Didgeridoo. Frédéric MARAIS - 2014 (Dès 5 ans)

Publié le 3 Février 2016

Didgeridoo

Texte et illustrations de Frédéric MARAIS.

Éditions Les Fourmis Rouges, septembre 2014.

Dès 5 ans.

Notions abordées : légende, voyage, Australie, instrument de musique, nature.

J’ai toujours été attirée par la manière dont les Hommes, ici ou là sur la Terre, avaient imaginé construit, forgé leurs légendes pour expliquer le monde. Et comment elles étaient parvenues jusqu’à nous.

Dans cet album, point de mystère, rien qu’au titre et à la couverture, nous savons que nous embarquons pour le nord de l’Australie, à la rencontre de ses aborigènes. J’avoue que pour moi, les deux mots étaient liés. Or, « aborigène » désigne un individu dont les ancêtres sont les premiers habitants connus de sa terre natale, donc qui ne s’applique pas qu’à l’Australie.

Revenons à l’album.

Frédéric Marais nous conte ici, en trois tons (orange, bleu foncé et blanc), l’origine de la création du monde selon les aborigènes, avec la découverte, fantastique et garante d’équilibre qu’est le didgeridoo.

A l’aube des temps, le ciel embrassait presque la terre. L’espace qui les séparait était à peine suffisant pour permettre à la vie d’être.

Les aborigènes racontent qu’au début du monde le ciel était si bas que les crocodiles avaient mangé les étoiles.

Les animaux, comme les humains, évoluaient dans cet espace restreint, éteint, sans pouvoir se dresser, sauter, bondir et encore moins s’envoler. Aucun arbre ne se dressait vers le ciel, seuls le pouvaient quelques brins d’herbe.

Jusqu’au jour où un jeune garçon trouva un long, solide et creux bout de bois.

Il eut l’idée de le placer debout et de lui faire pousser le ciel, qui lentement bougea, s’éleva. Et la nature avec.

Les animaux et les Hommes purent se redresser, marcher et non plus ramper.

Le paysage se métamorphosa, prit du relie, l’horizon se développa.

Encore encore, toujours plus haut.

Jusqu’à sa place actuelle.

Ainsi placé au sommet du monde, le jeune garçon souffla dans le bout de bois, obstrué par des insectes. Ceux-ci s’envolèrent dans le ciel et se transformèrent en étoiles, tandis qu’un son vibrant résonnait dans l’air pour la première fois.

Ainsi fut découvert le didgeridoo. Bien plus qu’un instrument de musique, il est devenu art et arme pour permettre aux hommes de repousser le ciel vers le haut s’il lui reprenait l’envie de descendre.

Cette crainte me fait inévitablement aux Gaulois (Astérix !), qui disaient n’avoir peur que d’une chose que « le ciel ne leur tombe sur la tête », ce qui revenait à dire, qu’en réalité, ils n’avaient peur de rien (devant Alexandre le Grand)!

Les étoiles me font penser à Nout, la déesse égyptienne du ciel, qui arque son corps au-dessus de Geb, son époux, le dieu terre.

Il est intéressant de découvrir que toutes les mythologies sont plus ou moins liées. Et que malgré leur éloignement géographique, elles peuvent être sensiblement similaires, ou proches et très dissemblables. Faire la connaissance d’une, donne envie d’en savoir plus sur les autres.

Joueur aborigène de Dideridoo: Spirit of Meditation - Native Didgeridoo. cliquez sur l'image pour accéder à la vidéo.

Le didgeridoo est un instrument de musique à vent dont l’usage pourrait remonter à l'âge de la pierre (entre 20 000 ans et 60 000 ans).

Traditionnellement, son corps est formé par une branche de bois (eucalyptus, gommier, acacias, bambou), naturellement creusée par des termites et dont l’embouchure a été recouverte de cire d’abeille pour qu’elle en soit pas trop large pour la bouche (entre 3 et 6 cm). Sa longueur varie entre 1 et 2m.

