(Mémoires d’une) Geisha – Le roman d'Arthur GOLDEN + le film

Publié le 26 Avril 2018

Geisha

 

Arthur GOLDEN

Traduction de l’américan par Annie HAMEL

 

Editions Le Livre de Poche, mai 2006

(Paru en 1997 aux USA sous le titre Memoirs of a Geisha)

608 pages

 

Thèmes : Japon, Traditions, Arts, Féminité, Amour, Rivalités, Guerre, Pauvreté

 

J’ai lu, et dévoré, ce roman lors de sa parution en poche (donc en 2006), attirée par la sobre, mais sublime, couverture.

D’ordinaire, je n’aime pas trop lorsque les romans revêtent l’affiche de leurs adaptations cinématographiques, mais là, force est de reconnaître qu’elle est absolument magnifique !

Et c’est avec beaucoup de joie, un brin d’impatience, et une nouvelle curiosité que j’ai replongé dans ses pages, comme dans le film.

 

Ce roman, issu d’une histoire vraie – ce qui lui donne encore plus de force -  est un vrai bijou !

Ne soyez surtout pas rebutés par son nombre de pages ! Car s’il est vrai qu’elles sont nombreuses, c’est aussi parce qu’il y a tant à dire et à décrire, voire aussi à contredire, sur cet univers aussi dur, que fascinant des geishas.

Mais avant de vous en dire davantage, petit rappel de ce qu’est une geisha, comme de son rôle.

Une geisha est l’artiste d’un monde qui n’existe pas.

Le « gei » de geisha signifie « arts », le mot geisha artisan, ou artiste.

Les geishas sont des femmes, célibataires, cultivées qui sont mandées par des hommes pour leur tenir compagnie, les divertir en leur faisant la conversation, en dansant, en récitant des poèmes, en servant le thé ou le saké, ou en jouant de la musique.

En aucun cas, elles ne sont des courtisanes ou des prostituées, bien que l’acte sexuel ne soit pas prohibé, mais plutôt codifié, comme tout le reste de leur existence d’ailleurs, faite d’obligations, de rituels, non de choix et encore moins de libertés.

 

C’est en 1700 que la profession de geisha fut proclamée et c’est dans des okiya, dans le quartier spécifique du hanamachi (depuis le XVIIIe siècle) qu’elles grandissent et se forment.

 

Dans une okiya, où ne se trouvent quasiment que des femmes, les positions de chacune sont bien spécifiques :

*Il y a la tenancière « okâsan », appelée « mère ».

*Il y a une ou plusieurs geishas, qui permettent de ramener de l’argent et chacune espère pouvoir être adoptée, ce qui la mettrait à l’abri du besoin. Il y a donc des rivalités et enjeu de réputations

*Des petites filles de moins de 12 ans, futures geishas, mais qui sont d’abord des servantes et appelées « shikomikos ».

Lorsqu’elles commencent leur apprentissage, chacune devient la « Petite Sœur » d’une geisha, qui devient sa « Grande Sœur » à l’occasion d’une cérémonie.

 

Dès leur prime enfance et acquisition par l’okiya, les petites filles futures geishas contractent une dette : pour leur éducation, pour leur subsistance, pour leurs kimonos… Lorsqu’elles commencent à travailler, ce n’est que pour rembourser leur dette, non pour s’affranchir.

Tout est extrêmement codifié et ritualisé : de leur tenue, coiffure, couleurs, apparitions…

 

Pour espérer avoir un peu plus de liberté, une geisha doit se trouver un protecteur, un danna, mais ne pas en tomber amoureuse.

Une geisha n’est ni une épouse, ni une maîtresse. Et c’est justement pour échapper à ces deux facettes de la femmequ’un homme fait appel à une geisha.

Une geisha de grande classe – il y en a trente ou quarante à Gion – est en droit d’espérer autre chose. Pour commencer, elle n’envisagera même pas de ternir sa réputation avec toute une série de dannas. Elle n’en aura que deux ou trois dans sa vie. Non seulement son danna couvrira ses dépenses : sa taxe d’enregistrement, ses cours, ses repas. Mais il lui donnera de l’argent, sponsorisera pour elle des spectacles de danse, lui offrira des bijoux et des kimonos. Et quand il passera du temps avec elle, il paiera davantage que le tarif habituel, afin de montrer sa bonne volonté.

