Terre des oublis. Duong Thu Huong - 2007

Publié le 2 Août 2018

Terre des oublis

 

Duong Thu Huong

Traduit du vietnamien par Phan Huy Duong

Le Livre de Poche, septembre 2007

 

704 pages

 

Thèmes : Vietnam, après-guerre, traditions, amour, espoirs

 

Lecture Commune avec Alexielle

 

J’aime relire les livres que j’ai aimés, qui m’ont émue, transportée, fait découvrir des lieux, des traditions et cultures, des parcours de vie, même s’ils sont imaginaires.

J’ai lu ce roman il y a (déjà) dix ans (j’ai retrouvé en ses pages le ticket d’achat et un autre, me remémorant où et quand je l’avais lu !) et en ai gardé un souvenir aussi fort que merveilleux.

Terre des oublis est l’un de mes romans préférés, et je l’ai offert ou recommandé de maintes fois.

Et pourtant, grâce à cette relecture, je me rends compte que j’avais oublié, occulté, emmêlé certains de ses aspects, j’ai ressenti des émotions différentes à l’égard des personnages, mais certains souvenirs sont demeurés intacts.

On évolue, on change, nos centres d’intérêts ou points d’importance aussi…

 

Toujours est-il que je ressors à nouveau conquise et chamboulée de ce roman.

 

*********

 

Viêtnam, 14 ans après la guerre.

Au Hameau de la Montagne, une femme, Miên, voit réapparaître son premier mari, Bôn.

Épousé à 17 ans, très vite, dans l’ardeur de la jeunesse, la possible illusion de l’amour et le départ pour la guerre du jeune homme un mois plus tard.

 

Disparu pendant le conflit, tous le croyaient mort.

Il y a bien eu un avis de décès, il y a bien eu du temps écoulé entre l'annonce et son deuxième mariage, reconnu par les cieux et par les hommes, mais Bôn a combattu pour son pays, et à ce titre, en plus des pressions patriarcales et communistes, Miên se doit de laisser son deuxième époux, pour aller vivre avec lui.

Instinctivement, elle comprend que celui qui ressort de la tombe apprécie cent fois plus que d’autres la vie et fera tout pour la posséder à nouveau. Elle n’a plus d’issue. Cet homme au teint sombre réclamera jusqu’au bout son droit. Tout le monde sera de son côté. Le Président a bien dit qu’elle pouvait choisir son avenir, mais ce n’était que des paroles de convenance. Après les discours, tous voteront pour Bôn. Ils aiment Bôn. Le soldat, l’errant, le martyr. L’homme qui a donné sa jeunesse à la nation dans une guerre sans précédent. L’homme qui a fait tous les sacrifices. L’homme qui a perdu une partie de sa vie et est revenu pour réclamer le reste….

Mais Bôn n’est plus celui qu’il était et il ne possède rien.

Son corps est usé, par la guerre et le paludisme, donnant à sa peau une teinte particulière et une haleine fétide.

Il doit vivre avec sa sœur aînée, Tâ, et ses enfants. Les plus miséreux du village. C’était le cas avant, cela l’est toujours. Bôn avait eu l’espoir d’en échapper par les études, mais la guerre l’avait rattrapé.

A présent, seul son désir de Miên (et la sonorité de son prénom en français dit beaucoup !) et l’espérance d’un enfant le conduisent, alors même que son corps est incapable de le concevoir tant il est affaibli.

Incapable aussi de travailler le maigre lopin de terre octroyé par la communauté.

Alors il tente de se soigner, de se redonner de la vigueur sexuelle par de multiples conseils et médications traditionnelles, fournis par son seul ami Xa le Borgne ou pays par l’argent de Miên.

 

Le roman tourne beaucoup autour de la sexualité et des croyances qu’on lui attribue : vigueur, virilité, descendance, force ,respect…

 

Bôn oublie que le temps a passé, que Miên a épousé le marchand le plus riche du village, Hoan, et qu’avec lui, ils ont un fils, Hanh.

En les quittant, elle perd un cadre de vie aisé et retrouve la pauvreté de son enfance, les difficultés matérielles mais aussi émotives.

