Les contes noirs du chien de la casse. Remedium – 2017 (BD)

Publié le 24 Janvier 2018

Les contes noirs du chien de la casse

 

Remedium

Editions Des Ronds dans l'O, septembre 2017

72 pages

 

Thèmes : Chronique sociale, Cité/Banlieue, Jeunesse, fatalité

 

Lu sur tablette

 

Quand on pense « banlieue », « quartiers », « cité », généralement sont associés : jeunes, scooters et bruit, « glandage », barres d’immeubles (souvent vétustes) aux halls squattés, joints et drogues, rap…

 

Remedium les connaît bien ses mots.

Né dans le 9.3, il y vit toujours et y est devenu professeur des écoles en 2005, au Blanc-Mesnil.

Ces mots reflètent une réalité, la facile. Celle qu’on entretient, colporte, pour ne pas trop (y) penser, pour ne pas trop se pencher sur ce que ces mots cachent.

Même s’il est engagé, son album n’est pas un plaidoyer, il n’a pas vocation à changer les choses, il veut juste faire connaître un peu de l’envers du décor.

 

Portrait sombre et sans complaisance, ses dessins sont faits d’un trait noir, épais.

Que du noir et blanc, pas de couleurs, pas de nuances, comme si la vision de la cité ne pouvait qu’être manichéenne.

Heureusement, il y a les mots.

Ils utilisent du verlan, de l’argot urbain, des rimes, des métaphores, des jeux de mots, des références à des œuvres populaires, culturelles.

 

Le texte est ciselé, taillé dans le vif, juste, percutant.

Il ne se lit pas.

En tout cas moi, je ne l’ai pas lu.

Dans ma tête, c’était du slam (avec la voix de Grand Corps Malade) ou c’était du rap.

Et cela apporte beaucoup de rythme, de vivacité, de texture, de relief. J’aime !

 

Le titre de l’album, de par son titre, ne fait pas de mystères.

Il se compose de sept contes, chacun de huit pages.

Ils abordent la misère sociale et son déterminisme, l’exclusion, la loi du silence, la violence ordinaire, la place des femmes, la religion, la pression familiale, le poids de la réputation, le mektoub (destin).

Les différents récits entremêlent les situations comme les personnages, directement ou par le biais de dialogues, de tags.

La poudre aux yeux ou comment les mots deviennent réalité.

Le narrateur est admiratif d’Alex, surnommé Gax par ses potes de la rue.

Depuis toujours, il le suit comme son ombre. Mais lorsque de dealer, Gax devient aussi consommateur, il se met à « psychoter », et tue son seul véritable ami.

« Il me tue Alex. »

 

Déments sur canapé

Un canapé laissé aux encombrants et c’est un bon plan pour pouvoir glander assis et pépères ; un lieu pour se retrouver, papoter, fumer, pester, mater, s’échanger les infos de la rue…

 

La maîtresse de maison

Shahinese la voyait autrement sa vie.

Mais de mauvais choix en mauvaises rencontres, elle a perdu jusqu’à sa colère, jusqu’à sa liberté, et se résigne à être celle qui ouvre dorénavant sa porte aux mecs qui y frappent…

 

Les aveugles

Lorsque Jihane souhaite témoigner contre un homme, respecté du quartier, tous se retournent contre elle et sa famille. Même Karima.

Il est plus facile de fermer les yeux, de tourner la tête, de nier, de critiquer, que d’affronter.

Dans ce récit, la police tient un bon rôle.

 

Le chien errant ou comment l’envie de reconnaissance peut être exploitée.

Des élections à venir, un jeune désoeuvré qui peut faire lien et le tour est joué.

Lorsqu’il comprend, il est trop tard. Ses « nouveaux amis » ne le respectent pas, ses anciens ont tourné le dos au « traître ».

 

La raide Option

Gax sort de prison, il est une star !

Mais il a changé et la religion l’accompagne désormais.

 

En prison, il avait troqué ses addictions et ses démons contre le plus bel opium du dicton.

 

Sa foi était sincère, dit-on, et ses premiers mois dehors prouvèrent à tous qu’il était de ceux qui se réinsèrent.

 

Sur le ter-ter comme pour la première fois, il suvait les rares potes qui lui estaient mais détonnait, se splittant pour des histoires de spliffs.

 

Détrôné depuis sa chute, il se prenait pour un prophète de la street, déter à les convaincre qu’ils devaient changer comme lui.

 

Son petit frère Natan le vénère mais il est happé par la facilité de la rue et sert d’appât pour piéger son aîné.

