La couleur pourpre. Alice WALKER - 1984

Publié le 28 Février 2020

La couleur pourpre

 

Alice WALKER

Traduit de l’américain par Mimi PERRIN

 

Editions Robert Laffont, collection « Pavillons poche », mars 2008 pour la présente édition.

1982 pour la parution originale aux États-Unis.

 

350 pages

 

Thèmes : Etats-Unis, Ségrégation, Racisme, Afrique, Condition des Noirs, Condition de la femme, Relation Epistolaire, Amour

 

Sud des Etats-Unis, du début XXe siècle aux années 1960 environ.

 

Nous faisons connaissance avec Célie, 14 ans au début du roman et restons avec elle tout du long.

Elle est une fille noire, pas très jolie, pas très fine de corps et d'esprit mais robuste, très bonne ménagère et douée avec les enfants. Sa mère est malade puis meurt. Son père abuse d'elle, la met enceinte deux fois, se débarrasse des enfants avant de se débarrasser d’elle aussi en la mariant avec Mr..., alors que sa petite sœur, Nettie, dont elle est très proche, en était amoureuse, et qu'ils se courtisaient.

Qu'importe, l'aînée passe en premier, et Mr ... a quatre enfants, Celie est donc plus indiquée.

 

Elle change de toit mais n'a guère de joies. Nettie, qui vivait chez eux est contrainte de partir et son départ, qui laisse Celie terriblement esseulée, ne peut être pleinement compensé par la venue de Sofia, une jeune fille robuste et rebelle, qui se marie au fils aîné de Mr…, Harpo. Son caractère franc et fougueux lui vaudra l’admiration de Celie mais aussi bien des désagréments. N’appréciant pas la remarque de la femme de Mr le Maire, elle est jetée en prison, avant d’en sortir pour aller travailler dans cette famille et de s’occuper de leur fille.

 

A peu près en même temps, arrive une autre femme dans sa vie, Shug Avery. Chanteuse de blues qui s’affranchit des interdits, elle est malade et Celie s’occupe d’elle. Peu à peu, une relation amicale et complice s’installe et Shug entreprend de la déniaiser peu à peu.

Grand Amour de son mari, Shug deviendra aussi le sien. Car Celie ne s’intéresse pas aux hommes, ni à elle-même d’ailleurs.

Elle trouve normal d’être battue, Mr… n’a de cesse de la conspuer, rabaisser, au vu de ses cheveux constamment emmêlés, de ses vêtements toujours plus rapiécés.

Elle ne reçoit aucune considération, mais Shug et Sofia vont peu à peu l’aider à prendre confiance en elle, à trouver un équilibre et à s’affirmer.

Elle se découvre un don pour la couture et confectionne des vêtements, elle apprend à penser par et pour elle-même, à défendre ses idées et non pas à véhiculer celles toutes faites parce que femme, parce que noire (lorsqu’Harpo vient la voir car Sofia lui tient tête, son conseil est alors de la battre – elle reproduit le modèle reçu).

 

Elle pense souvent à sa sœur mais à défaut de pouvoir être en contact avec elle, elle écrit à Dieu. Ses missives sont très courtes et sont rédigées dans un phrasé très oral. Peu à peu, elle soigne aussi cet aspect et s’exprime d’une manière un peu plus fine.

 

Puis, vers le milieu du roman, s'agrègent d'autres lettres.

Ce sont celles de Nettie. L’expression est plus soignée, plus posée, avec un vocabulaire plus riche et varié, des phrases mieux construites.

Jugée meilleure élève du temps où elle allait à l’école avec Celie, elle s’est vite rendue compte qu’elle avait encore beaucoup à apprendre et a demandé au couple qui l’a recueillie (le Pasteur et sa femme) de bien vouloir l’y aider.

Et elle a accepté de partir comme missionnaire avec eux, et leurs deux enfants Adam et Olivia, en Afrique dans le but de construire une école chez les Olinkas (le pays n’est pas précisé et ce peuple est probablement fictif).

Celie, dans le vaste monde il existe des Noirs qui souhaitent nous voir instruits, qui veulent que nous progressions et que la Lumière se fasse en nous. Ils ne sont pas tous mauvais comme papa ou Albert (le prénom de Mr…), ou vaincus d’avance comme maman.

Mais Celie ne reçoit pas ses lettres car Mr... les subtilise et les cache. C'est grâce à Shug qu’elle pourra les lire et ensuite lui écrire directement, sans savoir si sa sœur lit ses mots.

 

Ainsi suivons-nous en parallèle le parcours de ces deux sœurs, attachantes.

Leurs vies, découvertes, joies, peines, peurs, souhaits, découvertes, les enfants qui grandissent, les épreuves de la vie, les révélations et les changements comme leurs difficultés inhérentes à leur lieu de vie, au fait d’être Noire ou étrangère, et à leur condition de femmes.

