Jouir. En quête de l’orgasme féminin. Sarah BARMAK - 2019

Publié le 28 Janvier 2020

Jouir. En quête de l’orgasme féminin Blog Vivrelivre

Jouir

En quête de l’orgasme féminin

 

Sarah BARMAK

 

Préface de Maïa MAZAURETTE

Traduit de l’anglais (Canada) par Aude SECHERET

 

Éditions Zones, octobre 2019

208 pages

 

Thèmes : Essai, Sexualité, Féminité, Féminisme

 

Grand Prix des Lectrices Elle 2020 Blog Vivrelivre

 

Le titre peut faire sourire, n’est-ce pas ?

Un sourire de gêne, moqueur, entendu, de jugement peut-être aussi. C’est sûr, un tel titre ne peut laisser indifférent ! Et j’avoue avoir été un peu décontenancée à sa réception.

D’une part car la lecture d’essais/documents n’est pas ce que je préfère.

De l’autre, à cause de son sujet.

Alors quitte à être sortie (que dis-je, éjectée !) de ma zone de confort, que cela se fasse avec panache !

 

Donc, de quoi parle ce livre ? De l’orgasme féminin.

Oui, mais qu’est-ce donc ? Car non, ce n’est pas facile à déterminer tant il en existe de manifestations.

Et il faut d’abord commencer par définir et détailler correctement le sexe féminin pour pouvoir y répondre.

Et puis qu’est-ce que l’orgasme (vécu ou non, recherché ou non) dit de nous, les femmes (mais aussi les hommes), de notre rapport au corps (d’un point de vue intime, social comme médical), de notre conception de l’amour, mais encore de notre place dans la société comme de notre bien-être personnel ?

Quand bien même nous semblons libres en apparence, (nos vêtements, notre langage et nos médias n’ont jamais été aussi sexuellement chargés), nous sommes nombreux à nous sentir submergés, à avoir un mal fou à trouver suffisamment de place pour développer une sexualité individuelle au milieu de toutes ces images idéalisées.

Les réponses sont d’ordre sociologique, ethnologique, historique, religieux, philosophique, médical et scientifique. Et comme nous le dit Sarak Barmak, elles représentent les femmes « occidentales » et plus précisément les nord-américaines, canadiennes en particulier, Blanches et souvent d’un point de vue hétérosexuel. Bien qu’elle n’oublie pas de mentionner les autres communautés. Mais le livre ne fait « que » 208 pages et pose déjà de nombreuses bases et pistes de réflexions.

 

Ce livre, c’est donc une enquête qui nous restitue ce que l’on sait, pense, redoute, imagine, ignore, cache, découvre, espère au sujet du plaisir féminin.

L’orgasme est une perception.
C’est dans l’esprit qu’il a lieu, pas dans les muscles.

Rencontres, lectures, témoignages, références (qui vont des penseurs antiques à Nicky Minaj ou Beyoncé) et expériences menées par l’autrice elle-même, nous apportent des explications réparties dans cinq parties (inégales en termes de longueur comme d’intérêt – de mon point de vue).

 

Ainsi, l’autrice nous donne des chiffres (qui donnent le vertige) et nous parle des représentations de notre corps, du dégoût qu’il peut susciter, de sa méconnaissance voire ignorance. Tant par les femmes elles-mêmes que du corps médical qui nie/niait des douleurs ou éléments physiques réels.

 

Elle remet en perspective les plaisirs masculin et féminin, pourquoi le premier est accepté, normal, banal, valorisé même, quand le second est conspué, dénigré, rabaissé, oublié.

L’un des obstacles les plus courants à la détente nécessaire à l’orgasme est la pression que nous subissons vis-à-vis de lui. Nous sommes passées de la prise de conscience de son existence ‘il n’y a pas si longtemps, quand on s’entendait demander « c’était bien pour toi aussi ? », il fallait s’estimer bien lotie) à son inscription sur une liste de cases à cocher. Quelque part sur le chemin de la libération sexuelle, l’orgasme est devenu pour les femmes ce que l’érection était d’ores et déjà pour les hommes : le signe d’un sentiment d’insuffisance dans le triste cas où il tarderait à survenir.

Elle décrit l’orgasme et le plaisir féminin.

De ce que l’on en attend, espère, ses mécanismes et les différences de désirs, de la pression ou culpabilité qu’il engendre (pour les deux partenaires), des modèles qu’il favorise (avec la pornographie notamment), de la vulnérabilité et abandon qui l’accompagnent.

 

Elle évoque tout le marché, business, qui se sont développés dans cette recherche du plaisir féminin, à base d’applications, de blogs, de livres, de méditation (de pleine conscience notamment), de manifestations avec large public, de massages divers, de pratiques holistiques, jusqu’à la chirurgie « esthétique »… Cette partie, bien qu’édifiante, m’a un peu perdue.

 

Et elle nous démontre à quel point cette question de l’orgasme féminin, en apparence frivole, est en fait loin d’être anodine et est liée aux revendications féministes, à la liberté des corps, à l’égalité des sexes dans tous les domaines de la vie, jusque dans notre bonheur. Et qu’elle ne saurait être diminuée « parce qu’il y a tout de même plus grave » que de ne pas connaître/ressentir d’orgasme.

 

Sarah Barmak a une écriture très fluide et empathique.

Il n’y a aucune vulgarité dans ses mots (par contre il y en a dans ceux qu’elle rapporte lors de quelques-unes de ses expérimentations – et cela est bien dommage).

Son enquête est aussi intéressante qu’instructive, dénote le long travail de recherche et de documentation effectué et apporte quelques résonnances. Car évidemment, on se reconnaît et on s’interroge sur nous-mêmes et ce qui nous entoure.

 

Une lecture éclairante, instructive et bienveillante, que je recommande !

 

Elle participe au « Challenge 1% Rentrée Littéraire 2019 » de Sophie Hérisson, ainsi qu’au « Petit Bac 2020 » d’Enna, pour ma 1e ligne, catégorie Amour.

Rentrée Littéraire 2019 Blog Vivrelivre
Petit Bac 2020 Blog Vivrelivre

 

 

 

 

 

 

Belles lectures et découvertes !

Blandine.

 

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Commenter cet article

Nathalie 19/02/2020 15:08

Pourquoi pas ? Comme toi je lis assez peu d'essais ou documents (sauf quand je participe au GPL !) mais le sujet est intéressant. Et toujours d'actualité.

Stephie 29/01/2020 10:50

Ce titre me tente énormément !

Blandine 29/01/2020 12:15

J'ai pensé à toi ;-) Et l'un des passages m'a renvoyée à l'un de tes (anciens) posts FB. Il évoque la réputation que l'on peut avoir, en tant que femme, lorsqu'on parle de sexe un peu trop (ouvertement) - chose dont les hommes n'ont pas à s'inquiéter... Je serais curieuse de connaître ton avis!

Bidib 28/01/2020 19:22

pas du tout le genre de livres vers lequel je me serait tourné, mais ça m'a interpellé qua ce soit toi qui en parle. Et à te lire je me dis pourquoi pas. ça l'air intéressant

Blandine 28/01/2020 22:58

Eh bien moi non plus... S'il n'avait pas été sélectionné dans le GPL, jamais je ne l'aurais lu, c'est certain... et finalement, ça aurait été dommage car c'est intéressant (à part quelques passages mystiques) et ça dit beaucoup de nous (femmes, hommes, société...) - Donc si l'occasion de le lire se présente à toi...