Rose Blanche. Christophe GALLAZ et Roberto INNOCENTI – 1985 (Dès 8 ans)

Publié le 8 Mai 2017

Rose Blanche

Texte de Christophe GALLAZ d'après une idée de Roberto INNOCENTI

Illustrations de Roberto INNOCENTI

Script Editions, avril 1985.

Dès 8 ans

Notions abordées : Allemagne, nazisme, Shoah, Mort, histoire, Deuxième Guerre mondiale

Fin 1944

Dans une petite ville d’Allemagne, l’hiver s’installe.

Les hommes sont partis, habillés en soldats, les camions sont apparus en file incessante.

Des camions plus ou moins gros, mais aussi des tanks, des motos, toujours plus nombreux.

Parmi les enfants qui assistent à ce nouvel ordre, effrayés ou émerveillés, il y a Rose Blanche, environ 8 ans, fillette blonde aux yeux bleus.

On se tient au seuil des portes pour les voir passer. On ignore pourtant où ils se dirigent. On croit qu’ils vont au-delà du fleuve, et qu’ils en reviennent vides.

Un jour, l’un de ces camions doit s’arrêter et ses portes arrières s’ouvrent. Un petit garçon s’en échappe mais le bourgmestre l’arrête, sans mot dire mais le regard plein de connivence avec les soldats.

Rose Blanche décide de suivre le camion, passe inaperçue, va au delà d’une barrière « verboten », traverse une forêt, débouche sur une carrière et découvre des hommes, des femmes, des enfants, tous porteurs d’une étoile jaune derrière une barrière de fils barbelés.

Elle a froid, ils ont faim.

Pendant plusieurs semaines, Rose Blanche leur amène de quoi manger, se prive pour eux.

Mais un matin, le dégel voit fuir les habitants, lourdement chargés, les camions partir dans l’autre sens avec des soldats fatigués, résignés, qui laissent bientôt place à d’autres, dans le même état, mais à l’uniforme brun et qui envahissent les décombres.

Dans la clairière brumeuse, la boue a tout envahi. Du camp il ne reste rien, que des vestiges et des gardes tendus qui tirent sur chaque ombre.

Cet album, à la fin triste mais teintée d’espoir par le printemps renaissant, est une claque.

Il nous présente par le regard innocent d’une fillette, au prénom doux, pur et évocateur, les horreurs de la guerre, et du nazisme, sans que ce dernier ne soit nommé.

Rose Blanche choisit d’aider ces malheureux enfermés, de leur offrir sa liberté de mouvement, pour les nourrir.

 

Il n’y a ni jugement ni accusation dans cet album, juste des faits glaçants.

Il y a peu de texte et les mots sont choisis.

La narration passe de la description extérieure, avec l’emploi du « on », au « je » de Rose Blanche. Elle se fait de plus en plus intime, puis à nouveau s’extériorise sur la fin.

Ce qui s’impose surtout, c’est le travail illustratif.

Chaque dessin est riche et pallie au laconisme du texte, le prolongeant même par les tags de propagande écrits sur les murs de brique, les palissades de bois, les panneaux, les plaques d'immatriculation.

Chacun nous immerge dans la scène, dans l’époque. Minutie, précision, malaise.

On entend le bruit des moteurs, on respire ces odeurs de mazout, on sent le froid de cet hiver, mordant.

Mais surtout, ce qui hurle, c’est le silence des personnages, de ces adultes. Les bouches ne parlent pas, elles peuvent être ouvertes sur un sourire ou sur la peur mais aucun son ne s’échappe. Donc aucune protestation.

 

C’est le titre, à la double signification, qui proteste.

Allusion évidente au mouvement créé en juin 1942 par plusieurs étudiants de l’Université de Munich, dont notamment Hans et Sophie Scholl et Alexander Schmorell.

Refusant d’accepter le totalitarisme, et donc le nazisme dans lequel l’Allemagne avait sombré, plusieurs étudiants cherchèrent auprès de leur professeur de philosophie, Kurt Huber, comment résister. C’est ainsi que La Rose Blanche fut créée. Ils diffusèrent des tracts, d’abord à des intellectuels (professeurs, écrivains, penseurs), chargés de les reproduire et des les propager à leur tour, en cascade. Des antennes s’ouvrirent à Hambourg, à Berlin…

Après quelques coups d’éclat, le mouvement fut décapité en février 1943.

Allemands ! Voulez-vous subir et imposer à vos enfants l'horrible sort des juifs ? [...] Serons nous pour toujours, le peuple haï de tous, exclus du monde ? Non ! Refusez avec énergie d'être plus longtemps les complices des monstres qui nous gouvernent. Prouvez clairement par votre action que vous n'êtes pas dupes ! Une nouvelle guerre de libération commence. L'indifférence n'est plus permise. Décidez-vous avant qu'il ne soit trop tard !

Ils étaient allemands contre Hitler, Philippe Meyer, éd. L'âge d'homme, 2015 p. 99

Pour en avoir plus, CLIC ( et source image)

Mémorial Scholl devant l'Université Louis-et-Maximilen de Munich - CLIC

Cet album participe au Challenge « Je lis aussi des albums 2017 » de Sophie Hérisson (38/100), au « Petit Bac 2017 » d’Enna pour ma 5e ligne, catégorie Couleur, et le "Mois italien" de Martine.

 

 

 

 

Cet album a été réédité en 2010 chez la maison d’éditions québecquoise Les 400 Coups, dans la collection Carré Blanc.

Merci Nathalie pour sa découverte, dont vous pouvez lire l’article ICI et l’avis (avec d’autres livres de Roberto Innocenti sur la même période) de Des livres et vous.

Je vous ai présenté deux autres albums de Roberto Innocenti sur le blog :

Belles lectures et découvertes,

Blandine.

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Nancy 08/05/2017 16:32

Ce thème me touche énormément (et vous le savez <3 )
Merci pour la découverte de ce superbe album essentiel.
Belle journée Blandine.

Blandine 08/05/2017 21:48

Merci à vous Nancy <3
Belle soirée à vous!

Martine 08/05/2017 16:08

Tu es vraiment douée pour me faire faire de belles découvertes! Je te suis, les yeux fermés, tellement tes mots sur cet album me bouleversent. Merci Blandine

Blandine 08/05/2017 21:46

Oh merci à toi Martine <3
Je ne peux que t'encourager à découvrir cet album et le travail de Roberto Innocenti dans son ensemble. "La Maison" se passe en Italie, et retrace son passage à-travers le temps. il est magnifique <3

kiona 08/05/2017 14:47

Un album qui rend hommage à tous ces hommes qui se sont levés contre la barbarie! Incontournable!

Blandine 08/05/2017 21:45

Tout à fait!