La Soledad. Natalio GRUESO - 2016

Publié le 23 Juillet 2017

La Soledad

 

Natalio GRUESO

Traduit de l’espagnol par Santiago Artozqui

Photographie de couverture par Luis BELTRAN

Éditions Presses de la Cité, 1er septembre 2016

320 pages

 

Thèmes : Solitudes, Explorer le monde, rencontres, amitié, secrets, légendes, dystopie*, premier roman

*La dystopie est un genre littéraire, pouvant s’apparenter à celui de l’anticipation, dans lequel les personnages ne peuvent atteindre le bonheur en raison d’une société dictatoriale.

 

J'étais très impatiente de découvrir ce (premier) roman (Merci Magali !) dont la couverture m’a plu d’emblée avec cet éléphant qui happe le regard sous ce ciel bleu électrique (en vrai, le bleu a des nuances plus turquoises), et ce titre surtout!

(La) Soledad

J'aime ce mot, ce qu'il signifie, suppose, symbolise, et je le trouve très beau, et même doux, lorsqu’il est donné comme prénom…

 

Ce n’est qu’après que j’ai vu la petite fille, tête baissée, qui le tient en laisse, observant ensuite l’âge et la fatigue évidente de l’éléphant…

Ils me font penser aux deux personnages qui ouvrent et ferment le roman dans la Cité de l’Amour, Venise… Un lieu hautement emblématique.

 

Ce livre est une mosaïque.

Comme un puzzle, il assemble, telles des nouvelles en tiroir, ce qui le rend presque polyphonique (narration extérieure ou en « je), douze parties, en plusieurs chapitres, aux titres aussi énigmatiques que Le Prescripteur ; Le contrebandier de mots ; Le pianiste du lac ; Le chasseur de rêves ; Dommages collatéraux…

Il entremêle une multitude de portraits et de lieux, d’histoires de familles, d’amitié, d’amour même, la réalité avec la fiction. Le tout est lié par deux fils conducteurs, enchevêtrés : la solitude donc, et le personnage principal de Bruno Labastide.

 

On le suit donc à plusieurs âges de sa vie, avec une chronologie bouleversée.

Vie mouvementée, dangereuse et aventurière d’un écrivain sur le tard, ancien escroc charmeur forcément seul de par sa « profession » et qui a rencontré de nombreuses autres solitudes aux quatre coins du monde : Paris, Shanghai, Guatemala, Cambodge, Suisse, Russie, Venise…

 

Chacune d’elle met en lumière un aspect de la solitude (à la connotation d’emblée péjorative) : voulue, subie, imposée, physique, psychologique, politique, artistique, fantasmée…

Qui est solitaire (ce qui est différent) ?

Qui est le plus empli de solitude ?

Quel est celui qui s’en accommode ou qui en souffre ?

Etre seul même dan la multitude ?

Change-t-on d’attitude envers la solitude au gré des âges de la vie ?

 

Au-travers de ces portraits esseulés, l’auteur joue avec les mots, leurs définitions, leurs nuances, leurs pouvoirs aussi, la crainte ou l’espoir qu’ils suscitent…

« C’est que je ne sais ni lire ni écrire », avait répondu non sans honte la grand-mère.
Horacio était resté bouche bée devant cette confession. Il ne lui était jamais rien arrivé de tel : une analphabète pour cliente.
« Mais alors pourquoi êtes-vous venues me voir ? » avait-il demandé avec délicatesse.
La femme avait dégluti, pressant avec force son sac contre ses genoux :
« C’est que je voudrais que ma petite-fille ait une vie meilleure que la mienne, et je sais qu’on trouve ça dans les livres. »

Mais au personnage principal et baroudeur de Bruno Labastide (un nom peu anodin), j’ai préféré les secondaires.

D’eux, il ne nous est dévoilé qu’une bribe de leur histoire, parfois même du point de vue unique de Labastide. A une ou deux exceptions, leur passé est plus développé, mais il est souvent triste.

 

Ce roman, à la poésie subtile et délicate, a besoin de se laisser apprécier. Il m’a fallu le laisser « décanter ». Forcément, il résonne. La solitude nous entoure tous peu ou prou, avec son cortège inhérent d’émotions… Et dans notre société hyperconnectée, nous sommes aussi davantage seuls...

 

Comme Magali l’a fait avec moi, à mon tour de vous le recommander, à l’image de l’un des personnages (secondaire) :

-Eh bien, je suis « prescripteur », je prescris des livres comme d’autres des médicaments, des formules magiques ou des conseils d’investissements. Moi, je prescris des livres.

Retrouvez l’article de Magali ICI.

 

Ce roman participe à mon Objectif de lecture du mois de juillet 2017, surtout dédié à l’Espagne, et au Challenge « 1% Rentrée Littéraire 2016 » de Sophie Hérisson (41/18).

 

Belles lectures et découvertes,

Blandine.

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Commenter cet article

Nancy 30/07/2017 11:41

Ce roman particulier est très intrigant et je suis émue par la couverture.
Le thème de la solitude résonne beaucoup à l'heure actuelle et me fait écho.
Merci pour cette découverte, Blandine et pour la dernière citation <3

Blandine 30/07/2017 20:50

Je vous en prie Nancy!
Oui il y a des moments où les romans résonnent d'une manière particulière...
La dernière citation est un clin d'oeil et une évidence, non? ;-)

magalitdeslivres 23/07/2017 09:21

Coucou,
J'étais sûre qu'il te plairait. C'est certain c'est assez spécial, c'est une véritable ode à la solitude qui est décliné sous toutes ses formes.C'est un roman qu'on a besoin de digérer car les mots sont fort et trouvent forcément écho en nous. On vit tous une sorte de solitude.
PS: j'ai terminé "La perle et la coquille" de Nadia Hashimi et j'ai fini en larme. Pourquoi tu m'as fait ça ?
;-)

Blandine 23/07/2017 11:57

Coucou! A nouveau merci pour m'avoir permis de le lire <3
Au-travers des larmes, je suis ravie que La Perle et la Coquille t'ait plu! Il est si beau. Je m'en souviens avec émotion!