Un zoo en hiver. Jirô TANIGUCHI – 2009 (Manga)

Publié le 19 Avril 2017

Un zoo en hiver

Scénario et dessins de Jirô TANIGUCHI

Traduit du japonais par Corinne QUENTIN

Editions Casterman, collection « écritures », juin 2009

232 pages

Thèmes : Japon, dessin, vie quotidienne, quête initiatique, amour, famille

 

C’est suite à l’article de Moka sur l’album « L’orme du Caucase » que j’ai souhaité découvrir l’œuvre de Jirô Taniguchi.

Sans trop savoir par quel album commencer, j’ai opté pour Un zoo en hiver pour son caractère autobiographique et les débuts de mangaka de son jeune héros.

Cette histoire me semblait être un bon point de départ et je n’ai pas du tout été déçue.

C’est deux jours après l‘avoir reçu que Jirô Taniguchi est décédé, le 11 février 2017 (hommages en fin d’article).

 

Au gré de sept chapitres, on suit l’évolution du jeune Mitsuo Hamaguchi (un nom très ressemblant à celui de l’auteur !), environ 18 ans, durant deux ans, de 1966 à 1968.

Novembre 1966, à Kyôto.

Hamaguchi travaille pour la société Watanabe, spécialisée dans le textile en gros. Ne pouvant y assouvir sa passion pour le dessin, il se rend au zoo lors de ses moments de liberté tant pour y croquer les animaux que pour tromper sa solitude.

D’une nature discrète et même timide, on lui confie la « garde » d’Ayako, la fille extravertie du patron qui fréquente en douce un ancien employé.

Profitant de sa crédulité, elle se sert de lui pour fuir le joug paternel, mettant à mal la position d’Hamaguchi.

Février 1967, à Tokyo.

Hamaguchi rend visite à son ami Tamura qui lui propose de rencontrer le mangaka Shiro Kondô qui cherche un nouvel assistant.

C’est à la fois forcé et curieux qu’Hamaguchi s’y rend et intègre de suite l’équipe pour aider, dans l’urgence, aux finitions d’un manga.

Chaque assistant réalisant une part précise du travail de dessin, selon ses compétences et ancienneté.

Il y fait ainsi connaissance avec Moriwaki, double indispensable de Shiro Kondo, à la fois généreux et envieux. De Fujita, surnommé « Errata », du même âge qu’Hamaguchi et là depuis un an.

Et d’Higashino qui travaille pour le magazine « Shônen Holiday ».

 

On découvre ainsi cette micro société qui vit aux rythmes effrénés des créations et des délais de publication, enchaînant à l’atelier les heures de travail sans quasi dormir et les jours de repos pendant lesquels chacun essaie de réaliser leur propre manga.

Entre une intense vie nocturne, les différents milieux artistiques, et ses amis, Hamaguchi apprend et se construit, tant professionnellement que personnellement et sentimentalement.

C’est avec l’aide de Mariko, une jeune fille malade et hospitalisée à qui il tient compagnie, qu’il arrive à créer son manga, entre doutes, fatigue et passion.

Ce récit initiatique, rédigé au passé et sur le mode du souvenir (c’est peut-être pour cela que le héros arbore souvent un air nostalgique), allie une histoire fictionnelle à des éléments autobiographiques de Jirô Taniguchi.

Il nous immerge dans ce foisonnant milieu où les références aux maîtres du mangas sont nombreuses :Takao Saito ; Shonji Nagashima ; Yoshuharu Tsuge fondateur de la revue Garo, instigateur du watakushi manga (« bande dessinée du moi ») de la transcription des rêves en bande dessinée, nouvelle thématique parmi d’autres.

J’exagère peut-être mais…
… je pense qu’un atelier est un lieu où on construit des rêves.

Il est habité par quelque chose de particulier.

On dit bien que dans les lieux où on crée il y a quelque chose d’indéfinissable qui attire les gens.
C’est pour ça que…
… toutes sortes de types bizarres s’y retrouvent.

Une fois qu’on y est entré c’est difficile d’en partir.

