De l'esclavage au "Black Power" à travers le monde... Texte d'Aude BELIVEAU et illustrations de LuCien - 2016 (Dès 8 ans)

Publié le 6 Novembre 2016

De l'esclavage au "Black Power" à travers le monde... 

Texte d'Aude BELIVEAU

Illustrations de LuCien.

Editions Touches d'encre, mars 2016 (première édition en avril 2013)

Dès 8 ans.

En 2013, le premier livre de la jeune maison d’éditions lilloise Touches d’encre met à merveille en valeur son ambition : proposer aux enfants des « projets forts de sens », dans des "ouvrages où le texte et l’illustration ont autant d’importance l’un que l’autre, privilégiant ainsi leur force graphique."

Le ton est donné avec ce sujet délicat et encore cicatriciel qu’est l’esclavage.

La magnifique couverture de cet album-documentaire, tout comme son titre, permettent de donner une limite temporelle et géographique à cette pratique, bien qu’elle ait été exercée depuis « toujours » et dans toutes les civilisations. Ce que rappelle l’intérieur des pages.

Le sujet est si vaste, complexe, qu’il a fallu faire des choix.

Dès les débuts de la conception de ce livre, nous avons cherché à penser la logique globale de la traite négrière et de l’esclavage, et surtout la dynamique mondiale qui a permis leur mise en place avec l’ampleur que l’on connaît. Mais nous n’avons pas négligé l’aspect singulier des différentes formes de résistance au système : les luttes pour l’abolition de l’esclavage, les révoltes, les libérations d’esclaves ou encore l’affirmation du peuple afro-américain aux États-Unis.

Page 7

C’est ainsi que la privation de liberté puis l’exploitation des Noirs d’Afrique, mais aussi des Antilles, est expliquée d’une manière à la fois concise et riche.

Les textes vont à l’essentiel, précisant des dates, des noms, avec un changement de couleur pour les notions à retenir.

"Les Africains capturés ont été niés dans toutes leurs dimensions culturelles et ethniques. Ces hommes et femmes, issus de tribus et de groupes différents, avaient leurs propres mœurs, valeurs et cultures sur le territoire africain.

L’uniformisation (blanche, chrétienne et occidentale) imposée aux esclaves entraîne chez eux un chaos intérieur et un arrachement à tout ce qui les définit.

Ils sont à la fois déracinés de leur terre d’origine et démunis de toute historie, culture et légitimité.

D’êtres particuliers, ils deviennent tous esclaves, rapidement réduits sous le terme péjoratif de « nègres ». D’hommes et femmes différents les uns des autres, l’esclavage les transforme en sous-hommes indissociables…" (Page 20)

L’album nous apprend que cette pratique trouvait des légitimités, des justifications dans l’économie, mais aussi dans la religion, dans l’éthique, la philosophie, l’Art, et même la fatalité.

Il est à la fois aéré et complété par des citations, des dessins, des reproductions ou photographies.

Ceci est important et même indispensable pour se représenter l’ampleur de la traite négrière ainsi que les réactions qu’elle suscita tout au long de sa mise en œuvre (favorables ou la condamnant), jusqu’à son coupable héritage d’aujourd’hui, encore minimisé, voire nié, modulant jusqu’à nos sociétés actuelles. Tant dans la politique, le vocabulaire, que la musique…

"Tant que nous détestions l’Afrique, nous nous détestions nous-mêmes. Tant que nous détestions les prétendues caractéristiques africaines, nous détestions notre propre aspect. Et vous m’appelez le prédicateur de la haine. Mais c’est vous qui avez appris au monde à haïr une race tout entière et, maintenant, vous avez l’audace de nous reprocher de vous détester pour la simple raison que nous n’aimons pas la corde que vous avez mis à notre cou. »

Malcom X

Cette citation me renvoie au texte d’une chanson du rappeur 2Pac, Ghetto gospel :

Its a shame they blame it on the youth cause the truth look strange

Tout le monde a honte de la jeunesse, Car la vérité semble étrange /

And for me it's reversed

Et pour moi c’est l’inverse,

We left 'em a world that's cursed, and it hurts

on leur a laissé un monde maudit, et ça blesse

For them its worse, we come from a world thats cursed

Pour eux c'est pire encore, on vient d'un monde maudit

And it hurts.

