Deux secondes en moins. Marie COLOT et Nancy GUILBERT – 2018 (Dès 14 ans)

Publié le 30 Mars 2018

Deux secondes en moins

 

Marie COLOT et Nancy GUILBERT

Editions Magnard Jeunesse, 13 février 2018

304 pages

 

Dès 14 ans

 

Thèmes : Adolescences, Traumatismes, Musique, Amitié, Vie, Bienveillance, Résilience

 

Lecture Commune avec Nathalie

 

 

La musique aide, panse, répare.

La musique comble les silences et parle au cœur.

Lorsqu’il n’y a plus de mots, la musique relie.

Comme ce piano sur la couverture de ce roman, tel un pont, un passage, qui permet la rencontre d’Igor et de Rhéa, et leurs retrouvailles avec leur entourage et le monde qui tourne (toujours – inlassablement, cruellement et heureusement) autour d’eux.

 

Igor et Rhéa sont deux adolescents abîmés par la vie, par la faute d’un autre.

La souffrance du premier saute aux yeux, son visage n'est plus.

Emporté par les deux secondes d’inattention de son père, trop concentré sur son téléphone pour voir la camionnette mal garée et éviter l’impact.

Igor s’est retranché dans sa colère, esseulé dans ses souvenirs, refusant tout avenir, culpabilisant son père, écharpant le couple de ses parents.

-Je ne sais pas ce qu’elle a. Fred m’a seulement dit qu’elle avait vécu un drame. Elle est peut-être aveugle, sourde et muette ou atteinte d’une maladie incurable. Tout est possible. Un beau duo d’éclopés, quoi ! A nous deux, on fera pitié, c’est sûr. Il ne manquera plus que le chapeau où jeter des pièces !
Mme Jacquelin se racle la gorge, gênée par mon franc-parler.
-Un drame n’est pas toujours lié au physique.
-Hein ?
-Igor, avec-vous envisagé qu’elle n’ait aucun problème apparent ?
-Qu’elle soit seulement tarée, c’est ça ?
-Qu’elle ait une douleur invisible, contrairement à la vôtre.

Rhéa n’a rien vu venir non plus, n’a rien ressenti lorsque c’est arrivé.

Elle riait avec ses copines lorsqu’Alex, son petit-ami, a sauté devant un train, l’emportant à tout jamais.

Elle se fustige et s’en veut de n’avoir rien su déceler derrière les mots, les sourires, les attitudes.

Si seulement, elle avait pris deux secondes…

Elle lui en veut de n’avoir rien partagé, de n’avoir rien laissé. Alors elle lui écrit, l’invective, le malmène, se confie par le biais de son Journal.

Elle leur en veut aux autres de continuer leur route, de rire encore, de vivre alors que tout semble s’être figé pour elle.

 

Il est fils unique, vit confortablement dans une grande maison, qu’il ne quitte plus sauf pour ses rendez-vous psy et médicaux (et l’on ressent, visualise même, toutes les recherches et précisions de Marie Colot sur ce que la médecine/chirurgie peut faire/permettre).

Elle vit avec sa mère et ses deux petits frères (César et Tibère – j’aime ces prénoms !) et ils viennent d’emménager dans une nouvelle ville.

 

Tous deux sont en souffrance.

Tous deux ont une passion qui a conditionné leurs études, mais qu’ils ont suspendue.

Et tous deux doivent faire un choix qu’ils reportent : continuer le piano et passer leur examen, ou arrêter… pour ?

 

Un peu forcés, beaucoup aidés, ils vont y revenir, chacun de leur côté d’abord, puis ensemble.

Grâce à l’entremise d’un professeur particulier, amateur de thé, qui lui aussi, a souffert, et qui sait...

 

Fred trouve les mots ou les silences, avec patience et bienveillance, il les accompagne, séparément, puis les fait se rencontrer et leur propose un défi, salvateur.

Pour aujourd’hui et leurs lendemains.

Petite anecdote, il est aussi aidé par un compagnon bien insolite !

 

*****

 

Marie Colot fait parler Igor.

Nancy Guilbert prête sa plume à Rhéa.

 

Les chapitres alternent leurs points de vue.

C’est addictif, mais surtout salutaire tant les émotions sont fortes. Elles m’ont étreinte, et même submergée, à plusieurs reprises. Les larmes ont souvent jailli.

 

Les deux auteures nous parlent au cœur, retranscrivent avec intensité ces deux drames, reflets de réalités qu’elles ont elles-mêmes vécues.

Cette précision n’est peut-être pas utile en elle-même, mais le savoir nous rend leur roman encore plus sensible, plus proche. Que l’on soit ado ou adulte, parent ou non, il nous touche, forcément.