A cause de tout ceci, les rivalités entre geishas sont nombreuses et permanentes, même entre celles d’une même okiya, et ce depuis leur arrivée dans la maison.

 

Pour en savoir davantage, je vous invite à consulter cet article : CLIC

Arthur Golden nous dévoile la vie de Sayuri, une geisha qu’il a rencontrée à New-York en 1985.

Alors qu’il lui a demandé de lui raconter son histoire, elle a accepté mais en inversant les rôles : c’était à lui de la raconter, d’après la dictée qu’elle lui en ferait. C’est ainsi que pendant dix-huit mois, il retranscrivit son dialecte de Kyoto pour nous livrer ses Mémoires.

 

Sayuri est née Chiyo, dans un petit village de pêcheurs le long de la mer du Japon au début du XXe siècle.

Mais alors que sa mère est très malade, son père la vend à ses neuf ans avec sa sœur aînée Satsu.

C’est ainsi qu’elles sont envoyées sans ménagement à Kyoto, que Chiyo est acceptée dans l’okiya de Mme Nitta, tandis que sa sœur est condamnée à aller dans le quartier des plaisirs, en périphérie de la ville.

Chiyo a un caractère rebelle, tente de s’enfuir, compromet son apprentissage de future geisha, est le jouet d’Hatsumomo l’unique geisha de l’okiya, méchante mais rusée, et ne trouve qu’un réconfort relatif auprès de Pumpkin, l’autre petite fille.

 

Alors qu’elle pleure au-dessus d’un pont, un homme se penche vers elle, la console, lui paie une glace et la complimente sur ses beaux yeux couleur d’eau.

Revoir cet homme, le président Iwamura Ken comme elle l’apprendra plus tard, sera pour Chiyo son seul but dans la vie, et elle sait que pour ce faire, il lui faut être geisha.

 

Son espoir se verra concrétisé par l’une des plus influentes gesiha de Kyoto : Mameha qui lance un pari à Mme Nitta.

Si Mameha souhaite assouvir une vieille vengeance à l’encontre d’Hatsumomo, il est aussi vrai qu’elle se prend d’affection pour la jolie jeune fille de 12 ans qu’est devenue Chiyo.

- Attendre patiemment n'est pas dans ta nature. Je vois que tu as beaucoup d'eau en toi. L'eau ne patiente pas. Elle change de forme, contourne les obstacles, trouve des itinéraires auxquels personne n'avait songé - le trou dans le toit, ou au fond de la boîte. L'eau est le plus changeant des cinq éléments. Elle peut tout balayer sur son passage, éteindre le feu, ronger un morceau de métal et l'emporter par le fond. Même le bois, son élément complémentaire, a besoin d'eau pour rester vivant.

Grâce à ces conseils, Chiyo, devenue Sayuri, va devenir l’une des geishas les plus convoitées, même après les rigueurs de la guerre pendant laquelle elle fut envoyée, pour sa protection, dans une entreprise textile.

Grâce à Mameha, Sayuri va revoir « son » président, son amour.

Mais son histoire, leur histoire, ne peut s’arrêter là…

On ne peut pas demander au soleil de briller d'avantage, ni aux nuages de retenir la pluie. Pour un homme une geisha ne peut être qu'une demi-épouse. Nous sommes les femmes du crépuscule. Et pourtant découvrir la bonté après avoir connu tant de méchancetés, comprendre qu'une petite fille, plus courageuse qu'elle croyait l'être finirait un jour par voir ses vœux s'accomplir.. N'est-ce pas une forme de bonheur ? Après tout ce ne sont pas là les mémoires d'une impératrice, ni d'une reine, ce sont des mémoires d'un autre genre....

Mémoires d'une Geisha

 

Réalisé par Rob Marschall

Scénaristes : Arthur Golden et Robin Swicord.

Produit par (entre autres) Steven Spielberg.

