Jeux de vilains. Patrice QUELARD et Eric DODON – 2018 (Dès 8 ans)

Publié le 3 Novembre 2018

Jeux de vilains

 

Texte de Patrice QUELARD

Illustrations d'Eric DODON

Editions Beurre Salé, 2018

 

Dès 8 ans

 

Notions abordées : Première Guerre mondiale, relation épistolaire, famille, Peur, Mort, Histoire, Mémoire, Transmission

 

Petit format rectangulaire à la couverture rigide, ce livre oscille entre l’album illustré et le roman épistolaire.

Il nous plonge dès la page de garde, puis la page de titre, dans les affres de la Première Guerre mondiale.

Les dessins, les symboles entremêlent le passé à aujourd’hui, l’Histoire, la mémoire, la vie d’alors à celle d’aujourd’hui, à ce qui est intemporel et qui existe depuis.

Ils se retrouvent dans les pages suivantes, adoptant plusieurs angles de vues, inclinaisons, couleurs passées ou plus franches.

 

*****

 

1909, Paul, chauffeur de clous, devient papa.

Son fils Adrien est son trésor et même s’il passe douze heures par jour au travail, il s’en occupe comme peu d’hommes d’alors le faisaient.

 

1914, Paul doit partir à la guerre.

Son fils, Adrien, 5 ans, est si petit, si innocent, que Paul n'a pas le cœur de lui dire ce qu'est la guerre et lui explique qu'il s'agit d'un jeu, dans lesquels les papas français sont opposés aux papas allemands.

Le jeu ne se passe pas du tout comme prévu.
Les Allemands sont des adversaires très valeureux, ils nous donnent bien des peines. La première manche, c’était une partie de cache-cache, et je crois bien qu’on peut dire qu’on a perdu.
Tu vas rire quand je vais t’expliquer pourquoi : c’est à cause de nos pantalons rouges !

Mais alors que le conflit s'enlise et perdure, Paul n’arrive pas à se défaire de ce mensonge et l'alimente au fil de ses courriers, racontant à son fils les règles qui changent, les beaux moments (Trêve de Noël), les nouveaux venus dans le jeu, les nouveaux accessoires...

Adrien lui répond et au fil de ses lettres, on le devine de moins en moins dupe.

Aussi parce qu'au village, des papas reviennent abîmés, lorsqu’ils reviennent…

C’est le septième orphelin de la classe, sur trente-trois élèves. Qui sera le prochain ?

Si le texte, qui alterne la forme épistolaire et narrative, atténue la dureté et la réalité du conflit, des combats, de la mort, de la vie dans les tranchées, en usant de la métaphore du jeu, les magnifiques dessins aux crayons de couleurs et collages d'Eric Dodon nous en montre la terrible teneur.

Ils ne cachent rien du sang, de la souffrance, des blessures, de l’esseulement, et usent de symboles forts.

Leur contraste est saisissant et n'est pas sans me rappeler, dans un autre contexte, le très bel album de Davide Cali, Mon papa pirate.

 

La question que pose cet album est: Faut-il tout dire aux enfants? Faut-il leur épargner une vérité trop difficile à exprimer et à supporter? Comment peut-on les en protéger?

 

Les dessins mettent également en opposition les « jeux » d’adultes et ceux des enfants : ourson en peluche, billes, jeux en bois, soldats de plombs, comme les expressions qui perdurent « jouer à la guerre » ; « jeux de guerre ».

 

Le rôle du  vaguemestre et des différents postes sont particulièrement mis en avant.

Parce qu’il permet le lien entre les soldats et leur famille, pour les heureuses ou funestes nouvelles.

Mais aussi pour son rôle dans la censure : choisir de faire passer un courrier ou le stopper car son contenu dénigre la guerre, l’armée, des décisions, des ordres…

D’habitude, rien ne trouble Eugène dans son travail, il n’hésite jamais. Mais le voilà bien perplexe devant une lettre qu’il relit pour la cinquième fois.

A la fin de l'album, quelques pages documentaires restituent le conflit dans ses grandes lignes, avec quelques reproductions de documents. Telles ces deux cartes postales écrites par un fils à son père et déchirées par l’éclat d’obus qui a tué ce dernier.

Il est dédié aux 1220 poilus nazairiens morts pour la France, aux deux fusillés pour l'exemple et à leurs orphelins. Ce qui m’a permis de découvrir les monuments aux morts de Saint-Nazaire, leur sculpture comme leur histoire.

 

Merci à Masse Critique de Babelio et aux Editions Beurre Salé (j’adore le nom) pour ce bel et émouvant album.

 

 

 

Il participe au challenge de Sophie Hérisson « Je lis aussi des albums 2018 » (…/60), au « Petit Bac 2018 » d’Enna pour ma 5e ligne, catégorie Gros mot, ainsi qu’à mon challenge consacré à la Première Guerre mondiale.

 

 

 

 

 

 

 

Pour découvrir d’autres albums et livres sur la Première Guerre mondiale, c’est ICI.

Belles lectures et découvertes,

Blandine.

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Commenter cet article

PatiVore 03/11/2018 21:26

Un bel album chez un éditeur que je ne connais pas, merci pour la découverte et bon weekend !

Blandine 05/11/2018 21:33

Merci à toi :-)
J'adore le nom de cet éditeur, que je ne connaissais pas non plus!

Nathalie 03/11/2018 20:53

Intéressant, je le note !!

Blandine 05/11/2018 21:32

Tu peux, tu peux ;-)