Deux familles pour Lulu. Agnès LACOR (Dès 8 ans)

Publié le 11 Mai 2016

Deux familles pour Lulu. Agnès LACOR (Dès 8 ans)

Deux familles pour Lulu

Agnès LACOR

Illustration de couverture de Frédéric REBENA.

Editions Les Incorruptibles avec l'aimable autorisation des Éditions Bayard, octobre 2015 (février 2014)

144 pages.

Dès 8 ans.

Thèmes abordés : Famille d’accueil, recomposition familiale, déménagement, amitiés, école, nourriture.

Lulu est un jeune garçon de 10 ans, trimballé par les services sociaux de famille d'accueil en famille d'accueil depuis que sa mère, Véronique, l'a mis au monde à 16 ans.

Même si elle est plutôt comme une grande sœur que je ne vois pas souvent, je suis content qu’elle existe. Elle est tête en l’air, pourtant elle n’oublie jamais mon anniversaire. Elle aurait pu m’abandonner, accoucher sous X comme on dit, mais elle a refusé. Y’en a qui trouvent que c’est égoïste de sa part de ne pas m’avoir abandonné car si elle l’avait fait, j’aurais pu être adopté et je serais sûrement allé dans une famille normale avec des frères et sœurs. Ça m’aurait plu, c’est vrai, sauf que je ne suis pas d’accord avec eux. La vérité c’est qu’elle m’aime. Elle n’a pas voulu me donner, et c’est ça le plus important.

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C’est le plus important même si elle n’appelle pas souvent et vient encore moins le voir. Il sait la chance qu’il a de l’avoir, comme elle est.

Mais une famille normale et aimante, c’est ce que Lulu aimerait aussi avoir. Une maman qui lui fait de bons p’tits plats, un papa qui l’emmène au camping, des choses à apprendre et à partager. Mais il n’a jamais rencontré ce portrait idéal dans aucune des familles dans lesquelles il a atterri. Et de se demander pourquoi elles accueillent des enfants puisqu’elles semblent ne pas les aimer. La dernière en date, les Grandet, était particulièrement mauvaise. Mais sa vengeance a été à la hauteur !

Et c’est ainsi qu’il arrive chez Madame Fournier. Sa première impression est verte, et cette couleur n'est pas synonyme de bon signe. Lulu voit des couleurs émaner des gens et des lieux et cela détermine généralement plutôt bien ce à quoi il doit s'attendre. Généralement, car bien vite, il se sent bien chez Madame Fournier, bientôt appelée Monique. Et aussi avec son mari Jean-Mi, routier donc assez absent, et des autres enfants accueillis, Antoine, Caroline et Amélie. Enfin une famille qui s'occupe bien de lui, chez qui il se sent heureux et mange bien, qui fait attention à ses goûts, ses humeurs, qui l’écoute et le conseille. Et à l’école, même si Charles l’ennuie un peu, il est heureux dans la classe de Mlle Berthier, ses notes deviennent bonnes et il se fait plein de copains.

Alors qu’il a trouvé sa place, sa mère lui annonce qu’elle va bientôt pouvoir le reprendre chez elle. Elle a un travail, un petit ami qui s’appelle Joseph et qu’elle compte épouser. Il est gentil et a une grande famille super sympa qui accueille Lulu à bras ouverts.

Mais ce dernier passe par tous les sentiments. Il se sent perdu, triste, tiraillé. Comment faire pour concilier et garder ces deux familles qu’il aime autant l’une que l’autre ?

Ce roman aborde subtilement les différentes nuances qui entourent le mot « famille », les parcours souvent chaotiques des enfants placés, les nombreuses situations auxquelles ils peuvent être confrontés, le débordement des services sociaux. Tout ceci est très bien saisi au-travers des différents portraits que Lulu croise. Cet aspect du roman, très bien décrit dans la première partie, est dérangeant et très réaliste. Et ce d’autant plus que la seconde est presque trop belle, rapide. Ma fille et moi n’avons pas accroché à la conclusion trop « happy end », peu crédible en regard du début, même si elle est évidemment souhaitable pour tous ces enfants.

Il y a un autre aspect que j’ai trouvé très intéressant mais pas exploité sur la longueur : les couleurs. Lulu y est très sensible, les détaille et les voit s’échapper des gens, et dont le bleu est une couleur de bon augure, franche et optimiste.

Je vois toujours des couleurs partout. La famille des mes rêves, elle serait gris-bleu comme les yeux de ma mère. C'est une couleur douce qui me fait du bien.

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Cela m’a immédiatement renvoyée au roman de Daniel Tammet, autiste asperger, Je suis né un jour bleu. Très présentes au début de l’histoire, elles disparaissent très rapidement, alors que Lulu croise de nouveaux personnages ou change de regard sur ceux qui l’entourent.

Ce roman participe au Prix des Incorruptibles 2015-2016, pour la sélection CM2/6e, grâce auquel j’ai lu ce roman. Car sa couverture, bien que jolie, ne m’attirait pas, à l’inverse de sa thématique. Et il participe au Challenge que Bouma leur a dédié.

challenge 1gm                   

 

L’an passé, dans la sélection 3e/Lycée des Incos, se trouvait ce roman d’Eva Kavian sur les enfants placés et les services sociaux : Ma mère à l’ouest. Un coup de cœur

Belles lectures et découvertes,

Blandine.

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Rédigé par Blandine

Publié dans #Jeunesse dès 8 ans., #Prix des incorruptibles, #Famille, #Amitié

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Nancy 11/05/2016 22:03

Très belle idée la synesthésie, et puis le thème du roman est touchant.
Quant à la "happy end peu crédible" des romans, c'est en effet un piège d'écriture pas facile à éviter ni à gérer parfois ;-)
Belle soirée à vous !

Blandine 14/05/2016 13:51

Oui c'est dommage qu'elle ne soit pas plus exploitée tout au long du roman...
Pour la fin, oui j'imagine! j'ai fait exprès de mettre les deux liens vers les chroniques de Sophie Hérisson et Bouma pour contrebalancer mon point de vue, qui n'est pas négatif pour autant!
Bon week-end à vous :-)