Et puis, il ya tous ces petits détails qui ME touchent, ces autres petits détails qui vous toucheront vous. A chacun les siens !

L’accident de voiture, qui enlève à Igor son visage, est une de mes plus grandes peurs. Heureusement, il y en a d’autres plus doux (la Corse, Jirô Taniguchi…).

 

Marie Colot et Nancy Guilbert décrivent très bien la spirale des sentiments, contraires, des deux adolescents, et ceux des autres vus de leur prisme, notamment de leurs mamans, et plus encore celle d’Igor.

Les adultes sont dévastés. Ils ne sont pas à la hauteur. Ils font semblant mais ne maitrisent rien du tout. Ils prononcent des phrases toutes prêtes et inutiles, les yeux gonflés de larmes, pour éviter des silences pesants, mais au fond, ils sont aussi perdus et démunis que nous. Des gamins effrayés devenus grands, mais qui n'ont toujours rien compris. Alors, pour se rassurer, ils s'inventent des codes et des cases, beaucoup de cases dans lesquelles ils rangent les gens soigneusement. Et quand tu n'entres dans aucune, on t'éjecte, un petit sourire, une tape sur l'épaule, mais on t'éjecte quand même...

Mère solo, celle de Rhéa est submergée, a parfois des réactions qui semblent détachées, peu empathiques. Mais elle sait aussi d’expérience (mais maladroitement finalement), que si la formule est convenue, elle est aussi très vraie : donner du temps du temps au temps.

Alex, ne m’en veut pas, une nouvelle porte est devant moi et j’ai la main sur la poignée.

Avec ce roman, Marie Colot et Nancy Guilbert démontrent que le temps, la musique aident à la guérison, mais aussi le fait d’écrire.

Leur écriture à quatre mains, à elles, mais aussi les quatre mains de leurs deux personnages, qui eux aussi écrivent, ce qui nous est retranscrit sous plusieurs formes.

 

Et me revient en tête cette citation de Marguerite Duras, lue dans le roman d’Anne-Laure Bondoux, L’autre moitié de moi-même : « L’évènement lui-même est détruit par le livre. Ce qui est écrit remplace ce qui a été vécu. »

 

 

Deux secondes en moins est un roman que je ne peux que vous conseiller de lire.

Nathalie me rejoint, je pense. Allons découvrir son avis – CLIC

Pauline a aussi beaucoup aimé ce roman.

 

Avec Nathalie et Pauline, nous avons posé quelques questions à Nancy Guilbert et Marie Colot: CLIC

 

Découvrez aussi les avis de Noukette, Jérôme, Sophie

Merci à Nancy Guilbert et aux Editions Magnard Jeunesse

C’était mon premier roman de Marie Colot, et assurément pas mon dernier !

De Nancy Guilbert, je vous ai déjà présenté de nombreux livres, albums, BD – CLIC

 

Ce roman participe au « Petit Bac 2018 » d’Enna pour ma 3e ligne, catégorie Passage du Temps.

 

Belles lectures et découvertes,

Blandine

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Commenter cet article

les sortilèges des mots 30/04/2018 20:35

Je ne connaissais pas. Tu me donnes envie de le lire

Blandine 30/04/2018 22:21

Tu m'en vois ravie! Je ne peux que te le conseiller :-)

Pauline 01/04/2018 09:16

Une lecture qui m'a réservé beaucoup d'émotions. Je ne m'attendais pas à être si touchée. Quelle belle chronique, Blandine ! Je suis ravie d'avoir vécu cette aventure avec toi ! Et elle n'est pas terminée, c'est cela qui est bien :-)

Blandine 01/04/2018 22:18

Merci beaucoup Pauline <3 Je suis autant ravie et émue d'avoir partagé cette lecture avec toi et suis heureuse qu'elle se poursuive :-)

Marie Colot 31/03/2018 23:10

Je vous remercie du fond du coeur pour cette très belle chronique où votre avis s'accompagne d'extraits de notre roman et de citations qui lui font écho. J'ai lu il y a plusieurs mois déjà le livre d'Anne-Laure Bondoux (dont j'aime énormément les romans) et il a été bon de retrouver la phrase que vous avez choisie ;) Encore merci !

Blandine 01/04/2018 22:17

C'est moins qui vous remercie infiniment pour cette lecture et vos mots <3

Nancy 31/03/2018 15:31

Je suis touchée à mon tour de lire votre chronique, mais aussi par les liens et extraits choisis.
J'aime cette citation d'Andersen que je ne connaissais pas. Elle aurait pu figurer en exergue du roman, si je n'aimais pas autant celle de Camus.
Quant à celle de Marguerite Duras... elle résume tout.
Merci, Blandine <3

Blandine 01/04/2018 22:15

<3 Merci beaucoup Nancy <3