Beaucoup sont ensuite peints suivant une symbolique forte associée au rêve, grâce à la méthode du dot painting, qui peut s’apparenter, de loin, au pointillisme. Et que l’auteur s’est approprié pour pouvoir illustrer son album.

Pour en savoir plus sur l’art aborigène, cliquez ICI ou LA.

Didgeridoo. Frédéric MARAIS - 2014 (Dès 5 ans)Didgeridoo. Frédéric MARAIS - 2014 (Dès 5 ans)Didgeridoo. Frédéric MARAIS - 2014 (Dès 5 ans)

Les joueurs de didgeridoo font vibrer leurs lèvres pour pouvoir produire différentes sortes de sons et harmonies, dont le plus connu est le bourdon.

Ils sont souvent recouverts de peintures corporelles blanches, que l’on retrouve dans l’album, tant sur le jeune garçon que sur les animaux, en contraste avec la forte domination du orange.

Si avec mon 6 ans, nous avons aimé l'histoire, le travail plastique et la recherche illustrative, nous n'en avons pas aimé le rendu, trop criant à cause de cette couleur. Qui paradoxalement sied très bien à l’album et qui sera un atout pour d’autres lecteurs. Car il ne laissera pas indifférent, et c'est bien là ce qui compte!

Le texte est succinct mais riche, empli de sonorités. Et il permet de découvrir la faune et la flore de ce pays

Par contre, il a permis la rencontre de mon fils avec cet instrument, dont il adore le son, nous permettant de découvrir toutes sortes de mélodies sur YouTube, en association avec d’autres, parfois bien étranges, tel le hang (et le groupe Hang Massive).

Le groupe de rock australien Midnight Oil (séparé en 2002) intègre le didgeridoo sur quelques-uns de ses albums.

Voici une autre légende autour du didgeriddo, qui rejoint celle de l’album. Source.

« Au commencement, tout était froid et sombre.
Bur Buk Boon était en train de préparer du bois pour le feu afin d’apporter protection, chaleur et lumière à sa famille.
Bur Buk Boon remarqua soudain qu’une bûche était creuse et qu’une famille de termites grignotait le bois tendre du centre de la bûche.
Ne voulant pas blesser les termites, Bur Buk Boon porta la bûche creuse à sa bouche et commença à souffler.
Les termites furent projetées dans le ciel nocturne, formèrent les étoiles et la Voie lactée, illuminant le paysage.
Et pour la première fois le son du didgeridoo bénit la Terre-Mère, la protégeant elle et tous les esprits du Temps du rêve, avec ce son vibrant pour l’éternité. »

Didgeridoo. Frédéric MARAIS - 2014 (Dès 5 ans)

Je vous ai déjà présenté un album de Frédéric Marais : Sequoyah.

Ce titre participe au Prix des Incorruptibles 2015-2016, sélection CP, et au Challenge que Bouma leur a dédié.

challenge 1gm 

Ainsi qu’au Challenge « Je Lis aussi des Albums 2016 » de Sophie Hérisson et au “Petit Bac 2016” d’Enna, pour ma première ligne, catégorie objet.

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Nathalie 03/02/2016 13:05

L'histoire me plaît bien par contre je ne suis absolument pas attirée ni par la couverture ni par les illustrations... Est-ce que tu connais les romans policiers d'Arthur Upfield ? Il est considéré comme le père du polar ethnologique (dixit wikipédia) grâce à son inspecteur Napoléon Bonaparte (né de mère aborigène et de père européen)... J'aime beaucoup les couvertures des éditions 10-18 : http://www.10-18.fr/site/la_collection_grands_dtectives_&140&3&4&1.html?IDAUT=4584

Blandine 04/02/2016 16:31

Ses couvertures sont en effet très sympas et se rapprochent de l'art aborigène oui! Je les et le découvre grâce à toi!
Pour l'album, quelque part, je trouve ce parti-pris illustratif d'autant plus intéressant qu'il permet d'avoir un avis tranché et non en demi-teinte sur l'album. Il ne laisse pas indifférent!