 

Le toi du monde

Enzo et Karima se retrouvent sur le toit d’un immeuble alors qu’en bas, la ville brûle. Les émeutes font rage.

Enzo veut partir de la cité et emmener avec lui sa petite amie.

Avec ce dernier récit « à la Shakespeare », l’album se referme sur une note d’espoir et de possible.

Merci aux Editions Des Ronds dans l’O

 

Il participe au RDV BD de la semaine qui se passe aujourd’hui Chez Mo’ (Retrouvez-y toutes les participations du jour - CLIC) ainsi qu’au Challenge « 1% Rentrée Littéraire 2017 » (36/6) de Sophie Hérisson.

 

 

 

 

 

 

 

 

Belles lectures et découvertes,

Blandine

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C
Original, comme souvent chez cet éditeur. Pas sûre d'être attirée, mais il faut reconnaître que c'est un sujet qui est rarement exploité en BD.
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B
Tout à fait!
N
Argh, le dessin est rédhibitoire.
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B
C'est très personnel, mais je comprends!
S
Comme beaucoup je ne suis pas tentée du tout par le graphisme. Ce ne sera pas une raison suffisante pour passer mon chemin , tout le reste m'appelle !
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B
:-) Par avance, je te souhaite une belle lecture alors!
N
Pas sûre que ça me tente beaucoup... Le côté social oui, mais Rap et Slam, pas mon truc !
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B
C'est moi qui l'a lu ainsi, tu pourrais en faire une lecture tout à fait différente!
P
Oh, les dessins sont sombres quand même !
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B
Oui un peu.
J
Même si le principe me plait bien, je ne suis par attiré par le dessin.
A voir à l'occasion, merci.
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B
Voilà, à l'occasion peut-être!
A
Très tentée aussi ! J'aime bien les BD qui touchent au social en général et tu as attisé ma curiosité ;-)
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B
Oui moi aussi, j'aime le côté "vrai", "authentique".
K
Très tentée !
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B
:-D
R
Un grand merci à toi pour ce bel article sur lequel je suis tombé un peu par hasard ! Cela me touche beaucoup !
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B
C'est moi qui te remercie pour ton passage ici et ton petit mot! Merci!
M
Malgré la froideur qui se dégage des illustrations, je suis tentée !
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B
C'est fait exprès je pense ;-)
A
Pas très tentée comme ça, sans doute le trait épais. A feuilleter à l'occasion. :)
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B
Voilà!
C
Voilà qui me tente fort !
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B
:-)
J
J'adore le titre ! Il a tout pour me plaire cet album.
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B
Tu m'en vois ravie!
F
Je note! Et c'est marrant, je viens de lire un roman qui se déroule dans les cités parisiennes (avec le langage qui va avec) et j'avais cette chanson de IAM en tête pendant que je le lisais :-) (Le titre du roman m'aidait aussi "Grand Frère")
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B
L'une de mes chansons préférés d'IAM, qui est LE groupe de rap incontournable, indétrônable pour moi!
Je vais aller jeter un oeil à "ton" roman tiens! Tu m'intrigues!
N
Toujours des textes engagés de qualité chez Des ronds dans l'O...!
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B
Oh que oui!
H
Lire en slam doit donner une certaine intensité au texte. Ce doit être une lecture "coup de poing".
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B
Oui tout à fait! cela s'est fait naturellement, je ne l'ai pas recherché!
S
tu m'intrigues. Au 1er abord pas intéressée du tout mais ton billet ouvre le horizons. Et cela j'aime
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B
Voilà! Et j'ai même été happée!
E
ce que tu en dis est intéressant, je verrai si je le croise en médiathèque!
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B
Je te le souhaite!
L
comme Stephie, le graphisme me refroidit un peu... je vais laisser faire le hasard!
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B
;-)
S
Le thème me tente mais le graphisme moins. A voir si je la croise !
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B
Oui, c'est une lecture à tenter!
M
Je l'ai lu sans mélodie, c'est peut-être de là que vient le manque de rondeur. La première nouvelle est très généreuse dans son emploi du "jargon" de la cité. J'avais eu du mal avec elle. Les autres, moins. Je vais relire je crois ;)
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B
Ravie de t'avoir (peut-être) donné envie de relire cet album.
Le slam s'est imposé à moi, je ne l'ai pas recherché... Quant au jargon, je dirais qu'il est nécessaire pour que l'album soit crédible ;-) j'aime bien!