La Leçon d’écriture. Jean-Pierre TAUREL - 2016

Publié le 26 Février 2017

La leçon d'écriture

Jean-Pierre TAUREL

5 sens Editions, novembre 2016.

384 pages

Thèmes abordées : Première Guerre Mondiale, famille, transmissions intergénérationnelles, émigration, relations épistolaires.

 

J’aime lorsque les romans prennent pour point de départ un fait réel.

Jean-Pierre Taurel a trouvé matière à son nouveau roman dans le grenier de sa vieille maison, acquise quelques années auparavant.

Au fond d’une malle, promesse de souvenirs poussiéreux et oubliés, deux piles de lettres et cartes postales, datant de la Première Guerre mondiale.

Dans le cimetière communal, il a retrouvé les deux amoureux, Germaine et Jules Deffert.

N’est-ce pas là un beau point de départ pour imaginer et raconter une partie de leur vie, leur amour, leurs épreuves, dans un roman-fiction qui va de 1914 à 1937 ?

 

Août 1914, Gaston Guizot, précautionneux négociant en vins à Bordeaux, et Jules Deffert, qui vient de Rochefort, se lient d’amitié dans le train qui les emmène sur le Front, à la colline du Vauquois non loin de Verdun.

Le premier devient mitrailleur, le second creuse des galeries pour faire sauter les Allemands par dessous.

Dans la tranchée, la vie s’organisait. Le caporal Deffert, pelle et pioche sur l’épaule, gagnait deux fois par jour les profondeurs de la galerie où ses soldats creusaient un sous-sol crayeux assez facile à travailler. Le sous-lieutenant lui avait demandé de prendre en charge trois équipes de deux hommes et lui avait promis qu’il serait élevé au rang de caporal-chef dans trois semaines, si le travail convenait au commandant. Pour Guizot, la tâche était moins aisée, sa mitrailleuse s’enrayait souvent, maos malgré ce désagrément, il s’était habitué à cracher la mort sans se poser de questions. Quels scrupules aurait-il dû avoir ?

Page 40

Dans leurs moments de repos, ils écrivent et remarquent qu'ils ont tous deux la même graphie. Pour s'amuser, ils décident d'interchanger leurs courriers. Guizot écrit à la marraine de guerre de Jules, Léontine Rabuteau, et ce dernier écrit à Germaine, la femme de Gaston.

Mais en 1915, à la suite d'une terrible bataille (cf fin d'article), et l'explosion de la colline, Jules est blessé à la jambe et Gaston est porté disparu.

Jules se fait soigner puis devient ambulancier.

Il retrouve Gaston terriblement amoché et décide d'abréger ses souffrances.

La guerre se poursuit pour Jules entre hôpitaux, permissions, maladies (typhus, tuberculose), quête d'identité, remords et courriers épisodiques, tant à Léontine qu’à Germaine.

Lorsque le conflit se termine, le propos se porte d’abord sur la famille Guizot avec Germaine et surtout son fils, Léon. Ils tiennent le négoce de vins qui se porte à merveille. Léon est amoureux d’une jeune Polonaise obligée de se prostituer puis qui disparaît. Il part faire son service militaire, puis prend femme, l’affaire prospère et il s'embourgeoise.

C'est alors que Jules croise intentionnellement la route de Germaine et de Léon. Il devient leur agent commercial, tait son amitié avec Gaston, épouse Germaine dont il était épris. Mais la guerre, ses traces et ses souvenirs le rattrapent...

Le propos s'axe essentiellement sur Jules Deffert, et j'ai eu le sentiment qu'il enchaînait beaucoup (trop) les changements d'humeurs ou les déboires de santé. Sur lui se concentrent beaucoup de maux de la période.

 

J'ai bien aimé ce roman dans l'ensemble, mais, j’avais pensé, de par son titre et quatrième de couverture, que sa narration serait davantage épistolaire. S'il est vrai que l'écriture en fait partie, elle n'occupe pas une grande place dans la forme.

Le récit offre un large panorama de la guerre, avec les tranchées, le quotidien du soldat, les marraines de guerre et le courrier, la logistique, la maladie. Mais surtout de son après jusqu'en 1937, avec ses conséquences sur les protagonistes en termes familiaux, sociaux, religieux et sanitaires, mais pas politiques. Aucune mention n'est faite du contexte instable des années 30, si ce n’est sur l’immigration.

On ressent les recherches documentées et fournies effectuées par l’auteur pour nous immerger dans son roman, d’autant plus que les lieux bénéficient de larges descriptions.

Mais il m’a été parfois difficile de me représenter la chronologie ou l'évolution du temps. Plus de sauts de lignes, voire de paragraphes auraient aidé à ces repères.

Quelques évènements me posent aussi question (construction de la Voie Sacrée notamment), mais cela reste anecdotique.

Néanmoins, j'ai passé un bon moment de lecture avec ce roman et remercie son auteur pour son envoi !

Il participe à mon Challenge autour de la Première Guerre mondiale, et au RDV mensuel autour des lettres et courriers ; ainsi qu’au Challenge « 1% Rentrée Littéraire 2016 » de Sophie Hérisson (32/18).

 

 

 

 

 

 

Belles lectures et découvertes,

Blandine.

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Commenter cet article

Taurel Jean Pierre 26/02/2017 16:18

Merci Blandine pour votre analyse.
L'a construction de"La leçon d'écriture", m'a apporté beaucoup de joies et dorénavant, je ne peux plus ouvrir la porte de mon grenier sans penser à ce jeune couple qui dort au cimetière et ne demande qu'à revivre au travers de la lecture de leurs lettres soigneusement conservées.
Actuellement, j'écris "Tourne à gauche", les tribulations d'un jeune psychiatre qui entend des voix et doit se résoudre à comprendre qu'il est schizophrène.
Bien cordialement.
JP Taurel.

Blandine 28/02/2017 15:17

C'est moi qui vous remercie!
je vous souhaite beaucoup de joie et de succès avec vos écrits.
Bien cordialement,
Blandine.