
T-H-U-G-L-I-F-E. Ce qui veut dire que ce que la société nous fait subir quand on est gamins lui pète ensuite à la gueule. Tu piges ?

-C’est la vérité. Les rappeurs d’aujourd’hui, ils en ont qu’après la thune, les filles et les fringues.
-Ton âge, papa, ton âge… je murmure.
-‘Pac aussi parlait de ça, ouais, mais il essayait en plus de filer la pêche aux Noirs. Comme par exemple avec le mot « nigga » : il lui a complètement redonné un sens – « Never Ignorant Getting Goals Accomplished ». Jamais ignorants et accomplissant leurs buts.

Le titre de ce roman rend hommage au rappeur Tupac Shakur (1971-1996).

J’en étais fan ado et j’avais même choisi de faire un exposé sur lui à la Fac en cours d’histoire contemporaine anglo-américaine (le sujet était libre).

J’écoute toujours sa musique d’ailleurs (et là pendant que j’écris).

Certes, il avait cette image (entretenue) de « Bad Boy » et tout ce qui va avec, mais il était surtout un homme engagé.

Il n‘aurait pu en être autrement avec des parents, un parrain, et plus largement, une famille, membres actifs des Black Panthers.

 

La « Thug Life » n’est pas une apologie de la violence (comme l’ont transformée certains – et n’est pas à confondre avec les Thugs d’Inde), mais bien une philosophie de vie, un appel à la tolérance et à l’égalité raciale et sociale. Il en avait fait un combat, avait rédigé un programme (avec d’anciens membres des Blacks Panthers) pour rendre les ghettos plus responsables, avec une vraie prise en charge des populations les plus précaires : minorités ethniques et pauvres. Pour en savoir davantage, je vous renvoie vers cet article de Slate, très intéressant.

 

***

Il y a donc tout ça dans ce roman.

La ghettoïsation, le déterminisme social, les préjugés en fonction de la couleur de la peau, la haine raciale, le racisme ordinaire, les gangs, la violence latente, la drogue, l’argent (facile), mais aussi la volonté de changer les choses en agissant à son niveau et avec ses possibles.

 

Voici l’histoire de Starr Carter, 16 ans, mais aussi de Kahlil, Maverick et Lisa, Seven et Sekani, Kenya, DeVante, Carlos, Maya, Chris, etc.

Nous les suivons sur treize semaines, cinq parties et vingt-six chapitres.

 

Starr a 16 ans, joue au basket, adooore les baskets Jordan et la série Le Prince de Bel-Air, et vit à cheval entre deux mondes.

Deux mondes qu’elle ne doit pas confondre, dans lesquels elle (se) compose.

Deux mondes qui vont bientôt s’entrechoquer, et qui sait ?, se fondre.

 

Elle est la fille d'un ancien membre respecté de gang, Maverick surnommé Big Mav' qui tient une épicerie, habite à Garden Heights, un quartier ghetto décrépi, écartelé entre les gans des Kings Lords (en gris) et des Garden Disciples (en vert) et où résonnent les coups de feu, la peur.

Elle a un grand demi-frère, Seven, et un petit frère, Sekani.

Comme eux, elle va dans un lycée de Blancs à 45 mn de chez eux car sa mère, Lisa, a insisté pour qu’ils n’étudient pas dans leur quartier. Pour qu’ils deviennent libres. Pour pas qu’ils tombent dans les fléaux du quartier.

Elle s’y est faite des amis mais sans se voir en-dehors du lycée, notamment Maya, d’origine chinoise, et Hailey, mais c’est plus qu’un monde qui les sépare, et la tension est palpable entre Starr et Hailey qui tient de plus en plus des propos polémiques.

Elle sort avec Chris, un Blanc gosse de riche.

Tant que je la joue cool et que je reste à l’écart, ça devrait aller. L’ironie n’empêche, c’est qu’à Williamson, je n’ai pas besoin de la jouer cool ». – je suis cool par défaut parce que presque personne n’est noir. A Garden Heights, être cool, ça se mérite, c’est bien plus difficile que d’acheter des Jordan rétro le jour de leur sortie.
C’est drôle n’empêche : pour les Blancs, être noir c’est la classe jusqu’au jour où c’est la poisse.

Alors qu'elle quitte une soirée où il y a eu des coups de feu avec son ami d'enfance Khalil, ils sont arrêtés par un policier. Ce dernier fait feu sur Khalil, sorti de la voiture et qui s'est penché vers Starr pour savoir comment elle allait.

Khalil meurt.

Elle est la seule témoin.

Et ce n’est malheureusement pas la première fois que Starr perd un proche par arme à feu.

 

Starr accepte d'aller faire une déposition mais à aucun moment l'innocence de Khalil ou la culpabilité du policier, matricule cent quinze, ne sont mentionnées, envisagées.

Et Starr a si peur qu'elle ne dit pas tout, ne déborde pas des questions posées et orientées.

 

Ses mondes implosent.

Kahlil serait devenu dealer, lui qui avait tant souffert de l’addiction de sa mère.

