Rubiel e(s)t moi. Vincent LAHOUZE - 2018

Publié le 1 Octobre 2018

Rubiel e(s)t moi

 

Vincent LAHOUZE

Editions Michel Lafon, août 2018

272 pages

 

Thèmes : Orphelin, adoption, Colombie, France, Quête d’identité, famille, amitié, amour, autofiction, témoignage

 

Rubiel e(s)t moi est le premier roman de Vincent Lahouze, mais pas son premier écrit.

Sur les réseaux sociaux et sur son (ancien) blog, il a rédigé des textes très personnels, percutants, engagés (CLIC) fédérant ainsi autour de sa plume et de sa personne une fidèle communauté de lecteurs.

 

Je ne l’ai découvert qu’avec ce titre (qui me plaît énormément) et la quatrième de couverture.

Accrochée par ces quelques mots, je vous la copie :

 

« Si je devais me souvenir d’une chose, d’une seule chose, ce serait la vision des murs gris de l’Orphelinat du Bienestar de Medellin et des portes qui claquaient lorsque nous courions dans les couloirs, le bruit sourd de mes pieds nus sur le parquet de bois délavé et poussiéreux. Oui, d’aussi loin que je me souvienne, la couleur n’existait pas.
Je suis né en Colombie, à la fin de l’année 1987, mais je n’ai commencé à vivre qu’en 1991. »

 

Parcours de vie, destin, répercussion de l’enfance sur l’adulte, double identité, quête d’identité, famille : tout ce que j’aime.

Je comprends que je porte un fantôme en moi.

Pour se trouver, Vincent Lahouze part à la rencontre de cet autre lui, de cet autre part de lui, celui qu’il a laissé en Colombie en devenant Vincent, mais qui n’a pas disparu : Rubiel.

Il lui invente alors une destinée.

Rubiel n’a pas été adopté, c’est son copain de chambre, Federico, qui l’a été.

D’ailleurs ces passages sont extrêmement durs, et même cruels. Le compagnon de chambrée est obligé d’assister à la rencontre de son « frère » avec ceux qui sont venus le chercher, ses futurs-déjà parents. Il assiste à l’émotion, aux larmes, aux balbutiements de cette famille naissante, à ce bonheur tout neuf et qui le renvoie d’autant plus à son statut d’orphelin, d’esseulé, de rejeté. À nouveau seul, à nouveau abandonné.

 

Rubiel quitte l’orphelinat, mais en s’enfuyant, en vivant dans la Rue, au sein d’un clan formé d’enfants, vivotant de mendicité, fuyant la police comme les narcotrafiquants.

On le suit enfant, adolescent, jeune adulte, grandi trop vite entre pertes et douleurs.

Ce faisant, Vincent nous dresse un portrait sans fard de la Colombie d’alors.

 

Au gré des chapitres qu’il alterne, l’un pour Rubiel (en utilisant le « il ») et l’autre pour Vincent (en disant « je »), il se livre et revient donc sur ce qu'il est aujourd’hui, sur ce qu'il a été : enfant adopté au prénom changé, et ce que cela signifiait alors en France et les clichés liés à la Colombie ; puis aîné d’une fratrie adoptée, alors qu’il est le benjamin d’une fratrie naturelle retrouvée plus tard ; jeune adulte révolté, névrosé, rapiécé.

Durant des années, je n‘ai pas eu conscience de ce que l’adoption représentait. A la fois une bénédiction. A la fois une malédiction. A l’aube de mes quatre ans, j’ai déjà eu quatre parents. Quatre points cardinaux pour un enfant déboussolé, et une double identité qui me collera à jamais à la peau.
(…)
Ils ne pouvaient pas savoir qu’adopter n’était pas simplement adopter un présent et un futur.
Ils adoptaient aussi un passé, des failles, des douleurs.
Ils ne savaient pas que nous étions des bombes à retardement, affamées avant de naître, avant même de n’être, tout simplement.

J’ai aimé découvrir et suivre ces deux vies parallèles, ces deux destins liés et la manière dont Vincent s’est (re)construit et dont il en parle.

Ses phrases sont belles, percutantes, emplies de jeux de mots, de métaphores et de poésie.

Mise en abyme, mise en miroir…

 

Elles sont un hommage à la vie pour ce qu’elle est et à ce qu’elle fait, à la littérature (à Gabriel Garciá Márquez et Eric-Emmanuel Schmitt notamment), à l’amitié, à l’amour, à la transmission – être, faire – devenir.

J’ai été émue par le récit de Rubiel, saisie par celui de Vincent.

Et je ne peux que vous recommander de faire sa (leur) connaissance !

Dans ce roman mais aussi sur Instagram, où il poste son puzzle d’identité et quelques photos de lui enfant, avec quelques mots qui complètent ce livre.

 

Merci aux Editions Michel Lafon

Ce roman participe au Challenge « 1% Rentrée Littéraire 2018 » de Sophie Hérisson, et au « Petit Bac 2018 » d’Enna, pour ma 11e ligne, catégorie Prénom.

 

 

 

 

 

 

 

Belles lectures et découvertes,

Blandine.

 

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Commenter cet article

Nathalie 08/10/2018 16:30

Voilà qui me parlera sans aucun doute !! Je l'avais déjà noté (vu sur un blog, mais lequel ?) mais ton avis renforce mon envie !

Blandine 09/10/2018 15:33

Tu m'en vois ravie! Je suis très heureuse d'avoir pu lire ce roman et d'avoir découvert cette (belle) plume!

Nancy 02/10/2018 17:10

Votre chronique et les extraits choisis sont très émouvants.
Je lirai sans doute ce roman un jour mais peut-être pas tout de suite...
Belle soirée, Blandine.

Blandine 03/10/2018 09:23

Merci beaucoup Nancy!
Je vous souhaite de le découvrir... un jour...
Belle journée à vous!