Comment vivre auprès d'un homme qu'elle n'aime pas, qui vit dans leur amour passé, assailli par ses visions de la guerre, qui parle aux fantômes et qui est incapable de ne rien faire, non pas par paresse, mais parce que son corps n’a plus aucune énergie ?

 

Avec beaucoup de délicatesse, Duong Thu Huong nous raconte comment Miên, Bôn et Hoan vivent et ressentent cette situation.

De manière croisée, elle nous dévoile leur passé, d’où ils viennent, leurs épreuves et ambitions, ce que chacun a dû traverser, les espoirs et cette espèce de fatalité qui les entoure, Bôn particulièrement.

Mes sentiments à son égard ont changé, j’ai été beaucoup plus peinée par ce qu’il a enduré, enfant, soldat, vétéran que lors de ma première lecture. Il est le personnage qui m’a le plus touchée.

Miên est la femme aux deux maris, dont tous se gaussent derrière le dos. Elle est une femme soumise aux traditions, aux lois des Hommes et à son mari. Mais elle va changer, s’endurcir et s’imposer.

Hoan est un marchand respecté, fils de l’instituteur Huy qu’il craint, admire et respecte encore longtemps après sa mort. Floué dans sa jeunesse, le privant des études tant prisées, il s’est construit une solide carapace, une férocité dans les affaires, que seule Miên sait faire disparaître.

 

Dans sa narration, l’autrice restitue avec beaucoup de minutie les émotions, les couleurs, les odeurs, les saveurs (il y a énormément de descriptions de plats, de cérémonies autour de la nourriture), les douleurs, les traditions, les valeurs, de son pays écartelé entre le passé, le communisme et la modernité.

 

C'est avec fébrilité que j'ai enchaîné les dernières 200 pages de ce roman de 700, dont j’avais oublié la fin.

Un roman magnifique et dramatique, que je suis vraiment heureuse d’avoir relu.

Je ne peux que vous inviter à vous plonger dans ce roman qui vous transportera loin, très loin !

Le Hameau de la Montagne est trop exigu. Dans ce petit monde clos, la joie passe comme un reflet de lumière, un souffle de vent. La tristesse et l’anxiété rôdent comme l’effluve exaltant, vénéneux d’un philtre maléfique, comme un opium qui enivre et paralyse l’âme des hommes car chacune de ces âmes fragiles, esseules, barbares, recèle le germe maladif, envieux, secret, inavouable d’un drame terrifiant comme un orage, bien que ses désirs inaltérés s’accompagnent en permanence de terreur.

Qu’en a pensé Alexielle ? Découvrons son avis ICI !

Ce roman a reçu, en 2007, le Grand Prix des lectrices Elle.

 

Il participe à mon « Challenge des RE 2018 » (5/9) ainsi qu’au « Petit Bac 2018 » d’Enna, pour ma 9e ligne, catégorie Couleur.

 

Belles lectures et découvertes,

Blandine

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Nancy 03/08/2018 01:06

Je vous rejoins, Blandine, c'est étrange comme l'on change sans s'en rendre compte, et ce sont, parfois, nos lectures qui nous le montrent de façon évidente !
Nous voyons et ressentons les choses autrement : je le vis en ce moment en relisant Le comte de Monte-Cristo !
En tout cas, Terre des oublis semble être un roman à fleur de peau et d'émotions.
Je vous souhaite de superbes vacances ensoleillées ! A bientôt.

Alexielle 02/08/2018 17:41

Nos avis sont assez proches ^^ C'est vrai que la sexualité est très présente... Un très bon roman, d'une grande force. Le deuxième que je lis de l'auteur et je pense que j'en lirai d'autres (à moins que je ne fasse comme avec celui-ci et que je les oublie dans ma Pal lol ^^). Merci pour cette découverte ! Première lecture de ce roman pour moi mais je pense que je le relirai car je crois que je me suis un peu blindée, par peur de la fin, que je ne sentais pas du tout du tout, aussi je pense que je suis passée à côté de certaines émotions... Même s'il a quand même su me cueillir et m'emporter dans son sillage !

Blandine 02/08/2018 21:36

C'est moi qui te remercie, car grâce à toi, je l'ai relu^^
Oui, nos avis se rejoignent et cela me fait très plaisir!