Le garçon qui n’était pas noir. Jacqueline WOODSON – 2011 (Dès 10 ans)

Publié le 24 Février 2018

Le garçon qui n’était pas noir

 

Jacqueline WOODSON

Traduit de l’anglais (USA) par Agnès PIGANIOL

Editions Bayard Jeunesse, collection « Estampille », octobre 2011

220 pages

 

Dès 10 ans

 

Thèmes : Noirs et Blancs, Espoir, religion, Collège, Amitié, Maladie-Handicap, Ségrégation, Identité

 

Lecture Commune avec Enna

 

 

Ne vous fiez pas à la couverture un peu « enfantine » de ce roman. Dans ses pages, se trouve une histoire qui aborde de nombreux thèmes importants, qui fondent nos identités à chacun, et auxquels nous pouvons tous être confrontés, même encore aujourd’hui – à moins qu’il ne faille dire, à nouveau aujourd’hui…

 

Etats-Unis, fin des années 1960.

La ségrégation a pris fin (en 1967) mais dans la réalité, elle est toujours présente, séparant par une autoroute la ville ou vit Frannie, notre jeune narratrice.

 

Un matin de janvier, un garçon blanc arrive dans sa classe.

Il est grand, maigre, et vêtu d’une drôle de façon.

Il porte les cheveux longs, légèrement ondulés, ses yeux sont souvent dans le vague et une étrange et mystique aura de calme se dégage de lui.

Frannie est déstabilisée par ce garçon que ses camarades de classe appellent de suite « Jésus ».

-Enfin, c’est bizarre, a-t-elle poursuivi, on ne voit pas de Blancs dans cette école. Trevor a raison, il faut bien le reconnaître : ce garçon devrait retourner avec les autres Blancs, de l’autre côté de l’autoroute.
-On n’est plus dans les années cinquante, ai-je protesté. La ségrégation, c’est fini, je te rappelle !
-Essaie de dire ça aux gens qui vivent là-bas, a répliqué Maribel. Ou à ceux d’ici. C’est quand même drôle qu’il vienne de notre côté, alors qu’il n’est pas d’ici.
Oui, c’était bizarre, mais je ne voulais surtout pas l’admettre devant elle.
-Est-on jamais vraiment de quelque part ? a repris Samantha.

Ce garçon cristallise autour de sa couleur de peau bien des haines. Et si le racisme des Blancs envers les Noirs est bien connu, celui des Noirs vers les Blancs n’est pas moins réel.

Qui est-il et pourquoi est-il là ?

 

Autour de Frannie, évoluent plusieurs personnages, tels Trevor, un jeune métis aux yeux bleus qui refuse que l’on parle de son père, Blanc, et qui adopte un comportement brutal et vindicatif ; Rayray, qui le suit tout le temps ; Samantha, son amie, dont le père est pasteur et qui aimerait bien que Frannie aille à l’Eglise. Elle voit en « Jésus », ou veut voir, un signe divin. Frannie et elle ont de nombreuses conversations sur la religion et ce qu’elle apporte.

Maribel Tanks, autrefois scolarisée dans une école privée, en garde une attitude hautaine, voire méprisante, d’autant que ses parents tiennent une épicerie, pratique mais aux prix très élevés.

 

Frannie vit une situation familiale particulière, ce qui lui offre une certaine acuité sur le monde, notamment grâce à son frère aîné, Sean, sourd, avec qui tous communiquent par la langue des signes, retranscrite en italique dans le roman.

Il va dans une école spécialisée, joue au basket, et comme il est beau garçon, il attire de nombreuses filles qui se désintéressent dès qu’elles s’aperçoivent de son handicap…

Sean est très philosophe et permet à sa sœur de voir les choses autrement.

-Les filles sourdes sont du même monde que moi. Nous nous connaissons sans avoir besoin de parler. Cet univers-là ne me suffit pas. Je veux découvrir l’autre aussi.
-Mais elles sont débiles, ces filles.
-La première fois que je t’ai parlé de ça, tu m’as regardé comme si j’étais fou.
-Oui. Parce que je ne comprenais pas de quoi tu parlais.
-Exact. Parce que toi, Frannie, tu as déjà ls deux mondes. Tu peux aller où tu veux.

Son papa est chauffeur routier ; sa maman a perdu de nombreux bébés, dont Lila, pourtant née vivante et dont la photo sourit à Frannie dès qu’elle la regarde. Aussi quand elle voit sa maman fatiguée et ne pas se sentir bien, est-elle très inquiète…

 

J’ai beaucoup aimé ce roman, qui se lit vite et bien écrit.

Il est ambitieux de par les nombreux thèmes qu’il aborde, mais parfois qu’en surface. Cependant, pour le public visé, cela est bien suffisant pour ne pas alourdir et allonger le récit. Les graines sont semées, aux jeunes lecteurs de les faire germer !

 

Le mot qui me reste après la dernière page tournée est : espoir.

Aussi parce qu’il s’ouvre avec un poème d’Emily Dickinson.

Il imprègne toutes les situations de ce roman, tous les personnages, qu’ils en aient conscience ou non.

Espoir sous toutes les formes qu’on veut bien lui donner : rêve, amitié, amour, religion, famille…et qui débouche sur la tolérance et l’ouverture à l’autre.

Chaque personnage change, fait des concessions, se décharge d’un poids trop lourd, et apporte aux autres.

 

Ce roman participe au Challenge d’Enna « African American History Month »

Découvrez aussi les avis de Liyah ; Bouma ; et Enna

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Belles lectures et découvertes,

Blandine.

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N
Intéressant de voir l'autre côté !
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N
Au risque de me répéter, ce thème m'est très cher et je trouve que ce roman l'a abordé sous un autre angle, très intéressant ! Les personnages ont l'air attachants.
Le poème est superbe <3
Belle soirée, Blandine !
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B
Oui, vous avez raison!
Belle soirée à vous Nancy!
E
Je vois qu'on a perçu ce livre de la même manière, très riche, peut-être un peu trop mais j'ai bien aimé le style en tout cas.
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B
Exactement, riche, mais un peu trop. Cela reste une bonne lecture à partager!