Maudite soit la guerre. Didier DAENINCKX et PEF – 2014 (Dès 8 ans)

Publié le 11 Novembre 2017

Maudite soit la guerre

 

Texte de Didier DAENINCKX

Illustrations de PEF

Mise en couleurs de Geneviève FERRIER

Editions Rue du Monde, juin 2014

Dès 8 ans

 

Notions abordées : Première Guerre mondiale, famille, courriers, guerre, Histoire, transmission, mémoire, pacifisme

 

J’aime lorsque les albums (comme BD, romans – jeunesse ou non) entremêlent à leurs histoires des faits réels.

J’aime lorsqu’ils nous apprennent des choses, des anecdotes, nous révèlent des personnalités, des pans méconnus, ou pire oubliés, de notre passé, de notre, de l'Histoire.

Et ce, notamment sur des sujets que l’on pense bien connaître.

C’est ici le cas avec la Première Guerre mondiale et les Monuments aux Morts.

 

Plus de 60 millions de soldats mobilisés de par le monde, plus de 8 millions pour la France et dont 1,4 million n’en sont pas revenus.

Ainsi, dans toutes les communes de France, et malgré le coût de la reconstruction, plus de 36000 monuments aux morts furent érigés entre 1920 et 1925, grâce aux subsides de l’Etat et à des souscriptions populaires, couvrant parfois intégralement les frais.

 

La patrie souhaitait, devait, leur rendre hommage et/ou célébrer leur mort.

Mais dans certains villages, il n’y en a pas eu (tel Thierville dans l’Eure car il n’y eut aucun mort) ou bien le rejet de la guerre a été gravé dans la pierre du monument.

C’est le cas (entre autres) à Dardilly (Rhône), à Strümpfelbach (Allemagne) ou encore à Gentioux (Creuse).

 

C’est dans ce village que cette histoire nous entraîne, auprès de son Monument aux Morts, érigé en 1922, dont l’inscription a donné à cet album son titre : MAUDITE SOIT LA GUERRE

Source de la photo – CLIC – Découvrez ICI l’histoire de ce monument, atypique, toujours non reconnu officiellement par l’Etat français.

Ce petit garçon orphelin en blouse d’école et sabots aux pieds, qui brandit son poing en direction de ces mots, au-dessus desquels 58 noms sont inscrits, est le héros fictif de cette histoire.

 

Fulbert Delorge est son nom.

Il nous parle d’un temps passé mais toujours présent, celui où les hommes, les pères notamment, sont partis à la guerre.

Il nous parle de son aventure au Front, au Chemin des Dames (1917) pour s’assurer que son père est toujours bien vivant, quand tant d’autres sont déjà morts, pour lui remettre en mains propres sa rédaction faite en classe : sa déclaration d’amour, d’encouragement et d’espoir.

-La chose la plus importante, pour une armée en guerre, c’est d’avoir un bon moral. Et rien de tel, pour le moral d’un soldat, que de recevoir une lettre de son fils. Prenez vos porte-plumes.
Vous avez deux heures pour trouver les mots qui donneront du courage à ceux qui défendent notre patrie, au péril de leur vie.

Mais après-guerre, en se regardant en enfant de bronze, il se demande si ce qu’il a pris pour de la chance alors (ce voyage vers le front en train, side-car, tous ces soldats croisés venus de tant d’ailleurs, pour amener sa lettre) n’a pas porté malheur.

 

Le regard, à la fois naïf et intrépide, de cet enfant, qui défie le monde des adultes dans toute sa brutalité, observe la guerre et vit ses symboles : boîtes de singe, leçons patriotiques à l’école, paysages lunaires, …

Tous me regardent comme s’ils n’avaient jamais vu un enfant.
(…)
On dirait que le monde entier s’est donné rendez-vous ici pour s’entretuer.

Cet album apporte à ce village, son monuments et ses soixante-trois morts (énorme pour la population d’alors), une reconnaissance que l’Etat lui refuse toujours bien qu’il soit inscrit depuis 1990 au titre de « Monument historique ».

Depuis le 11 novembre 2008, il est le lieu d'un rdv annuel pour des manifestations pacifistes et antimilitaristes.

A cette date, une demande de réhabilitation des soldats fusillés avait aussi été formulée par Marc Blondel (syndicaliste).

« Il est grand temps que l’ensemble des morts de la Grande Guerre réintègre la mémoire nationale, qu’ils n’ont d’ailleurs jamais vraiment quittée, du fait du combat de nos associations. Il est temps maintenant de les réhabiliter pleinement, publiquement, collectivement et sans fausse honte ». Source

 

 

Colorés et très expressifs, les dessins de PEF accompagnent à merveille le texte de Didier Daeninckx.

L'album se clôt par deux pages documentaires, un vrai plus qui prolonge l'histoire pour la faire entrer dans la Grande, la vraie, donner du tangible au temps qui passe et qui atténue, oublie.

La sensibilité de PEF quant à ce conflit est palpable, et nombreux sont ses albums et écrits sur ce sujet.

J’en ai d‘ailleurs présenté quelques-uns sur le blog :

Et d’autres livres de PEF :

Cet album participe au Challenge "Je lis aussi des albums 2017" de Sophie Hérisson (70/100) et à mon Challenge autour de la Première Guerre mondiale , ainsi qu’au « Petit Bac 2017 » d’Enna pour ma 8e ligne, catégorie Mort.

 

 

 

 

 

 

 

 

En 2015, l'exposition Reflets de guerre à Boulogne-Billancourt, abordait la vision qu'on avait du conflit alors mais surtout après, notamment par le biais des Monuments aux Morts.

 

Belles lectures et découvertes,

Blandine

 

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Commenter cet article

Nathalie 11/11/2017 21:02

PEF ayant parrainé la bibliothèque où je travaille, nous avons tous ses livres ! Je n'ai pas encore lu celui-là, j'y jetterai un oeil à l'occasion.

Blandine 13/11/2017 21:46

Oh la chance!
Pour celui-ci, bien sûr, je ne peux que t'encourager à le découvrir :-)