Aucune terre ne sera mienne. Sylvie ANAHORY - 2016

Publié le 17 Octobre 2017

Aucune terre ne sera mienne

 

Sylvie ANAHORY

Editions Cairn, octobre 2016

272 pages

 

Thèmes : Espagne, Guerre civile espagnole, Histoire, mémoire, transmission, héritage, amitié, famille, trahison

 

Il est des moments où des sujets nous aimantent, où nous voulons « tout » lire, « tout » découvrir sur eux.

La Guerre civile espagnole est de ceux-là pour moi et je suis avide de lectures.

 

Dans ce (premier) roman, Sylvie Anahory entremêle délicatement fiction et faits réels pour nous raconter la difficile transmission, familiale et historique, de cette période de violences et de déchirements qui a contraint à l’exil tant d’Espagnols, sans qu’il leur soit toujours possible de revoir leur terre natale.

Je me doutais bien qu’un jour tu me poserais des questions en t’intéressant à ma vie, mais je ne pensais pas que ce serait pour le tournage d’un film.
Lorsque tu m’en as parlé, j’étais réticent puis j’ai compris qu’il était important pour toi de connaître tes origines. C’est-à-dire les miennes. Celles de ma famille restées en Espagne, celles d’avant l’exil. Une part de moi est toujours dans mon pays, dans mon village, et y retournera.
Je te le demande.

Ce « Je », c’est celui de Francisco, dit Paco, Otin Callen.

Il s’adresse à son petit-fils, François, même prénom, pas même nationalité par réalité obligée. Un petit-fils devenu homme.

 

Son histoire se découvre au fil de plusieurs narrations, occasionnant parfois quelques répétitions et plusieurs points de vue.

Il y a le « je » de Paco en 1996, dans les pages de ses Mémoires ou celles de son Journal.

Il y a le « il » du narrateur extérieur.

Il y a le « je » ou le « il » du regard du petit-fils, François, ou du réalisateur qu’il est.

Il y a le « je » de Mazas, connaissance de Paco, resté au pays, interviewé par François.

 

Ainsi, nous remontons la vie, l’identité, l’exil, l’engagement, les amitiés et ses désillusions, l’adolescence et l’enfance de Paco.

Almudévar

 

Il est né à Almudévar, en Aragon, dans une famille de paysans pauvres n’ayant que leur terre aride pour seule richesse, et la nécessité de cultiver de quoi subsister pour seule préoccupation.

A cinq ans, enfant encore unique, il vit comme un arrachement la séparation d’avec sa mère, Amparo, pour être envoyé au séminaire jésuite de Huesca dans le but de devenir prêtre. Son retour au village se fera une fois par an, dans la chaleur étouffante de l’été et trouvant à chaque fois une nouvelle grossesse ou son résultat.

 

De son austère enfance aux deux séminaires (petit et grand), entre cours, prières et chants grégoriens, Paco se fera des amitiés, que le temps éprouvera, ou non.

Il y a Marco, Mateo et Jaime.

Tous ne se feront pas ordonnés prêtres.

Puis, il y a aussi eu Diego et Pablo.

 

Tous se retrouveront embrigadés, corps et âme, dans la Guerre civile, contre ou pour Franco, par choix ou de force.

 

Paco gardera rancœur toute sa vie de la triple trahison de l’un d’eux à son encontre.

 

Ses descriptions des combats comme des moments à l’Arrière sont poignants, déstabilisants de violences, de pertes, comme de sacrifices, aussi bien physiques qu’émotionnels ou d’avenir.

Il nous dévoile toute la complexité de ces années de guerre, des choix ou non choix, des conditions atroces, des combattants alliés venus de toute l’Europe (même si leur pays ne fait rien), le froid, la gangrène.

Et l’exil.

Almudévar – Huesca - Guernica – Teruel – Barcelone – La Returada – Argelès – Toulouse - Montauban : comme autant de combats, de pertes, de souffrances.

Aucun lieu ni aucune terre ne seront miens.
Seul m’appartient le territoire de la mémoire.
Souvenance d’un être qui meurt lorsque le souvenir devient oubli.

Et tous les jours, je m’interroge : à quel pays appartient l’exilé ?

Ce roman est à la fois passionnant et instructif, d’autant qu’il retrace la vie réel d’un combattant républicain. J’aime !

Tous ces thèmes abordés, de l’Histoire, de l’identité, de la famille, de la mémoire, du choix, de l’exil m’ont beaucoup émue.

D’autant qu’ils résonnent toujours aujourd'hui– pour cette guerre comme pour d’autres

L’écriture de Sylvia Anahory alterne entre la réalité brute des faits ou la poésie des mots et des images, la cruauté de la nature humaine ou le doux souvenir d’une famille.

 

PS : juste une remarque sur l’objet-livre, petit rectangle, imprimé sur papier glacé. Cela le rend beau, mais lourd… Mais je le vois comme un symbole.

 

Merci à Masse Critique de Babelio et aux Editions Cairn

 

D’autres lectures ou évocations de la Guerre d’Espagne chroniquées ou présentées  succinctement sur le blog :

 

Belles lectures et découvertes,

Blandine.

Retrouvez-moi sur FacebookTwitterPinterestInstagramtumblrGoogle+Babelio et Livraddict.

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Nancy 17/10/2017 23:05

Je comprends tout à fait ce que vous voulez dire quand un sujet nous happe et cette lecture semble vous avoir énormément touchée.
J'en suis heureuse pour vous et vous en souhaite d'aussi émouvantes sur le même thème.
Votre article est à nouveau très documenté, bravo :)

Blandine 18/10/2017 08:23

Merci beaucoup Nancy <3
J'ai retrouvé quelques autres livres sur ce thème dans les cartons :-)
Belle journée à vous!