Les Hauts de Hurle-vent. Emily BRONTË - 1847 + Film

Publié le 12 Mai 2019

Les Hauts de Hurle-vent

 

Emily BRONTË

Traduit de l’anglais par Frédéric DELEBECQUE

 

Le Livre de Poche, 2007

Paru pour la première fois en 1847 sous le patronyme d’Ellis Bell

Sous le titre de Wuthering Heights

 

416 pages

 

Thèmes : Angleterre, Amour, Vengeance

 

Entre 1801 et 1802.

 

Mr Lockwood est le nouveau locataire de Thrushcross Grange, une propriété située près de Gimmerton dans le Yorshire, appartenant à Mr Heathcliff, qui réside plus haut, dans sa maison de Hurlevent.

 

Lockwood, cherche à s’attirer la sympathie et la compagnie de ce dernier, chez qui il se rend.

Mais venu trop tard dans la journée et par une mauvaise météo, il est contraint d’y passer la nuit, alors que l’envie d’y rester l’a quittée en raison du caractère pour le moins renfrogné de ses occupants.

 

Orageuse, sa nuit fut horrible, parcoure de cauchemars et visitée par des fantômes.

Dont celui d’une certaine Catherine, dont le nom figure dans un livre de sa chambre.

 

Enfin rentré chez lui mais souffreteux, il apprend la sombre et terrible histoire de ces lieux, de ses anciens propriétaires comme de l'actuel.

 

Cette histoire, qui commence trente ans plus tôt, nous est révélée en deux parties.

 

D'abord par le récit direct de Mrs Dean, sa femme de charge qui la lui restitue avec force et réalisme, jusque dans les dialogues, puis par la retranscription que Mr Lockwood a tiré de ses dires.

 

***

 

En 1771, l’ancien maître de maison, Mr Earnshaw, est rentré chez lui de Liverpool avec un gamin sale et déguenillé, à l’apparence de bohémien.

Baptisé Heathcliff en mémoire d'un fils décédé trop tôt, il suscite favoritisme et protection du père, s’attire immédiatement la haine de l'aîné, Hindley, et l'amitié amoureuse de la cadette, Catherine.

 

Suite à une de leur énième escapade dans la lande vers Thrushcross Grange, habité alors par les Linton, Catherine se met de plus en plus à fréquenter les enfants, Edgar et Isabelle.

Le temps passe, Mr Earnshaw meurt, Hindley, perd sa femme en couches, sombre dans l’alcool et ne s’occupe guère de son fils, Hareton, élevé par Mrs Dean (=Hélène = Nelly) et Catherine ne repousse pas les avances d'Edgar.

Ayant entendu une conversation animée entre Catherine et Mrs Dean, Heathcliff, considéré comme un subalterne, et traité comme tel par Hindley, s’enfuit des Hauts.

« Mais sûrement vous avez, comme tout le monde, une vague idée qu’il y a, qu’il doit y avoir en dehors de vous une existence qui est encore vôtre. A quoi servirait que j’eusse été créée, si j’étais tout entière contenue dans ce que vous voyez ici ? Mes grandes souffrances dans ce monde ont été les souffrances d'Heathcliff, je les ai toutes guettées et ressenties dès leur origine. Ma grande raison de vivre, c'est lui. Si tout le reste périssait et que lui demeurât, je continuerais d'exister ; mais si tout le reste demeurait et que lui fût anéanti, l'univers me deviendrait complètement étranger, je n'aurais plus l'air d'en faire partie. Mon amour pour Linton est comme le feuillage dans les bois : le temps le transformera, je le sais bien, comme l'hiver transforme les arbres. Mon amour pour Heathcliff ressemble aux rochers immuables qui sont en dessous : source de peu de joie apparente, mais nécessaire. Nelly, je suis Heathcliff ! Il est toujours, toujours dans mon esprit ; non comme un plaisir, pas plus que je ne suis toujours un plaisir pour moi-même, mais comme mon propre être. Ainsi, ne parlez plus de notre séparation ; elle est impossible. »

Catherine, au tempérament aussi passionné que le sien, tombe gravement malade, puis épouse Edgar Linton.

 

Trois ans et demi ont passé lorsqu'Heathcliff, transformé, reparaît, se rapproche de Catherine, épouse Isabelle Linton, s'appropriant par là-même la propriété de Thrushcross Grange.

Dans le même temps, il encourage le vice d'Hindley pour le jeu et l'alcool et le dépouille peu à peu de ses biens. Hindley meurt, terriblement endetté et Heathcliff récupère sa propriété.

 

Suite à une énième colère, une nouvelle crise qui est considérée comme une comédie, Catherine meurt en donnant prématurément naissance à une petite fille baptisée Cathy. Qui grandit choyée et même surprotégée par son père, qui s’est coupé du monde.

Isabelle, qui s'était enfuie dans le sud, meurt et, par une lettre, confie son fils à son frère.

Mais Heathcliff le réclame.

Il en a besoin pour accomplir pleinement sa domination et sa vengeance.

 

***

Ce roman, bien que sombre et torturé, est l’un de mes préférés.

Je l’ai lu, relu, vu et revu dans différentes adaptations et je l’aime chaque fois davantage.

Cela faisait longtemps que je ne l’avais pas lu dans sa version originelle, et j’en suis ravie.

