L'enfant-rien. Nathalie HUG - 2011

Publié le 30 Décembre 2016

L'enfant-rien.

Nathalie HUG.

Le Livre de Poche, février 2012.(Calmann-Lévy, 2011)

122 pages

Thèmes : enfance, famille, transmission, filiation, origines, fratrie.

 

Nathalie Hug signe ici un récit court mais intense, poignant mais glaçant.

Trois parties, peu de mots, et beaucoup d’implicite.

Je suis un enfant-rien, avec un père-néant, une mère-tas-de-fraises-à-la-crème et je peux disparaître.

Je m’appelle Adrien. Dans Adrien, il y a rien.

Adrien, petit garçon aux reins fichus, vit dans l’ombre diffuse, mais néanmoins présente de sa mère Blandine, et de sa demi-grande-sœur, Isabelle.

Il n’a qu’un espoir, qu’un rêve, qu’une envie : avoir un père.

Et puisque la boîte à secrets rouge de sa mère est hors d’atteinte, il pense l’avoir trouvé dans la personne du surnommé Lucky Luke, le père d’Isabelle, mais qui, jamais, ne lui accorde ne serait-ce qu’un regard.

Le seul sera pour le renvoyer de chez lui, lorsque Blandine, qui s’était faite renverser par un mort, rentrera de l’hôpital dans leur appartement du 6e étage, en vie certes mais davantage absente.

 

Autour de lui, que des présences féminines : "Tatie-Barrettes", hostile ; Isabelle, qui vient de loin en loin et l’appelle « morpion », et qui prononce des phrases-devinettes mais néanmoins utiles (surtout pour nous, lecteurs); Michèle, l’aide-soignante qui à défaut de réponses, essaie d’offrir du réconfort.

 

Au cœur de ce marasme, Adrien essaie de se construire, de s’inventer, de composer.

Il décrit toute la douleur du questionnement, de ne pas savoir qui il est, son besoin d’être pour quelqu’un.

Ses actes plus que ses mots hurlent son mal-être et sont des suppliques que personne ne veut ou cherche à comprendre et l’on assiste à sa descente, à sa chute.

 

La dernière partie, sur seulement trois pages, m’a fait frissonner.

Elle est une révélation, mais qui ne soulage pas du malaise ressenti tout au long des chapitres. Elle les éclaire mais ne les explique pas.

Cela m’a fait le même effet qu’avec le film « Sixième sens » dans lequel a joué Bruce Willis.

La fin nous oblige à repenser tout le film, à revoir le moindre aspect pour comprendre ce qui n’avait pas été vu, ces petites choses indicibles, cachées, ces petits détails essentiels et qui permettent de comprendre l’ensemble.

Ici aussi, Nathalie Hug entretient un mystère, une frontière floue entre le vrai et l’envie, le désir et la folie (voire la dépression). Avec cette interrogation constante sur l’enfance et notre rapport à elle, à la filiation, à la transmission, à la famille, à la fratrie et au remords. Et qui m’a fait invariablement écho.

 

En un mot, bouleversant.

Nathalie Hug dédie (entre autres) L’Enfant-rien à Carole Martinez, auteur du merveilleux ouvrage « Le Cœur cousu », Carole la magicienne, dont les mots m’ont donné la clé de cette fichue boîte rouge dans laquelle ce conte dormait depuis dix ans.

Le roman de Carole Martinez est absolument splendide !

 

Ce roman participe au « Petit Bac 2016 » d’Enna pour ma 7e ligne, catégorie Ponctuation.

Belles lectures et découvertes,

Blandine.

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Commenter cet article

Nancy 30/12/2016 12:34

Je suis remplie de frissons en lisant votre chronique Blandine, mais je voudrais tout de même lire ce roman...
L'allusion à Sixième Sens, que j'ai adoré, et au Cœur cousu, que je n'ai jamais réussi à terminer car trop violent pour moi, me donnent quelques pistes sur le scénario.
Je vous souhaite une belle journée, à très bientôt !

Blandine 30/12/2016 22:27

Ce roman est vraiment particulier. Il reste et questionne bien après en avoir tourné la dernière page.
L'allusion au Cœur cousu (je savais que cela vous ferait tilt) est très belle, même si je trouve ce dernier aussi poétique (et même lumineux) que l'Enfant-rien est dur et sombre.
Belle soirée à vous!