 

Car si la couleur de peau n’est pas un problème pour certaines gens ou dans certaines parties du monde, il n’en va pas de même sur le fait d’être fille. Là, il y a comme un consensus général et mondial et même au sein d’une même communauté.

Les filles ne s’appartiennent pas, passent du père au mari pour leur faire des enfants et n’ont pas à être instruites.

T’es noire, pauvre, moche, et en plus t’es une femme.
T’es vraiment rien du tout.

Mr... à Celie

Nos femmes sont respectées, ici, a dit le père.
On ne les laisserait jamais courir le monde comme les Américaines. Il y a toujours quelqu’un pour s’occuper d’une femme olinka : un père, un oncle, un frère, un neveu. Ne vous offensez pas, sœur Nettie, mai notre peuple a pitié des femmes comme vous qui sont déracinées d’on ne sait quel monde et envoyées dans un autre qu’elles ne connaissent pas, pour s’y battre seules et survivre.

Un père Olinka à Nettie

En Afrique, Nettie découvre une autre culture, d’autres traditions et assiste aussi à un monde qui change où le Blanc exploite toujours, sous une autre forme, les plus faibles et démunis. Les Olinkas seront expulsés de leurs terres pour le passage d’une route ou l’implantation d’industries.

L’histoire de Nettie est pleine d’abnégation, de victoires et de défaites, mais elle est très belle.

 

***

 

C'est lors de la première édition du challenge African American History Month d'Enna que j'ai découvert ce roman, qu'Enna adore et recommande chaudement

Et je comprends bien pourquoi.

Ce roman est riche, très riche.

De nombreuses thématiques sont abordées d’une manière très fluide, même si elles sont difficiles et beaucoup sont toujours très actuelles.

J'ai été un peu déstabilisée par l'absence de repères temporels. Certains éléments nous aident à nous situer  (l'apparition des automobiles, les envois de missionnaires, l'évocation de la deuxième guerre mondiale) mais cela reste léger. Et personnellement, j'aime quand c'est clairement indiqué. Mais je sais aussi que ce silence permet de faire un récit finalement valable pour tous, en tous temps et en tous lieux.

Dieu aime partager avec nous toutes les belles choses, que c’est lui qui les a faites en plus. Ça doit le faire râler si tu remarques pas un beau carré de pourpre dans un champ par exemple. C’est une couleur pas ordinaire, tu vois ?

La couleur pourpre Blog Vivrelivre

La couleur pourpre, c’est l’extraordinaire dans l’ordinaire, c’est le précieux dissimulé dans le banal, c’est la joie cachée dans le quotidien.

Et à sa toute fin, c’est une leçon de vie, d’expériences, que nous avons acquise.

A la dernière page tournée, c’est un sentiment de luminosité que j’ai ressenti. Et qui me reste.

 

Une adaptation cinématographique, avec Whoopi Goldberg et réalisée par Steven Spielberg, est sortie en 1985.

J’aimerais beaucoup la voir !

 

 

Ce roman participe au Challenge « African American History Month » d’Enna et à son « Petit Bac 2020 », pour ma 4e ligne, catégorie Couleur ; ainsi qu’à l’Objectif PAL d’Antigone.

Black History Month Blog Vivrelivre
Petit Bac 2020 Blog Vivrelivre
Objectif PAL Blog Vivrelivre

 

 

 

 

 

 

Belles lectures et découvertes !

Blandine.

 

Retrouvez-moi sur FacebookTwitterPinterestInstagramBabelio et Livraddict

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Nancy 29/02/2020 00:03

Il faut absolument que je le lise... :)))

Blandine 01/03/2020 12:58

Et moi, que je vois le film ;-)

Antigone 28/02/2020 20:34

J'aime tellement le film que je n'oserais jamais je crois lire le roman !! J'ai retrouvé quelques scènes en mémoire à lire ton billet, je te le recommande chaudement.

Blandine 01/03/2020 12:57

Merci! Je crois imaginer ce que tu veux dire... et je compte bien voir le film!

Enna 28/02/2020 09:59

Ton billet me fait tellement plaisir et me donne même envie de relire le livre (ou de revoir le film que je te recommande vivement, i lest assez fidèle au livre et les acteurs sont excellents!) Je suis très heureuse de voir que tu as aimé "mon livre culte"! Merci!
Et j'y pense, Alice Walker a écrit un autre roman des années plus tard qui parle de la situation des femmes Olinka et qui reparle aussi de Nettie et Adam : "Le secret de la joie" (je l'ai lu il y a très longtemps en anglais mais je ne m'en souviens plus très bien)

Blandine 01/03/2020 12:57

Merci à toi pour cette belle découverte!
Je vais d'abord voir le film ;-) Je ne sais pas si j'aimerais connaître la suite de leur histoire, à moins que ce roman raconte plus en détails la vie de Nettie... La fin de La couleur pourpre me convient bien!