Après une mise en route un peu difficile, pour s'adapter au rythme du texte, au vocabulaire, aux descriptions, j'ai plongé dans son histoire.

Le roman ne raconte que peu l'Angleterre de l'époque, sa société d'alors, ses us et coutumes, si ce n’est dans la maladie et la mort, qui réconcilie et réunit.

Toutes les reliques des morts sont précieuses, quand on faisait cas d’eux de leur vivant.

Le monde entier est une terrible collection de témoignages qui me rappellent qu’elle a existé, et que je l’ai perdue !

Les Hauts-de Hurlevent se déroulent donc en Angleterre, dans les landes venteuses du Yorkshire, et racontent une histoire pleine de fatalité et de tristesse, une histoire d'amour torturée, une vengeance calculée, implacable et transgénérationnelle, mais une histoire qui se termine bien. Comme une métaphore de la victoire du Bien sur le Mal.

 

Elle se passe essentiellement en huis-clos, est racontée en deux temps de manière rapportée, avec une belle mise en abyme, et sans que cela ne soit déroutant.

Et même si le réalisme littéraire pourrait, éventuellement, en souffrir, cela importe peu en vérité, tant cette histoire nous embarque, médusés et impuissants, mais happés par ce texte fougueux, grandiloquent, ces démonstrations si diverses des caractères de la nature humaine.

Ceux des personnages principaux bien sûr, mais aussi des secondaires, et notamment de Joseph, l’homme à tout faire d’Hurlevent.

Peut-être la plus belle, la plus profondément violente des histoires d'amour..." Car le destin, qui, selon l'apparence, voulut qu'Emily Brontë, encore qu'elle fût belle, ignorât l'amour absolument, voulut aussi qu'elle eût de la passion une connaissance angoissée : cette connaissance qui ne lie pas seulement l'amour à la clarté, mais à la violence et à la mort... ». Ainsi parle Georges Bataille de ce qu'il nomme encore " un des plus beaux livres de la littérature de tous les temps".

Georges Bataille

Cette édition s’enrichit d’une préface très intéressante de Michel Mohrt, d’un tableau généalogique des familles Earnshaw et Linton (bien utile) établi par le traducteur et de « commentaires » par Raymond Las Vergnas, très instructifs.

 

Ce roman participe à notre Challenge avec Nathalie « Cette année, je (re)lis des classiques », à mon Challenge « Souvenirs de lectures 2019 », au « Petit Bac » d’Enna, pour ma 7e ligne, catégorie Adjectif, ainsi qu’à l’Objectif PAL d’Antigone.

 

Les Hauts de Hurlevent d'Emily Brontë avec Juliette Binoche et Ralph Fiennes (1992)

Je ne peux m'empêcher de trouver cette adaptation assez fade (malgré une superbe affiche) et surtout beaucoup trop rapide. Les caprices, emportements et dépressions de Catherine ne sont pas assez restitués, les personnages de Joseph, Hélène Deans, Linton Heathcliff sont quasi inexistants, de grands pans de l'histoire originelle n'ont pas été rendus, même si, au moins, tout le roman est survolé. Les extérieurs sont trop peu présents alors qu'il sont intrinsèquement liés aux caractères des personnages. 

Ralph Fiennes (futur Voldemort dans la saga Harry Potter) relève nettement la barre. Il est tout simplement magnifique, même s'il lui manque la violence de l'Heathcliff d'Emily.

Point positif: j'ai aimé le grain vieillot de l'image et la musique du film

D'autres articles en lien avec Les Hauts de Hurlevent sur le blog:

  • Adaptation BD (Delcourt) et publication dans le magazine Je Bouquine - CLIC
  • Adaptation ciné - Abismos de pasión (1954) par Luis Buñuel - CLIC

 

 

Belles lectures et découvertes,

Blandine

 

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Antigone 27/05/2019 18:35

De ceux qui j'aimerais également relire un jour ! ;)

Nathalie 13/05/2019 10:32

Lien ajouté ! As-tu lu la version "moderne" de Camille Brissot : "Le vent te prendra" ? J'avais bien aimé, on retrouvait le côté torturé de cette histoire... http://delivrer-des-livres.fr/le-vent-te-prendra/
Quand au film, je te conseille de regarder le "vieux", en noir et blanc.

Blandine 13/05/2019 14:54

Ah non, je ne connais pas, ni l'un ni l'autre...Mais j'ai bien envie d'y remédier ;-) Merci!

FondantGrignote 13/05/2019 09:33

Oh oui, ce roman est une merveille !! mais, comme toi, j'ai trouvé l'adaptation avec Binoche très fade, c'est le mot. Dommage...

Blandine 13/05/2019 14:53

Oui Dommage! Heureusement il reste d'autres adaptations et surtout le roman^^

Nancy 13/05/2019 07:53

Je vous l'avais déjà dit je crois, mais il faut que je lise ce roman !
J'ai pensé à vous dans l'avion, j'ai regardé The hate U give.. J'ai beaucoup aimé, je ne me souviens plus si vous aviez vu le film ou pas.
Belle journée Blandine !

Blandine 13/05/2019 14:51

Et je ne peux que vous y encourager ;-)
Non, je n'ai pas encore vu THUG mais j'y compte bien ;-)
Belle journée à vous Nancy <3