Astreintes. Chroniques d'une vie d'infirmière. Anne PAPAS - 2017

Publié le 5 Mars 2017

Astreintes

Chroniques d'une vie d'infirmière

Ni nonne, ni bonne, ni pigeonne

Anne PAPAS.

Editions rue de l'Echiquier, janvier 2017.

160 pages.

Thèmes : témoignage, monde médical, Vie, famille

 

Le monde médical, et infirmier en particulier, va mal.

Régulièrement, les médias nous le rappellent à coup de grèves, de déclarations, de suicides. Quand ce ne sont pas nos propres expériences, ou celles de nos proches, qui l'affirment.

En novembre 2016, le numéro 132 du journal hebdomadaire Le 1 était entièrement consacré aux infirmières. Leur vocation, leur métier, leur épuisement, leur situation passée et actuelle y était décrite.

Aussi, m’était-il particulièrement intéressant de découvrir « de l’intérieur » le récit passionné d’une ancienne infirmière, devenue après 9 ans d’astreintes, « cadre de santé ».

Panser les plaies, soulager les douleurs physiques et psychologiques qui sont devenues le quotidien de certains. Laver, nettoyer, masser, caresser, installer, réinstaller, piquer, perfuser, panser, soulager, aider, écouter, parler, se taire, rassurer, encourager, questionner, se questionner, analyser, raisonner, penser, se former, former, plaisanter, sourire, rire et pleurer aussi. Voilà en quelques verbes ce quotidien qui fut le mien. Auxquels il faut bien ajouter : marcher, courir, stresser, piétiner, jeûner, être debout, marcher encore et encore, réfléchir toujours, et surtout ne pas se tromper.

Pages 7-8

Au-travers d’une quarantaine de chapitres, courts mais intenses (En maison de retraite ; Soigner jusqu’à la fin ; Le planifié et l’imprévu ; Horaires variables et salaires de misère ; Accueillir ; De l’autre côté du drap, …), Anne Papas écrit sur sa famille (composée de médecins, d’infirmières), sa vocation, sa formation, son parcours, son contact d'aide-soignante puis d'infirmière auprès des patients, des malades, de tout âge, condition ou pathologie.

La difficile conciliation entre ce qui devrait être fait et ce qui est fait, faute au temps, aux moyens, aux divers aléas... transformant l’institution en une machine maltraitante, tant pour les patients que les personnels.

L’auteure mêle à ses souvenirs professionnels des anecdotes, des extraits du Code de la Santé ou de règlements.

A l’évidence, prise dans une logique de productivité, la fonction de soignant perd tout son sens. Il n’y a plus de place pour la relation humaine quand il faut préparer et distribuer les traitements quotidiens d’environ quatre-vingts personnes atteintes de polypathologies, avant d’effectuer les pansements. Les étudiants infirmiers dégourdis se voyaient confier un étage. Mais faut-il rappeler que les étudiants ne sont pas sur les terrains de stage pour remédier au manque d’effectif et qu’ils n’ont pas le droit d’exercer cette profession sans diplôme d’Etat ?

Page 46

Elle parle avec beaucoup de douceur et d’empathie de la relation soignant/soigné, du nécessaire travail d’équipe, de moments difficiles et même douloureux, en tant que soignante mais aussi être humain : impuissance, craintes, limites du métier.

Elle nous livre des portraits touchants de certains de se patients (Monsieur Lolive, Marcello, Monsieur Legris…)

Je l’ai dit : on demande parfois au soignant d’adopter un rythme de travail inadapté, qui nous oblige à sacrifier la relation, l’écoute, parce que le temps presse et que les prescriptions attendent.
(…)
Et quoi de plus frustrant que de se retrouver devant quelqu’un qui a besoin de parler de ses peurs, et de surseoir à la discussion parce qu’une quinzaine d’injections attendent sur la paillasse ?
Nombreux sont les jours où l’on fonce, tête baissée dans le chariot, conscient que les minutes manquent pour répondre aux angoisses. Juste le temps de traiter les symptômes de la maladie et de prévenir ses complications. Voilà, de mon point de vue, une des causes majeures de l’épuisement professionnel des soignants.

Pages 81-82

Son récit est ponctué de passages très intimes lorsqu’elle parle de ses sentiments, de sa fille ou de son combat, personnel, contre la maladie, et qui conclut le livre. Ce qui la place parmi les soignés, de l’autre côté, dans l’attente et le questionnement.

 

Ce témoignage n’excuse pas certaines pratiques, mais il remet en perspective, nous confronte à la réalité de ce métier.

Et il m’apparaît important, et même rassurant, de le lire.

Il me semble d’ailleurs faire partie d’une mouvance plus large.

Nombreuses sont les parutions médicales, écrites par des médecins ou non, et qui caracolent en tête des ventes : comprendre des maladies, notre corps, adopter une meilleure hygiène de vie et/ou alimentaire… 

Des livres pour aller mieux (du Dr Cymes; Le charme discret de l'intestin de Giulia Enders, pour ne citer que ceux-là) ou pour dénoncer CLIC

Merci aux  éditions Rue de l’Echiquier.

Belles lectures et découvertes,

Blandine.

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Rédigé par Blandine

Publié dans #Santé, #Témoignage, #2017, #Rue de l'Echiquier

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Nancy 10/03/2017 14:42

Les dessous du milieu hospitalier sont mal connus et ce roman-témoignage est une très bonne idée ^^, il aide à mieux comprendre certaines choses que je verrai désormais différemment, rien qu'en ayant lu les extraits que vous proposez.
Merci Blandine et bonne fin de semaine :)