Pages 66-67

Mais à l'inverse des mangas traditionnels, les albums de Taniguchi se lisent "à l'occidentale" et suivent un schéma de cases assez similaire.

Ses dessins, à la fois sobres et minutieux, sont emplis de détails et nous renseignent sur la vie quotidienne, familiale et professionnelle japonaise. Les personnages ont des silhouettes assez carrées, voire tassées.

Hamaguchi et Fujita cohabitent dans un appartement si minuscule qu’ils ne peuvent qu’y dormir.

Les repas sont essentiellement pris dehors, dans des bars-restaurants ouverts très tard et continuellement remplis de monde

Tokyo est une ville si cosmopolite et foisonnante que ses nombreux quartiers sont très dissemblables formant comme des villes dans la ville et où les parcs offrent, enfin, un peu d’espace.

Tout comme les cases, nombreuses, sans texte ni dialogue qui instaurent des pauses, silencieuses et apaisantes. Des instants contemplatifs, empreints de lenteur. Une caractéristique de l'oeuvre de Taniguchi.

 

Ce passionnant et instructif roman graphique participe au RDV BD de la semaine qui se passe aujourd’hui chez Stephie (Retrouvez-y toutes les participations du jour - CLIC) ainsi qu’au Challenge « Un mois au Japon » de Lou et Hilde, et au « Petit Bac 2017 » d’Enna, pour ma première ligne catégorie Sport/Loisir.

 

 

 

 

Les autres participants au RDV BD de la semaine ont présenté de nombreux autres albums de Taniguchi :

 

Ces quelques chroniques vous permettront de découvrir qui furent l’Homme, l’artiste et son œuvre.

Je vous propose de voir ce documentaire réalisé en 2015 pour le Festival d’Angoulême.

Et de lire ces différents articles :

    Pour ma part, il me tarde déjà de découvrir ses nombreux autres albums !

    Belles lectures et découvertes,

    Blandine.

    Retrouvez-moi sur FacebookTwitterPinterestInstagramtumblr et Google+.

    Repost 0
    Commenter cet article

    Laeti 20/04/2017 09:29

    Même si je ne suis pas fan du manga, je suis curieuse de découvrir les albums de cet auteur. Je partirais plus sur Quartier lointain dont j'ai entendu beaucoup de bien. L'univers a l'air poétique et doux!

    Blandine 20/04/2017 11:19

    Je ne peux que t'y encourager!

    lasardine 19/04/2017 21:43

    qu'est ce que j'aime Taniguchi!! <3

    Blandine 19/04/2017 22:26

    Je crois, même si je n'en ai lu qu'un (pour le moment) que je peux faire la même affirmation enthousiaste! <3

    Nathalie 19/04/2017 21:15

    J'en ai lu un ou deux il y a quelques années, et franchement, je n'avais pas été super enthousiasmée... Il faudrait que j'essaie celui-ci.

    Nathalie 20/04/2017 19:38

    Je pense qu'il y avait "le gourmet solitaire" et peut-être aussi "le promeneur"...

    Blandine 19/04/2017 22:25

    Le côté manga peut-être et la "lenteur"? Te souviens-tu des titres?

    Nancy 19/04/2017 19:19

    Merci pour la découverte de ce si grand auteur <3
    J'ai regardé le superbe documentaire qui me parle tellement ! J'aime beaucoup tout ce que j'y ai vu et la philosophie de Taniguchi. Quelle belle surprise !
    Je vais essayer de trouver ses œuvres.
    Belle soirée Blandine.

    Blandine 19/04/2017 22:25

    J'ai ressenti les mêmes choses que vous Nancy, une grande résonance. J'ai hâte de lire ses autres albums.
    Belle soirée à vous!

    Noukette 19/04/2017 18:13

    Peut-être un peu trop contemplatif pour moi mais j'aime cet auteur...!

    Blandine 19/04/2017 22:24

    C'est un trait qui me plaît beaucoup!

    Au Fil des Plumes 19/04/2017 18:08

    Taniguchi est vraiment un grand artiste!

    Blandine 19/04/2017 22:24

    Oh oui, je suis persuadée que son oeuvre va me plaire. J'ai hâte de lire d'autres albums!