La loi du Phajaan. Jean-François CHABAS. 2017 (Dès 12 ans)

Publié le 17 Décembre 2017

La Loi du Phajaan

 

Jean-François CHABAS

Editions Didier Jeunesse, septembre 2017

128 pages

Dès 12 ans

 

Thèmes : Thaïlande, éléphant, traditions, maltraitance animale, courage

On n’a pas deux cœurs, l’un pour l’homme, l’autre pour l’animal.
On a du cœur ou on n’en a pas.
Alphonse de Lamartine.

Epigraphe

Kiet, 64 ans, se souvient de ce qui a marqué son enfance, puis sa vie.

Fervent défenseur de la cause animale, et des éléphants en particulier, il nous raconte son histoire, celle de Sura son éléphant, mais aussi celle de son pays, la Thaïlande…

 

Nous avons tous en tête des images d'éléphants déplaçant de lourdes charges ou qui sont dressés et montés.

Ces images "traditionnelles" et « typiques » sont véhiculées par le cirque, dans les films/dessins animés comme par les touristes qui adorent cette attraction et qui contribuent à sa pérennité en la partageant sur les réseaux sociaux. Mais, pour qu'un éléphant soit docile, il a dû endurer le phaajan dans sa prime jeunesse: une méthode de dressage particulièrement cruelle qui vise à anéantir toute étincelle de "sauvagerie" dans l'esprit de l'animal, quitte à ce qu’il devienne fou au fil des ans…

 

Kiet nous raconte sa première capture, lorsqu'il avait 10 ans, aux côtés de son père et d'autres villageois, afin qu’il devienne à son tour mahout, c’est-à-dire, dresseur. Comme son père avant lui, comme son grand-père avant lui, comme tant d’autres avant lui…

 

Il nous raconte la capture, l’asservissement, la terreur des hommes comme des « grandes bêtes » aussi appelés « Seigneurs », la torture, les cris, la souffrance, l’indicible, la mort…

Si les méthodes ont évoluées, la souffrance, elle, demeure…

Aujourd’hui, ceux qui veulent les capturer anesthésient les jeunes éléphants ; tout est beaucoup plus facile pour les ravisseurs. On tire sur l’animal, la seringue hypodermique délivre la dose, et on n’a plus qu’à attendre le sommeil de la proie. Reste le risque que les autres éléphants qui entourent la victime empêchent l’accès à l’animal endormi. Qu’importe : s’ils s’obstinent à défendre leur congénère, on les tue au fusil d’assaut. Aujourd’hui, en 2017, trois ou quatre éléphants sont assassinés pour un qu’un on capture. Tout le monde peut se servir d’une Kalachnikov AK-47. Son maniement est à la portée d’un enfant. On est loin de la cible, les rafales meurtrières criblent de balles les grandes bêtes…

Cet acte auquel Kiet est forcé de participer, par transmission, par tradition, par obligation, va le révolter et le ronger toute sa vie.

Mais que faire lorsqu’on n'a que 10 ans, la pauvreté comme compagne et une multitude de coutumes et superstitions chevillées au corps et alors que son monde tend à disparaître?

Rien…

Même donner de l’eau à l’éléphant au cours du phajaan est prohibé.

 

Ce n’est que 5 ans plus tard à 15 ans, et autant d’années de souffrance, que Kiet a été obligé de se rebeller et de fuir…

 

Pourtant, aucune accusation dans ce roman-documentaire mais un constat d’une infinie tristesse.

Kiet nous dévoile en creux les histoires et sociétés d'alors et d’aujourd’hui, la précarité, les ravages écologiques au nom du consumérisme, du tourisme auquel le phajaan assure toujours un revenu non négligeable, malgré le nombre toujours en baisse des éléphants.

Quand j’ai eu quinze ans, en 1968, de nombreux évènements graves marquaient nos pays de l’Asie du Sud-Est. La guerre était à nos portes, et chaque jour on entendait de nouvelles catastrophes. Les hommes s’entretuaient, alors il n’y avait pas de place dans ce monde-là pour la défense des éléphants.

