Tokyo Vice. Jake ADELSTEIN - 2017

Publié le 30 Avril 2018

Tokyo Vice

Un journaliste américain sur le terrain de la police japonaise

 

Jake ADELSTEIN

Traduit de l’américain par Cyril GAY

 

Editions Polar Points, octobre 2017

(Paru aux USA en 2009)

512 pages

 

Thèmes : Japon, Yakuza, crime organisé, chronique sociale

 

Lecture Commune avec Nathalie

 

Tokyo Vice est un croisement entre un polar, un témoignage, un essai.

 

C’est un livre dense, très intéressant, riche de détails et de précisions, ce qui le rend à la fois attractif et instructif, mais aussi, parfois difficile à lire.

Sa narration est à l’image de sa photo de couverture : belle, compacte, épaisse, dans laquelle tout s’entremêle, noire et lumineuse mais aussi, paradoxalement, fluide et familière. Car l’auteur nous parle comme si nous étions en face de lui.

Il faut dire aussi que le livre, bien qu’en format poche, pèse son poids dans nos mains, et que ses pages sont fines et l’écriture plutôt petite.

Ce n’est jamais une bonne idée de se trouver du mauvais côté du Yamaguchi-gumi, la plus grande organisation criminelle du Japon. Avec ses 40 000 membres environ, ça fait un paquet de mecs à qui on les brise.
La mafia japonaise. Vous pouvez les appeler yakuzas, mais beaucoup d’entre eux préfèrent « gokudo », littéralement « l’ultime voie ». Le Yamaguchi-gumi est tout en haut de l’échelle des gokudo. Et parmi les nombreuses ramifications qui font le Yamaguchi-gumi, le Gotogumi, avec plus de 9000 membres, est la plus infâme.

Au début du livre, Jake Adelstein, journaliste d’investigation américain, né le 28 mars 1969 à Columbia dans le Missouri, se retrouve en face d’un yakuza, qui lui pose un ultimatum : qu’il supprime son article s’il ne veut pas être, lui, supprimé.

 

Et c’est ainsi qu’il nous déroule le fil de sa vie, depuis son arrivée au Japon, douze ans auparavant, à 19 ans, jusqu’à ce moment précis.

 

Ce faisant, il nous décrit la fin de ses études, son embauche en 1992 au sein de la rédaction du plus prestigieux journal papier du Japon, et même du monde : le Yomiuri Shinbun.

Ce qui est aussi une grande première pour un gaijin (étranger en japonais).

 

Il nous explique le système des médias nippons, les relations avec les collègues comme avec la police et le système judiciaire, nous immerge dans la vie à Tokyo, et surtout dans ses bas-fonds, empreinte de modernité, comme de conventions et de traditions, et de beaucoup de sordide.

 

Il enquête sur le commerce sexuel avant de davantage s’intéresser au trafic d’organes et d’êtres humains. Avec en ligne de mire la personne de Tadamasa Goto, le parrain du Goto-gumi.

 

A cause de cela, sa proximité avec les inspecteurs de police, comme des mafieux, est nécessaire et saisissante.

Notamment de Sekiguchi et du Chat.

Des hommes qui sont aussi ses informateurs, ses sources, qu’il faut couvrir, ou « prendre soin ».

J’ai beaucoup « aimé » l’une des tactiques d’approche.

« C’est du bon boulot, Adelstein. Mais tu vas devoir le faire parler, est-ce que tu as un plan ? Est-ce qu’il a des gosses ?
-Aucune idée. J’imagine que oui. Je crois avoir entendu dire qu’il avait des filles.
-Très bien. Apporte des glaces.
-Il commence à faire vraiment chaud, la glace va être dans un sale état.
-Prends un sac isotherme, couillon.
-Mais pourquoi de la glace ? Parce que les gosses adorent ça ?
-Non, non. C’est un Cheval de Troie, Adelstein. Ça te permet d’entrer chez lui. Si le flic n’est pas là, tu peux toujours dire à sa femme : « Oh, j’ai acheté de la glace pour lui. Est-ce que vous pouvez la mettre au congélo ? » S’il est chez lui, il acceptera peut-être la glace et t’invitera à entrer. Si les gamins la voient, ils en voudront. Et peut-être bien qu’ils t’aimeront pour ça. Si c’est le cas, tu auras baisé sa femme.
-Quoi, vous voulez que je couche avec sa femme ?
-Mais non, juste être en bons termes avec elle. Soigne ton japonais, Jake. (…) Aucun journaliste ne vient les mains vides, que ce soit la première ou la dernière visite.

Cette enquête est divisée en trois parties et est racontée à la première personne avec de l’humour et de l’autodérision pour en alléger le propos.

Il n’est pas toujours facile de retrouver qui est qui et qui fait quoi. D’une part à cause des patronymes, mais aussi parce qu’une même personne peut avoir plusieurs noms, mais aussi parce que cette société, avec ses codes, sa structure et son envers du décor, est à la fois saisissante et complexe.

 

Ce « journalisme narratif » est donc à lire avec l’esprit disponible.

 

Roberto Saviano, auteur de Gomorra, sur la Camorra, la mafia napolitaine, a qualifié ce livre de "récit inestimable, féroce et rigoureux. Adelstein décrit la mafia japonaise comme personne.".

 

Une adaptation en série télévisée serait en préparation, ou en projet, avec Daniel Radcliffe dans le rôle principal (un lien supplémentaire avec Gomorra, adapté en film et en série télévisée – qui cartonne – je vais d’ailleurs vous en parler en mai).

 

Sur presque le même sujet, et dans un décor presque similaire, je vous conseille Tokyo de Mo Hayder.

 

Qu’en a pensé Nathalie ? Allons lire son avis !

Ce livre participe au Challenge « Un mois au Japon 2018 » d’Hilde et Lou, ainsi qu’au « Petit Bac 2018 » d’Enna pour ma 6e ligne, catégorie Lieu.

 

 

 

 

 

 

Belles lectures et découvertes,

Blandine

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Commenter cet article

Bulles d'encre 05/05/2018 20:06

Ouahou, sacré sujet, ton article donne envie d'en savoir plus =)

rachel 30/04/2018 21:26

tout un sujet...tout un livre..oui cela donne envie...vraiment...et toute une serie en preparation...

Blandine 30/04/2018 22:24

Voilà!

les sortilèges des mots 30/04/2018 20:12

Je ne savais pas pour la série avec Daniel radcliffe. Tu m'as donné encore plus envie de le lire.

Blandine 30/04/2018 22:24

Je te le recommande! Pour la série, l'info remonte à 2016, mais je n'en ai pas trouvé de plus récente. Si elle du même acabit que Gomorra, elle vaudra le coup!