Son quartier s’embrase, des menaces fusent si elle parle.

Pour les lycéens de Williamson, ce n’est qu’un dealer de moins dans les rues.

 

Bien sûr la réalité, la vérité sont plus nuancées...

 

Starr va accepter de parler, de témoigner, pour qu’on rendre justice à Khalil, et d’une manière plus large, à la communauté noire, si souvent bafouée.

La sincérité, la douleur, la naïveté même de Starr sont touchantes. Elle va vite apprendre à s’endurcir et à rendre les coups. Aidée en cela par ses parents et sa famille, son petit-ami, une association locale, Juste la Justice, et même certaines gens de son quartier.

 

***

 

Ce roman s’inspire de faits réels (nombreux sont les livres ou les faits divers dans les médias qui relatent des violences, ou pire, policières de Blancs à l’encontre des Noirs et qui restent impunis) et qui ont inspiré le mouvement des Black Lives Matter (Les Vies des Noirs Comptent).

 

J’ai aimé ce roman qui se dévore, malgré son nombre de pages et son sujet.

J’ai aimé lire, découvrir cette réalité toujours si actuelle des ghettos américains, depuis le double point de vue de Starr, une ado presqu’ordinaire avec ses préoccupations vestimentaires ou musicales et sa relation amoureuse "vanille-chocolat", mais aussi son double monde : celui des Noirs et celui des Blancs, à la fois exposé et protégé.

 

Parmi les quelques critiques lues ça et là, nombreuses étaient celles qui évoquaient le vocabulaire employé, argotique, grossier. Certes, mais cela ne m’a ni dérangée, ni choquée, d'autant qu'il n'est pas si présent que cela.

Bien au contraire même, cela rend ce roman encore plus réaliste

 

J’ai aimé aussi que ce roman délivre d’autres messages de Lutte pour les Droits des Noirs et qu’il s’inspire d’autres figures historiques.

Ainsi, Martin Luther King est à peine évoqué quand Malcom X ou Huey P. Newton (membre fondateur des Black Panther avec Bobby Seale) le sont tout du long.

 

Ce roman est dur mais aussi tendre (les relations que Starr a avec sa famille sont très belles).

Il est violent et sans complaisance, mais avec beaucoup de nuances.

Il délivre un message politique fort.

Mais il est aussi et surtout nécessaire pour comprendre ce qui secoue encore et toujours les Etats-Unis (cf films ou séries, même si le sujet est, de base, pas du tout celui-ci).

 

Qu’en ont pensé Enna et Nathalie ? Allons lire leur avis !

Il a été adapté au cinéma en 2018 (2019 pour la France) avec dans le rôle de Starr, Amandla Stenberg.

 

Angie Thomas a écrit un deuxième roman, « On the Come Up », qui lui aussi, va être porté à l’écran.

Ce roman participe à l’ « African American History Month Challenge » d’Enna, ainsi qu’à son « Petit Bac 2019 » pour ma 1e ligne, catégorie Gros Mot; ainsi qu'à l'Objectif PAL d'Antigone.

 

 

 

 

 

 

Sur ce même sujet, mais d'un autre point de vue, je vous encourage à découvrir Six jours de Ryan Gattis, sur les émeutes de Los Angeles en 1992.

Belles lectures et découvertes,

Blandine

 

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Commenter cet article

Antigone 27/03/2019 09:57

Merci pour ce billet très complet qui éclaire véritablement le sujet de ce roman dont je vois en ce moment la couverture partout ! Je vais finir par craquer... ;)

Blandine 28/03/2019 10:39

Je te le souhaite ;-)
Merci à toi!

Nathalie 17/03/2019 18:36

Je prends enfin le temps de lire ton billet et celui d'Enna... Qui ne prennent pas le livre tout à fait sous le même angle, plus "musical" pour toi, plus "politique" pour Enna. Et mon billet sera encore différent. Un livre intéressant et riche d'émotions et de réflexions.

Blandine 18/03/2019 14:52

Oh que oui! Hâte de te lire :-)

Nancy 01/03/2019 21:31

Je suis partagée sur l'écriture justement, au vu des extraits feuilletés en librairie... Et pourtant votre chronique tellement riche et émouvante donne vraiment envie.
Je vais peut être tenter tout de même !
Belle soirée Blandine.

Blandine 03/03/2019 21:54

Je suis certaine que ce roman vous plaira. Et vraiment, je n'ai pas trouvé le langage plus présent ou choquant ou vulgaire que dans un autre roman.
Belle soirée à vous Nancy!

Enna 28/02/2019 06:11

Une lecture très riche et profonde qui va faire réfléchir les ados et les adultes sur de nombreux sujets! Une très bonne lecture! Merci pour cette LC!

Blandine 03/03/2019 21:52

Merci à toi!
Tu as tout à fait raison - et ce débat est omniprésent partout: films, séries, dessins animés américains même si le sujet principal n'a rien à voir. Par exemple la série SWAT avec Shemar Moore