Aujourd’hui, en 2017, les grandes bêtes sont surtout utilisées pour transporter les touristes, qui ne savent pas, je le crains, ce qui est infligé à ces animaux. S’ils le savaient et qu’ils décidaient quand même de les monter pour leur promenade, alors ces gens ne seraient pas de bonnes personnes.

(…)

Contrairement en revanche à ce qu’on imagine, un éléphant d’Asie ne peut supporter de lourdes charges sur son dos ; cela le blesse.

(…)

D’autres usent des éléphants pour mendier. D’autres encore leur font peindre des tableaux, car ces créatures extraordinaires sont assez intelligentes pour ça, et alors tout le monde s’extasie…

C’est vrai, régulièrement, ce genre d’articles paraît dans nos journaux, ici en France, pour informer, extasier, dénoncer, révolter… (CLIC)

Ils évoquent les éléphants, mais aussi les orques, les dauphins, les chiens…

Mais même si nous le savons, je ne sais pas si cela change grand-chose ; cf les abattoirs. Car « nous » avons plus d’empathie pour les éléphants que d’autres animaux ici (bétail). Mais ce sont toujours les autres les « sauvages »...

 

Ce roman de Jean-François Chabas, engagé en faveur de la production des animaux, heurte. Ses mots savent se faire images.

A tel point qu'il m'a fallu faire des pauses dans ma lecture, comme il m’en a fallu pour faire cette chronique.

Je me suis demandée si son récit n'était pas trop dur pour le public visé, les jeunes adolescents. Puis je me suis dit que non, justement!

Car si le récit est dur, il sait aussi être beau en montrant que les mentalités peuvent changer, évoluer, même si cela prend du temps. Et c’est justement par cette dualité que les jeunes (générations) peuvent prendre conscience de ces actes cruels, comme des leurs même s’ils leur semblent anodins et/ou sans conséquences (le fameux « effet papillon »), et ainsi lutter contre ces pratiques.

Que d’autres, heureusement, entament déjà : CLIC ICI ou LA, quand certains n’œuvrent que pour un retour en arrière (CLIC) ...

I am in favor of animal rights as well as human rights.
That is the way of a whole human being.
Abraham Lincoln

Epigraphe

Merci aux Éditions Didier Jeunesse.

Didier Jeunesse soutient EVI (Eco Volontaire International), une association dont le but est d'intervenir pour la protection des animaux sauvages et de l'environnement dans le monde, ainsi que de consolider un lien respectueux entre les humains et la nature.
Plus d'informations :
  CLIC

 

Ce roman participe au Challenge « 1% Rentrée Littéraire 2017 » de Sophie Hérisson (31/6)

 

Le roman de Laura Millaud, Un géant de tendresse, évoque aussi les exactions commises au nom de coutumes ou du commerce, en Afrique, à l’encontre des grands singes.

Derrière sa fable caustique, Bertrand Santini nous sensibilise à la cause des requins, tués en masse par les hommes au nom de leur supposée dangerosité dans Jonas Le requin mécanique.

 

Trois romans essentiels, trois plaidoyers pour la cause animale et la vie sauvage qu’il faut lire et partager !

 

Belles lectures et découvertes,

Blandine

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Nancy 18/12/2017 14:31

Cette chronique est émouvante, merci Blandine de participer à la défense de la cause animale.

Blandine 18/12/2017 22:01

Merci à vous <3

Nathalie 17/12/2017 18:47

Bon, tu m'as convaincue, je le mets sur ma liste d'achats à la rentrée ! Par contre pour l'âge, dès 12 ans c'est bon ? Parce que les bouquins ados sont en deux parties chez nous : de 10/11 à 14/15, c'est en jeunesse et 15 et plus c'est en jeunes adultes, en section adulte...

Nathalie 17/12/2017 19:03

Oui je veux bien savoir ce qu'elle en pense. Merci !

Blandine 17/12/2017 19:01

Hé hé!
L'éditeur l'indique dès 10 ans... Personnellement, je le trouve très dur. Je l'ai mis entre les mains de ma fille, je te dirai son ressenti!