 

Sortie : 1er mars 2006

Durée : 2h25 mn

 

Acteurs principaux : Zhang Ziyi (Sayuri) ; Michelle Yeoh (Mameha) ; Ken Watanabe (Le Président) ; Gong Li (Hatsumomo)…

 

Le film a été récompensé par trois Oscars : Meilleurs Décors ; Meilleure Photographie ; Meilleurs Costumes.

 

Film revu avec ma fille

Le film nous retranscrit tout cela avec la force des images qui se passent de mots.

Même si parfois, il serait bon qu’elles ne soient pas si rapides, sous peine d’occulter ce qui fait l’essence même de la geisha : ses rituels.

Je pense notamment à la mise du kimono et la pose du obi, cette ceinture extrêmement longue qui entoure leur taille.

Leur description est minutieuse dans le roman, à peine visible dans le film.

 

Quant à la fin, je trouve dommage qu’elle diffère, ou plutôt qu’elle ne dise pas tout, faisant se terminer le film sur une note bien plus occidentale que japonaise, perdant ainsi ce qui est la manière d’être de la geisha.

 

Hormis cela, le film est splendide.

Les actrices qui incarnent Chiyo puis Sayuri sont magnifiques, tant par leur beauté naturelle que par leur jeu. Comme Michelle Yeoh!

Les décors, les musiques, les costumes (les kimonos !!) sont saisissants et nous immergent dans l’époque décrite.

Nombreuses sont les scènes qui coupent le souffle, et je retiens, évidemment, celle où Sayrui danse pour son « misuage » (CLIC).

 

Impossible de ne pas frémir, de ne pas lâcher une larme devant ce parcours de vie, ce monde fermé, codifié, à la fois si violent et si raffiné.

(Mémoires d’une) Geisha – Le roman d'Arthur GOLDEN + le film
(Mémoires d’une) Geisha – Le roman d'Arthur GOLDEN + le film
(Mémoires d’une) Geisha – Le roman d'Arthur GOLDEN + le film
(Mémoires d’une) Geisha – Le roman d'Arthur GOLDEN + le film
(Mémoires d’une) Geisha – Le roman d'Arthur GOLDEN + le film

Aujourd'hui je sais que notre univers n'est pas plus réel qu'une vague qui se dresse à la surface de l'océan. Quels que soient nos luttes, nos triomphes, quelle que soit la façon dont ils nous affectent, ils ne tardent pas à se fondre en un lavis, à s'estomper, comme de l'encre diluée sur du papier.

Pour conclure, un roman et un film que je ne peux que vous conseiller de lire et relire, de voir et revoir !

Ils participent au Challenge « Un mois au Japon 2018 » d’Hilde et Lou, à mon « Challenge des RE 2018 » ainsi qu’au « Petit Bac 2018 » d’Enna, pour ma 4e ligne, Catégorie Art.

 

 

Belles lectures et découvertes,

Blandine

Retrouvez-moi sur FacebookTwitterPinterestInstagramtumblrGoogle+Babelio et Livraddict

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Nancy 26/04/2018 22:03

Les décors du film sont superbes (je suis allée voir la bande-annonce) et les extraits choisis du roman ainsi que votre chronique donnent très envie de découvrir le roman et/ou de voir le film.
Merci Blandine et bonne soirée !

Blandine 27/04/2018 10:17

Merci à vous Nancy <3
Je ne peux que vous conseiller de les lire et voir, mais en commençant par le roman (comme toujours ai-je presque envie d'ajouter ;-) )
Belle journée à vous!

rachel 26/04/2018 13:52

j'avais lu ce livre et vraiment bien bien aime.....en tout cas un jour, il va falloir que je vois le film...

rachel 27/04/2018 13:42

ok je vais aller le chercher...quelque part...lol

Blandine 27/04/2018 10:15

Oh oui le film complète bien le roman, même si...
Mais il est à voir!

Isabelle 26/04/2018 07:03

Merci pour cet article si détaillé qui m'a appris beaucoyp sur les geishas et qui donne vraiment envie de lire le livre et voir le film.

Blandine 27/04/2018 10:12

Merci à toi :-)

Je ne peux que te les recommander, mais en commençant par le roman!!!