19 femmes. Les Syriennes racontent. Samar YAZBEK - 2019

Publié le 26 Janvier 2020

19 femmes

Les Syriennes racontent

 

Samar YAZBEK

Traduit de l’arabe (Syrie) par Emma AUBIN-BOLTANSKI et Nibras CHEHAYED

 

Postface de Catherine COQUIO

 

Editions Stock, 11 septembre 2019

 

432 pages

 

Thèmes : Document, Témoignages, Syrie, Guerre, Dictature, Liberté, Condition féminine, Religion

 

 

Samar Yazbek a rencontré de très nombreuses femmes, les a écoutées et a décidé de recueillir leurs témoignages et participation lors de la Révolution de 2011 et ses suites. Mais parce que tous se retrouvaient, voire se répétaient, elle a choisi de n'en compiler "que" 19. Et, bien que vrai, c'est terrible de se dire que leurs expériences se répètent alors que chacune est unique et qu’elles ont toutes été marquées d'une empreinte indélébile, les laissant amères, brisées et souvent exilées.

Le récit de chacune de ces femmes aurait nécessité un livre entier. J’ai dû faire des choix, opter pour un fil conducteur et, de ce fait, mettre de côté des détails pourtant importants. (…) Le plus dur était de faire correspondre l’image qu’elles s’étaient construite d’elles-mêmes et de leurs expériences, et celle qu’elles découvraient en lisant leurs récits.

19 femmes est donc le recueil poignant, émouvant, révoltant, terrible, accusateur sans forcément le vouloir, de 19 récits, 19 voix, 19 femmes Syriennes.

Sara, Mariam, Dima, Zayn, Douha, Souad, Leila, Amal, Amina, Rana, Lina, Mouna, Roula, Rim, Alia, Hazâmi, Zaina, Fatima,Faten.

 

Ces 19 femmes sont différentes.

Elles viennent de toute la Syrie, même si surtout de tout son flanc ouest, comme nous le montre une carte en début d’ouvrage.

Elles ont entre 20 et 77 ans lorsque la Révolution commence, elles sont de condition familiale et maritale différentes, toutes musulmanes mais pas forcément de la même branche ni même pratiquantes, seule leur condition sociale est similaire. Comme nous l’explique l’autrice en introduction, elles sont toutes issues de la classe moyenne, ont fait des études et savent mettre des mots sur leurs expériences, désirs et ressentis.

 

Leur résistance face au régime d'Assad n'est pas née de la même manière ni pour les mêmes raisons, par hasard ou curiosité, par conviction, pour comprendre, pour aider, par humanité… Seules deux d’entres elles étaient déjà engagées politiquement.

Elles ont œuvré avec espoir, abnégation, courage, dans les domaines de l’information (locale, nationale, internationale), de l’aide humanitaire (médicale et/ou alimentaire), de l’éducation (pour les enfants surtout), du féminisme (mariages précoces), etc.

Et dans le même but : Pour une Syrie libre et démocratique.

Mais les répressions et tortures, physiques, psychologiques, sociales, religieuses, qu'elles ont subies sont similairement horribles.

 

Aujourd'hui, huit ans après, elles vivent en Turquie, au Liban, en France, ou ailleurs... Sans vraiment y habiter…

Je ne sais pas si je retournerai un jour dans mon pays.
Je ne sais pas si je suis toujours une femme ou autre chose. Je ne sens plus rien. Ni colère, ni amour, ni haine, ni bonheur, je ne désire rien, absolument rien. Cette haine m’a détruite. Aujourd’hui je vis dans un pays dont je ne souhaite pas révéler le nom pour des raisons de sécurité.

Roula

Elles ont dû fuir, laisser leur vie, leurs rêves et espoirs, leur famille, leurs amis et collègues. Mais elles ne regrettent pas leur engagement, leur sacrifice même et l'estiment nécessaire même si le résultat est décevant, humiliant, le prix à payer très et souvent trop cher.

L'une d'elle fustige la Communauté Internationale pour son inaction malgré ses beaux discours.

 

Elles voulaient la liberté, le respect, la dignité, la justice, mais constatent avec amertume l’échec, et même pire, que leurs actions ont favorisé les tortures, les massacres, le sectarisme, l’antagonisme des factions rebelles, l’instrumentalisation (notamment des populations pauvres et ignorantes délaissées par les classes moyennes et supérieures qui ont fui), l'oppression et la résistance du pouvoir en place comme des extrémistes religieux, aux financements douteux et étrangers.

Je me sens maintenant comme droguée. Je suis incapable d’éprouver de la joie ou de la peine, ou de l’amour envers qui que ce soit. J’élève ma fille par devoir et sentiment de responsabilité. Les échecs de la révolution, la violence qu’on nous a fait subir, les massacres commis par Assad… Tout cela m’a bisée. Je n’ai as encore fait le deuil de la révolution, de toutes ces déceptions pour rien. Nous sommes descendus dans les rues pour protester, mais au final nous n’avons fait que renforcer l’oppression que subissaient les gens. J’ai le sentiment d’avoir participé à cette destruction. Je sais que je n’y suis pour rien, mais je culpabilise. Je me sens responsable.

Zaina

C'est dur, glaçant, terrible.

C'est difficile à lire, à imaginer, à concevoir, tout en sachant très bien que cela a été et est toujours.

J’ai été obligée de faire des pauses.

Et je me suis rendue compte, avec effarement, qu'en réalité, je ne sais pas grand-chose de ce conflit, malgré les informations qui nous sont parvenues… Tragique éloignement, impalpabilité des scènes d’horreurs et banalisation des images…

 

Si le but (premier) de ce livre est bien de rapporter des parcours de vie de femmes "anonymes" et engagées, il favorise aussi une réflexion quant à la double figure des victimes et des bourreaux, sans manichéisme.

Et il (nous) permet aussi de (mieux) connaître ce pays, la Syrie, dans ce qui la fait, dans sa différence et dans ce qu'elle a(vait) de beau et de riche.

Et, en ce qui me concerne, je ne sais quasi rien de ce pays, de son fonctionnement, de son histoire.

 

Ce document dresse aussi un portrait de la condition féminine, passée et actuelle, comme religieuse.... Du temps où les différentes confessions (sunnites, chiites, alaouites, chrétiens) vivaient en harmonie, du temps où les femmes pouvaient exercer différents métiers, pouvaient choisir d’être voilées ou non (même si l’influence de la famille et des traditions jouaient beaucoup) et même voter.

 

Et une question, lancinante, que l’autrice comme l’une d’entre elles soulèvent clairement: Quel transmission ces femmes vont-elles apporter à leurs enfants ? Quel regard les générations futures porteront-elles sur ce conflit ? Qu’elles soient syriennes ou non.

Je veux que le monde écoute notre histoire.

Mouna

19 femmes est un document, un témoignage, terrible, éprouvant mais nécessaire.

Pour savoir et comprendre, pour leur rendre hommage aussi.

 

il participe au « Challenge 1% Rentrée Littéraire 2019 » de Sophie Hérisson.

Belles lectures et découvertes !

Blandine.

 

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Commenter cet article

Nathalie 29/01/2020 07:25

Sûrement très intéressant et instructif (je ne connais rien de ce pays non plus) mais pas pour moi en ce moment...

Blandine 29/01/2020 12:08

Voilà, il lui faut accorder son attention, car elles le méritent!