Six jours. Ryan GATTIS

Publié le 10 Juillet 2016

Six jours

Ryan GATTIS

Traduit de l’Américain par Nicolas RICHARD

Éditions Fayard, 2 septembre 2015.

432 pages

Thèmes abordés : racisme, violence, gangs, émeutes, USA.

Le 29 avril 1992, la ville cosmopolite de Los Angeles s’embrase.

La raison : l’acquittement des policiers Blancs ayant passé à tabac Rodney King, un Noir, le 3 mars 1991.

Suite à ce (nouveau) flagrant délit de racisme et d’impunité policière, des émeutes éclatent et les forces de l’ordre, comme les secours, se retrouvent bien vite submergés par les pillages et incendies qui secouent la ville, pris à partie et caillassés.

Le chaos dure quatre jours jusqu’à ce que l’armée arrive, puis deux jours encore avant que le couvre-feu ne soit levé.

Six jours dans lesquels nous sommes plongés, immergés.

Six jours de violences, extrêmes, barbares, aux frontières des émeutes et de la ville, dans des quartiers où les gangs surarmés, en profitent pour faire davantage régner leur loi et régler leurs comptes. Eux qui se disputent les marchés de la drogue, des armes, le contrôle des territoires et coins de rues, qui se veulent toujours plus grands, influents, attirant toujours plus de homies (garçons des quartiers désireux d’intégrer un gang)…

Tout commence avec le meurtre d’Ernesto Vera, cuistot à Tacos El Unico, le soir du 29 avril, dans le quartier de Lynwood.

A l’inverse de son frère Ray (aka (= alias) Lil Mosco) ou de sa sœur Lupe (aka Payasa), il ne fait partie d’aucun gang mais est assassiné par l’un d’eux.

Tout autour de moi il y a ce quartier [Lynwood] que je reconnais. L’espace d’un instant, en les entendant s’éloigner et en voyant les feux stop de leur voiture baigner d’une lueur rouge les garages alentour, je me dis que c’est fini. Un soulagement m’envahit. Ils se tirent, me dis-je. Ils se tirent ! C’est à ce moment-là que je repère un petit gars, il a peut-être une douzaine d’années, caché derrière la Promenade. Son visage est rouge dans la lumière des stops, et je remarque, ouais, qu’il est en train de me regarder. Il a les yeux écarquillés, n’empêche. Son expression me fout tellement les boules que je suis la trajectoire de son regard le long de mon corps, jusqu’à mon pied, et là, je vomis presque en voyant que j’ai les chevilles attachées, reliées à l’arrière de la voiture par un gros fil électrique.

Pages 21-22 – Ernesto Vera.

Description violente, et plus que réaliste, qui donne tout de suite le ton du roman à venir, parsemé du vocabulaire des gangs ou de la rue (regroupé à la fin dans un glossaire).

Dès lors s’ensuit une « enquête », des représailles, des luttes de pouvoir, des vengeances ou hommages divers au-travers des voix de dix-sept personnes, plus ou moins liées, plus ou moins « impliquées » dans les gangs, issues d’horizons divers et dont les routes se croisent tout au long du récit : dealers chicanos, commerçants coréens, infirmière, sapeur pompier, militaire, graffeurs, junkies…

Fate a vingt-cinq ans. Il en a vu des vertes et des pas mûres. Faut être sacrément sur ses gardes pour vivre aussi longtemps. Dix ans qu’il est dans le business.

Page 46 - Payasa

Toutes les nouvelles sont exactement identiques. Partout, à L.A., les commerces coréens ont été ignorés par la police et les pompiers. En fait, c’est pour ça que nous sommes là, à l’arrière de la Toyota à hayon de M. Park, en route pour Wilshire, on patrouille dans notre propre quartier, parce que personne d’autre ne le fera. Voilà pourquoi je suis armé.

Page 150 – John Kim

Les personnages se dévoilent, racontent leur passé, l’origine de leur blaze, leur arrivée et ascension au sein du gang, l’utilisation des différents membres ainsi que leurs manières de faire ou les soucis vécus par ceux cohabitant à leurs côtés.

A l’issue de ces Six Jours, cinquante-trois personnes sont mortes. Officiellement. Car pour les (nombreuses) autres, leur lien avec les émeutes n’est pas avéré ou n’a pas voulu être fait.

Page 375

La lecture est rapide malgré ses 432 pages, presque trop. Le style est saisissant, percutant, réel, glaçant. J’ai eu l'impression d'y être.

Ryan Gattis mène superbement son récit, et l’on ressent les très nombreuses recherches qu’il a faites et compilées pour l’écrire. Chaque chapitre s’ouvre sur une ou plusieurs citations, sur fond noir, aux lettrages de journaux, de sources diverses, entremêlant la réalité à la fiction, pour nous démontrer toute la complexité et l’entrelacs de ces Six Jours.

Ces Six jours ne semblent pas si éloignés que ça de nous malgré les 24 ans passés. Et ne semblent être qu’une redite d’émeutes plus lointaines mais redondantes

Le meilleur moment pour circuler à L.A. c’est quand L.A. crame. Délire ! Encore plus rigolo ; des jours comme celui-ci, t’en as tous les vingt ans.
(…) On a tous un abuelo qui a une bonne historie à ce sujet. C’était quoi, 1944, ou un peu après ? Bon j’étais pas si loin.
Donc ce truc-là, c’était une histoire de couleur de peau.
(…) Sauf qu’ensuite ils oublient. Et ils oublient même avoir condamné ces faits. Et pendant un certain temps il se passe rien. Mais rien est réparé non pus. Le terrain s’assèche, prêt pour que le feu reprenne. Et c’est là que Watts se produit. Qui a explosé dans les années 1960, je crois bien.
(…) Ensuite après Watts, la même chose se reproduit, c’est ça ?
(…) Et les trucs ont pas changé depuis. Donc ça fait, quoi ? Vingt ans d’écart entre les émeutes raciales ? Assez longtemps pour que tout le monde ait à nouveau oublié, hein ? Vu qu’on est en 1992, putain, et donc ça fait quoi ? Genre trente ans ? Probablement un peu moins. Ça compte pas. Vu comment elles éclatent, celles-là, il était temps.
Ce truc est comme un prêt bancaire. Avec intérêt.

Pages 136-137 – Lil Creeper

Page 12

Des inégalités moindres peut-être mais une pauvreté/précarité grandissante qui ne nous semble plus si étrangère, même de l’autre côté de l’Atlantique.

« Est-ce que c’est fini, genre fini de chez fini ? Est-ce que ça va se tasser, maintenant que Joker, trouble et Momo ne sont plus là ?
(…)
« Il restera toujours quelqu’un de la famille d’une victime, hein ? » Elle dit cela sur un ton très las, comme une grand-mère. « Ou des homies qui suivent quelqu’un…
-T’as pas tort, je dis, mais si t’aimes pas payer, alors faut pas jouer. »

Page 303 – Apache.

Une lecture que je vous recommande particulièrement et dont on ne ressort pas indemne.

Un roman coup de cœur/coup de poing qui fera l’objet d’une relecture pour en saisir tous les aspects.

Il participe à quatre challenges :

challenge rl jeunesse

challenge 1gmchallenge 1gm

Belles lectures,

Blandine.

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