Mon père est parti à la guerre. John BOYNE – 2014 (Dès 10 ans)

Publié le 16 Mars 2018

Mon père est parti à la guerre

 

John BOYNE

Illustrations de couverture d’Oliver JEFFERS

Traduit de l’anglais (Irlande) par Catherine GIBERT

Editions Gallimard Jeunesse, avril 2014

288 pages

 

Dès 10 ans

 

Thèmes : Première Guerre mondiale, Famille, Pauvreté, Maladie, Amitié, Quête, Xénophobie

 

Lecture Commune avec Bidib

 

Avant de vous parler de l’histoire de ce roman, je m’attarde un peu sur cette belle couverture, dont le rouge des coquelicots attire l’œil. Coquelicot, Poppy, symboles du Sacrifice et du Souvenir de la Première Guerre mondiale (principalement en Angleterre et dans les pays du Commonwealth).

Puis l’œil remonte, passe sur le petit garçon, se perd dans ce ciel aux nuages presque photographiques jusqu’à cet avion, presque libre.

Et ce titre, phrase enfantine presque anodine, presque innocente…

 

*****

 

28 juillet 1914, Londres, au 12 de Damley Road.

Alfie Summerfield souffle ses cinq bougies. Un anniversaire à la fois non heureux et inoubliable.

Les combats ont déjà commencé, la guerre est là.

 

Cette guerre qui ne touche donc pas que les autres, pas que les adultes, pas que les hommes, Alfie va la vivre aussi. Et la subir aussi.

Par l’absence.

Celle de son père d’abord.

Engagé volontaire de la première heure, Georgie Summerfield est persuadé, comme les autres, qu’elle sera courte et finie à Noël.

Ses lettres, d’abord nombreuses et détaillées, s’espacent, prennent un ton bizarre sur celles qu'Alfie  a trouvé cachées sous le matelas de sa mère, jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus.

Il serait parti en mission secrète lui dit-on...

 

Absence d’explications.

 

Absence de sa mère ensuite.

Obligée de pallier à l’absence de son mari, à la guerre qui se prolonge, elle cumule les différents travails : infirmière, blanchisseuse et couturière. Même si cette situation est inconfortable car l’épuisant et l’obligeant à tout compter jusqu’au moindre sou, Margie Summerfield a aussi le sentiment paradoxal de s’accomplir. Elle qui souhaite tant trouver une activité pour laquelle elle est douée.

 

Absence de l’amitié et naissance des rivalités.

La guerre a envoyé au loin, sur l’île de Man, sa meilleure amie, Kalena Janáček et son père, détaillant , sous le prétexte qu’ils sont étrangers au pays, mais pas à cette guerre, car d’origine tchèque. Lors de cet anniversaire si particulier, ils lui ont offert Robinson Crusoé.

- Janáček, c'est bien le nom que tu as prononcé ? Ils étaient autrichiens ? Polonais ?
- Anglais. Kalena est née à trois maisons de chez moi.
- Drôle de nom pour une Anglaise.
- Son père est originaire de Prague.
- Alors, moitié austro-hongroise, moitié anglaise, dans ce cas.
- Kalena n'est pas une fraction.

Alors que beaucoup s’engagent puis que la circonscription s’installe, un homme, ami d’enfance de Georgie Summerfield, résidant de Damely Road, refuse de partir au combat. Joe Patience, objecteur de conscience comme on dira plus tard, est soumis à la vindicte populaire, au lynchage verbal et physique, à la prison, à l’isolement dans cette époque encore toute teintée de guerre et de patriotisme armé.

 

Absence d’une vie normale de petit garçon.

 

Alfie grandit trop vite, mûri trop vite et passent ses anniversaires…

Même si l’école est restée ouverte, Alfie n’y va plus beaucoup. Il va travailler.

Il participe, à sa manière, avec ses moyens sans que sa mère ne le sache.

Il est devenu un habile cireur de chaussures (grâce à la boîte de Mr Janáček, empruntée) et s’est installé à la gare de King’s Cross.

 

Il est le seul cireur de chaussures, a calculé son emplacement idéal avec vue sur les quais, les guichets et le salon de thé et il lit Robinson Crusoé pendant les moments calmes.