Et ça fait mal

Cause any day theyll push the button.

Car un jour ou l'autre, ils presseront la détente

And yall condemned like malcom x and uncle bob

Et vous êtes tous condamnés comme si Malcom X et Bobby Hutton [Membre des Black Panthers Party] http://en.wikipedia.org/wiki/Bobby_Hutton

They died for nothin.

Etaient morts pour rien

Les illustrations de LuCien sont splendides.

On y trouve des dessins, au crayon ( ?) et numérique, de l’aquarelle, des collages, du « graff », des « taches de sang », sur un fond jaune ocre, qui nous renvoie forcément à ces terres mutilées et dépeuplées.

« Qu’à tout jamais, pour la préservation de ces lieux, les générations se souviennent pieusement des souffrances endurées ici par tant d’hommes de races noires. »
Boubacar Joseph Ndiaye.

Page 21

Ceci rend cet album pédagogique et citoyen extrêmement attractif, et offre une première approche variée, propice à la conception d’un exposé, ou d’une étude plus poussée du sujet et de ses suites.

Comme par exemple sur l’Apartheid et Nelson Mandela…

La dernière page cite ses sources bibliographiques et nous permettent de prolonger notre lecture.

Aude Béliveau, auteure et éditrice, maîtrise bien son sujet, ce que l’on apprend non seulement en fin d’ouvrage, puisque les auteurs se présentent, mais aussi sur le site de la maison d’éditions.

« Elle est passionnée par les différentes histoires de la communauté noire à travers le monde, ses quêtes identitaires et ses luttes pour une reconnaissance totale et sans condition. (site) et elle souhaite participer à son échelle au travail de mémoire concernant l’histoire de la communauté noire et tenter de favoriser le « vivre-ensemble » et ses richesses, pour permettre de construire petit à petit une société plus juste et plus tolérante. (livre) »

Quant à Lucien, ses dessins à lui donnent tout leurs sens à ses mots à elle(site)

Il a illustré les deux autres albums de Touches d’Encre, Barnabé (CLIC) et Le Grand Oiseau Blanc (auteure Aude Béliveau), qui vient juste de paraître (et que je vous ai pour le moment succinctement présenté LA)

Je suis sensible à tout ce qui a trait à l’Histoire, et particulièrement lorsqu’Elle engendre des souffrances encore perceptibles aujourd’hui.

La commémoration ou « devoir de mémoire » est terriblement nécessaire, surtout en ces temps troublés, anxiogènes, où l’on a tendance à se replier sur soi, à exclure l’autre en raison d’une prétendue différence.

J’ai souhaité en parler davantage dans un article axé sur le racisme, et dans une bibliographie recensant tous les livres chroniqués sur le blog abordant les différentes formes de la différence set de l’exclusion, dans un espoir (utopique ?) de plus de respect.

Cette supposée supériorité du Blanc, et du Français en particulier, a aussi eu pour conséquences des exactions de l’autre côté de la terre, en Asie et notamment en Chine, comme nous le raconte Christine Léang dans son ouvrage Embarquement pour la Chine.

Un grand merci aux Éditions Touches d’encre pour la découverte de ce très bel album, qui participe aux Challenges « Je Lis aussi des Albums 2016 » de Sophie Hérisson, ainsi qu’au « Petit Bac 2016 » d’Enna, pour ma 6e ligne, catégorie Couleur.

 

 

 

 

 

 

 

                                 92/100

Belles lectures et découvertes,

Blandine.

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Retrouvez l’article des Etoiles Noires sur cet album, avec un développement sur le développement du devoir de mémoire.

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Commenter cet article

Nancy 07/11/2016 21:29

L'album est très beau !
Ce thème me touche profondément aussi, je me souviendrai toujours de La case de l'oncle Tom, roman lu très jeune, qui m'avait profondément marquée.
C'est aussi le thème de mon prochain roman écrit avec Sylvie Baussier ...
Merci Blandine pour votre engagement, belle soirée.

Blandine 09/11/2016 21:30

Oh, vous m'intriguez ;-)
Oui cet album est très beau et bien fait. L'esclavage a encore de fortes répercussions aujourd'hui...
Belle soirée à vous!