Ma mère à l’Ouest. Eva KAVIAN.

Publié le 20 Décembre 2015

Ma mère à l’Ouest. Eva KAVIAN.

Ma mère à l’Ouest.

Eva KAVIAN.

Editions Mijade, octobre 2012.

192 pages.

Dès 14 ans.

Thèmes abordés : maternité, handicap, séparation, transmission familiale, petite et grande histoire.

Derrière un titre qui pourrait prêter à sourire, une couverture simple mais qui fait déjà réfléchir car en contradiction avec les mots, Ma mère à l’ouest est une lecture forte. D’ailleurs, nous sommes prévenus par l’auteure dès l’incipit que ce roman ne nous laissera pas indemne, et c'est bien vrai!

Ma mère à l’Ouest est le récit d’une filiation, d’une hérédité un peu trop lourde à porter, une histoire de femmes et de maternité.

Un coup au cœur.

C'est l'histoire, peu banale, ou justement tristement banale, d'une jeune fille, Sam, retirée à sa mère, Betty, un peu trop à l'ouest, comprenez débile, lorsqu’elle avait six ans. Prise en charge par les services sociaux, « pour son bien », elle est ballottée de famille d’accueil en famille d’accueil.

Maman et Papa ont décidé de la changer d’école pour l’aider à se détacher de sa vie d’avant. Ils ont trouvé une meilleure école. Sam ne leur a pas dit qu’elle était contente de ne plus voir les enfants qui disaient que sa mère était une grosse dondon pas plus qu’elle ne leur a dit que ce serait plus simple pour elle, de ne plus devoir faire semblant de ne pas savoir lire pour ne pas dépasser le niveau de connaissances de Betty. Elle n’a pas pensé à cela. Elle avait compris que chaque fois qu’elle pensait à Betty, elle était triste ou gênée ou les deux, alors elle avait suivi les conseils de sa nouvelle maman qui voulait son bonheur. Le gros caillou glacé qui était dans son ventre était devenu une force.

Page 28.

Elle est espérante, en mal d’amour, délaissée, sans point d'attaches, sans avoir le temps de tisser un lien, avec le caillou glacé toujours au cœur de ses entrailles, des souvenirs flous dont une vague promesse, remplacés par une sourde révolte, et sans plus aucun espoir, ni confiance, ni attente...

Enfin c'est ce qu'elle croit...

Ce qui nous unissait dépassait les choix individuels et les similitudes chromosomiques. Nous étions des épaves échouées sur la même plage, des détritus abandonnés sur le même trottoir de la honte, on avait recyclé nos enfances et d’autres mains que les nôtres avaient écrit nos histoires mais nous étions là, avec cet enfant nous expulsant de notre jeunesse comme d’un utérus impatient, prématurés.

Page 137.

J’ai été heurtée par cette lecture qui est toujours en moi, alors que j’ai fini d’en tourner les pages il y a quelques mois et qui entre en résonnance avec plusieurs lectures faites depuis…

Le poids des transmissions familiales, la reproduction des schémas familiaux, la famille ou de la vision qu’on en a, qu’on nous impose, et les souvenirs que l’on garde…

Et l’amour maternel ...

C’était quoi, l’amour d’une mère ou d’un enfant ? Les concepts en étaient encore au stade de déflagrations tripales, de jets de larmes et de premiers bafouillages hésitants.

Page 128.

Ce roman est un concentré de solitudes, d’ignorances, d’impuissances et finalement de violences. Petites, grandes, réparables, fortifiantes aussi.

Pour alléger le récit, l’auteure a adopté un mode de narration en deux temps, alternant les polices d’écriture.

Chaque évènement de l’histoire de Sam, et même d’avant sa naissance, est associé à un évènement historique international.

Pour l’Histoire comme pour notre histoire, il y a les évènements et la lecture qu’on en fait. A chaque étape de notre vie, les évènements passés sont repassés à la moulinette. On leur donne un nouveau sens, on trouve d’autres liens. Tu as déjà entendu parler de résilience ? De Cyrulnik ?

Page 92.

Cette incrustation de la petite dans la grande Histoire floute les repères spatio-temporels, rendant cette histoire d’ici et d’ailleurs. Partout, la différence est montrée du doigt, fait peur, exclut, victimise.

La fin nous offre un flash-back sur ce qui est arrivé aux autres, à ceux que Sam a côtoyés et ce à quoi elle a échappé finalement en devant les quitter, tout en endurant, en inscrivant, en construisant sa propre vie, dans ce flot continu d’histoires entremêlées.

Cependant, cette fiction sonne trop vrai pour être reléguée dans ce cadre. Et en effet, l’auteure s’est inspirée de vraies vies et de structures existant réellement en Belgique pour écrire son roman. Ceci nous est dévoilé dans ses remerciements à l’égard des habitants de la résidence Frère Mutien du Babin. CLIC ou CLIC.

Ma mère à l’Ouest. Eva KAVIAN.

Qui est Eva Kavian ?

Née le 15 juin 1964 en Belgique (francophone), elle a travaillé quelques années en hôpital psychiatrique, suivi une formation psychanalytique, puis une autre pour animer des ateliers d’écriture. Elle est la fondatrice de l’Association Aganippé- Ateliers d’écriture littéraire.

Les ateliers d'écriture d'Aganippé se veulent être un lieu, un « séjour agréable », qui suscite en chacun la démarche vers sa propre écriture. Un lieu où trouver ce « quelque chose » qui fait écrire. Au fil du temps, la spécificité de nos ateliers s’est précisée et nous nous inscrivons clairement dans les ateliers de création littéraire de type formatifs (permettant et suscitant une évolution en plusieurs niveaux, du débutant au romancier), pour un public adulte.

Ce titre a fait partie du 26e Prix des Incorruptibles pour la sélection 3e/2de et participe au Challenge «Petit Bac 2015 » d’Enna pour ma sixième ligne, catégorie Gros mot.

Belles lectures et découvertes,

Blandine.

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