Nombreux sont ceux à vouloir leur chaussures brillantes, nombreux sont ceux à pouvoir encore se le permettre. Alfie donne une partie de l’argent à sa mère, discrètement, et garde l’autre, précieusement.

Ce poste est aussi très judicieux pour cueillir les dernières nouvelles, échangées avec le client, lues sur son journal, ou bien entendues au gré des conversations alentour.

C’est ainsi qu’Alfie ramasse un jour les papiers, envolés, d’un de ses clients, docteur, et y trouve le nom de son père dessus.

HÔPITAL D’EAST SUFFOLK & IPSWICH
Summerfield, George
Date de naissance : 03-05-1887
Matricule : 14278

Et c’est le moment où Alfie comprit qu’il avait à la fois tort et raison. Son père n’était pas en mission secrète, mais il n’était pas mort non plus. Il n’était mêmee plus en France.
Il était de retour en Angleterre.
A l’hôpital.

Dès lors, la mission secrète d’Alfie sera de trouver son père et de le ramener chez lui.

Mais que peut le désir et la volonté d’un garçon de neuf ans conte l’horreur, invisible, de cette guerre ?

 

*****

 

J’ai beaucoup aimé ce roman qui nous offre un angle de vue original et sensible, par les yeux et la vie d’un enfant, sur ceux restés en marge lors de la Première Guerre mondiale et qui aborde de nombreuses thématiques inédites.

 

A la fois courageux, débrouillard et très mûr, mais toujours petit garçon, Alfie a des réactions tantôt réfléchies, adultes même, et d’autres d’une innocence, voire naïveté, désarmante, et d’autant plus touchante.

La deuxième partie du livre est vraiment riche en émotions, et aborde avec justesse et délicatesse un mal méconnu car nié jusqu’alors : le syndrome post-traumatique.

 

Certains passages sont vraiment difficiles mais heureusement, le style de l’auteur, fluide, permet des pauses. Notamment parce que le récit est raconté sous la forme du souvenir, permettant quelques allers-retours chronologiques.

Beaucoup de phrases sont très belles même si lourdes de sens.

D'ordinaire, les garçons de neuf ans ont un jour dix ans. Ce sont les garçons de dix-neuf ans qui ont des difficultés à avoir vingt ans.

-Ce n'est pas vrai, avait répliqué Margie. Elle finira bien un jour. Les guerres finissent toujours. Les nouvelles guerres ne pourraient pas commencer si les anciennes n'étaient pas terminées."

La fin est laissée ouverte, et même si elle semble tracée, chacun terminera comme il le préfère. C’est un procédé que j’affectionne beaucoup.

 

Qu’en a pensé Bidib ? Allons lire son article !

Ce roman jeunesse participe à mon Challenge consacré à la Première Guerre mondiale, ainsi qu’au « Petit Bac 2018 » d’Enna pour ma 2e ligne, catégorie Déplacement.

 

 

Belles lectures et découvertes,

Blandine

 

 

 

 

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Commenter cet article

Nathalie 17/03/2018 19:16

Du même auteur, j'avais lu et beaucoup aimé "le garçon au pyjama rayé" et sa fin... épouvantable !!

Blandine 17/03/2018 19:45

Il faut que je le lise. J'en ai beaucoup entendu parler pourtant!

Isabelle 16/03/2018 21:41

J'ai lu ce livre il n'y a pas très longtemps aussi. Je l'ai dévoré en deux soirées J'ai aimé voir l'évolution de ce petit garçon, les boulversements dans sa vie à cause de la guerre, son incomprehension pendant toute cette période et sa force pour que tout redevienne comme avant. Pour la fin et ce qui se passe après, je crois que rien n'a plus été pareil pour personne, et que la reconstruction du papa a dû être difficile, on ne peut pas reprendre sa vie où on l'a laissée après avoir vécu de telles horreurs.
Pour la couverture, c'est "marrant", je n'ai vu que la phrase écrite par un enfant sans prêter attention au reste, et pourtant c'est souvent la couverture qui me fait lire le résumé et voir si l'histoire me plait, là c'est le titre en lui-même qui m'avait attiré, le fait qu'on sentait que c'etait l'histoire de l'enfant, sa guerre à lui.

Blandine 16/03/2018 22:33

En effet, c'est "rigolo" de voir comment chacun voit la couverture et ce qui l'intrigue (ou non).
Pour l'histoire, je suis comme toi!