Parfum de glace. Yôko OGAWA - 2002

Publié le 17 Avril 2017

Parfum de glace

Yôko OGAWA

Traduit du japonais par Rose-Marie MAKINO-FAYOLLE

Editions Actes Sud, mars 2002 (Japon, 1998 sous le titre Koritsuita Kaori)

304 pages

Thèmes : Mort, mémoire, souvenirs, perfection, remords/regrets, amour, famille.

 

Hiroyuki, surnommé Rooky, 31 ans, s’est suicidé.

En silence, sans raison apparente, il s’est donné la mort dans son petit atelier de parfumeur, au milieu des flacons si bien ordonnés.

Ryoko, sa petite amie, ne comprend pas.

La veille, tout semblait aller, il lui avait offert son premier parfum, baptisé Source de mémoire et dont le bouchon transparent s’orne d’une plume de paon finement ciselée.

-Le paon est le messager du dieu de la mémoire, avait-il dit.

Page 12

Ryoko réalise alors qu'elle ne sait pas grand-chose de lui. Hormis qu’il a un don pour le classement et le rangement, qu’il est introverti et qu’il a la phobie des transports, quels qu’ils soient.

Avec elle, nous apprenons à faire connaissance avec le disparu et remontons le temps, jusqu’à quinze ans en arrière, au gré d’une chronologie qui fait s’alterner les chapitres, l’un au Japon vers Tokyo, le suivant à Prague.

Ainsi, nous rencontrons Akira, le cadet de quatre ans de Rooky, et leur mère, dont la mémoire et la conscience sont abîmées par l’âge et les regrets.

Parce que d’erreurs, de leur faisabilité, interdiction et réparation, il en est grandement question dans ce roman.

Avec Akira, Ryoko découvre l'enfance de Rooky.

Son goût et son aisance pour le patinage (qu’il a continué d’exercer en secret), et surtout son étonnante faculté et aisance en mathématiques.

Un don qui l’a mené de concours en concours, sous la houlette, ferme et même dictatoriale, de sa mère, jusqu’à Prague, à ses seize ans.

Là-bas, quelque chose s’est brisé. Le faisant quitter sans un mot la maison familiale à ses 18 ans.

Sur l’une de ses disquettes de travail, elle a trouvé quelques notes aux allures d’haïkus.

« Gouttes d’eau qui tombent d’une fissure entre les rochers. Air froid et humide d’une grotte. »
« Réserve de livres hermétiquement fermée. Poussière dans la lumière. »
« Frasil sur un lac à l’aube. »
« Mèche de cheveux d’un défunt formant une légère boucle. »
« Vieux velours passé qui a gardé sa douceur. »

Pages 31-32

Ryoko se rend donc à Prague, décidée à comprendre, à saisir, et à retenir, qui fut Rooky grâce à ces images d’odeurs mises en mots et qui forment un jeu de piste olfactif.

Elle est guidée par Jeniack, un jeune homme discret et violoncelliste qui l’appelle Lilly et ne connaît pas un mot de japonais.

Dans un récit qui emprunte tant à l’imaginaire qu’au réel, elle retrouve sa trace, son souvenir, dans des bâtiments en ruine, dans un musée, une grotte avec des paons qui n’existe peut-être que dans son imagination. Et ainsi se reconstitue le puzzle de la vie d’Hiroyuki.

 

Cette écriture, à la fois très concrète et abstraite, froide et sensible, est assez déconcertante.

 

Ryoko ne se fait pas à ce deuil imposé.

Moi qui l’avais perdu, je traversais le pont qu’à seize ans il avait emprunté alors que je ne le connaissais pas. Comment ce pont pouvait-il être toujours là, inchangé, alors que lui n’était plus de ce monde ? Cela me paraissait si étrange.

Page 191.

-Il est plein à ras bord des mots des gens qui sont venus dans cette grotte raconter leurs souvenirs. Il faut ensuite enfermer le cœur avec beaucoup de précautions dans un pot pour ne pas perdre ces souvenirs. J’en suis le gardien, vous savez.

Pages 274-275.

Dans ce roman sur la mémoire et sur la douleur de la vie, le symbolisme du paon est omniprésent. Cet animal, qui représente tant l’immortalité (ici avec le gardien) que la résurrection (ici dans le parfum avec la notion de réparation) détruit l’attachement corporel comme temporel. La mémoire olfactive est la plus puissante de toutes car elle nous transporte instantanément dans le passé.

Grâce à son plumage qui réunit toutes les couleurs, le paon incarne LA beauté et ici, la perfection.

Paon et Pivoine, 1776 - Maryama Okyo - Clic

C’est grâce au Challenge « Un mois au Japon 2017 » d’Hilde et Lou et à la Lecture Commune autour de Yôko Ogawa que j’ai sorti ce roman de ma bibliothèque, qui s’y trouvait depuis plusieurs années.

Il participe aussi au Challenge "Petit Bac 2017" d'Enna, pour ma 4e ligne, catégorie Objet.

 

 

 

 

 

 

Sans être un coup de cœur, il aborde une thématique qui m’interpelle et il me donne envie de découvrir davantage l’écriture de cette auteure. Celui-ci est son huitième roman.

 

Sur la dualité du temps, je vosu recommande la découverte et lecture du très beau poème de guillaume Apollinaire: Il y a.

Belles lectures et découvertes,

Blandine.

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Commenter cet article

Nancy 18/04/2017 17:33

Ce roman semble fascinant. J'aime les thèmes abordés et la symbolique très poétique du paon.
Merci pour la découverte Blandine.

Blandine 18/04/2017 18:40

Ce roman m'a beaucoup plu malgré un ensemble... particulier disons... mais il semble que ce soit-là une caractéristique de l'auteure! Il me faut lire d'autres de ses romans pour le savoir ;-)
Belle soirée Nancy!

Syl. 18/04/2017 08:59

Je retrouve ma lecture dans ton beau billet.

Blandine 18/04/2017 10:23

J'en suis ravie! Merci Syl.