L’anniversaire de la salade. Machi TAWARA (Poèmes)

Publié le 27 Juin 2015

L’anniversaire de la salade. Machi TAWARA (Poèmes)

L’anniversaire de la salade.

Machi TAWARA

Editions Picquier Poche, octobre 2010. (Japon, 1987)

Traduit du japonais par Yves-Marie ALLIOUX.

137 Pages.

Thèmes abordés : vie au Japon, poésie, tankas, amour.
L’anniversaire de la salade. Machi TAWARA (Poèmes)

C’est ce titre rigolo qui m’a fait acheter ce livre, presqu’aussitôt lu.

L’anniversaire de la salade est un recueil de poèmes japonais dont l’écriture est concise, stylisée, brute parfois mais extrêmement codifiée. Car la jeune femme utilise la forme de poésie nippone la plus ancienne, considérée comme l’expression la plus élevée de la littérature, le tanka.

Apparu avant le haïku, il signifie littéralement chant court et se compose de 31 mores sur cinq lignes et ne comporte pas de rimes.

Il se base sur l’observation et non la réflexion et prend souvent comme sujet les sentiments, reflet du vécu de leur auteur… Mais il retranscrit également la réalité japonaise, à la fois dans ses traditions comme dans sa modernité, dans des menues choses universelles mais si intimes…

Machi Tawara nous plonge dans sa vie de la jeune femme, entre ses 20 et 24 ans.

Elle nous décrit son quotidien, ses loisirs, ses amours qui vont et viennent, ce qu’elle aime, ses idoles, sa vie de professeure au lycée.

De ta main gauche chacun de mes doigts
Un à un tu les cherches et ce geste même
est peut-être l’amour

Page 9, dans Matin d’août.

Coupe de cheveux et aussi tour de taille
Donnent aux élèves de quoi discuter je crois
Devant eux sur l’estrade

Page 57, dans Le lycéeHashimoto.

Notre histoire a commencé
Avec un billet non valide
Pour toute interruption de parcours

Page 74 dans L’anniversaire de la salade.

Je voudrais bien finir par te déclarer
Mon amour mais il me faudrait un peu quitter
Ce périmètre de sécurité

Page 91 dans Bonne chance !

Le succès de ce recueil a été fulgurant. Plus de huit millions d’exemplaires vendus dans le monde, plus trois millions au Japon, dont un rien que le premier mois, du jamais vu et de quoi faire pâlir d’envie n’importe quel auteur !

Cette édition s’enrichit de trois postfaces :

*Celle de Sasaki Yukitsuna, lui-même écrivain et professeur de tankas, grâce à qui Machi s’est mise à écrire.

Au sujet de leurs premières rencontres : Parler d’un flot débordant serait une expression encore trop faible : les tankas lui venaient, semble-t-il, comme dans un jaillissement spontané. Sans doute cette musique qui lui était propre et qui dormait au fond d’elle-même, grâce à sa rencontre avec le tanka, s’était-elle éveillée, ébranlée, avait-elle commencé à retentir. Elle avait découvert, autrement dit, sa musique intérieure. Et les tankas, chez elle, jaillissaient avec la même violence en somme que celle qu’on peut imaginer durant les premières heures du réveil d’un volcan éteint. (Page 109.)

*Celle de l’auteure :

Parce que vivre, c’est chanter la vie. Et que chanter la vie, c’est vivre. (Page 117.)

J’ai eu le coup de foudre pour ces trente et une syllabes. Baguette magique de cette séquence 5-7-5-7-7 qui nous est parvenue en lignée ininterrompue depuis mille trois cents ans. Tension d’avoir à trancher pour rejeter. Ou plénitude d’avoir tranché pour conserver. Tel est, d’après moi, le charme du tanka. (Page 119.)

Dans mon petit discours de réception du prix du tanka Kadokawa, je me suis demandé alors si ce prix serait un début ou une fin. Au moment de terminer la composition du présent recueil, cette interrogation est devenue encore plus pressante. Mais je voudrais m’efforcer d’être toujours à un « début » de moi-même. (Page 121.)

*Celle du traducteur, Yves-Marie ALLIOUX.

Il nous décrit ses sentiments face à la traduction de ce recueil, d’abord réticence puis attirance pour la production d’une jeune prodige de vingt-quatre ans qu’on hésitait pas cependant à nommer en français, avec un brin de condescendance, « une poétesse du fast-food ». (Page 124.) Mais aussi les difficultés propres au sujet : l’inconvénient majeur de « haïkiser » en quelque sorte le tanka dans l’esprit d’un lecteur francophone non averti, habitué désormais à cette présentation du haïku en trois lignes, présentation elle aussi d’ailleurs largement arbitraire par rapport aux standards calligraphiques ou typographiques japonais (Page 131), tout comme de savoir où couper, s’il faut, ou non, ajouter des majuscules ou de la ponctuation, pour insuffler un rythme, une pause à la lecture. Et de suivre les recommandations de l’auteure : Le critère que je demande de respecter à chacun des traducteurs est de choisir, autant que possible, des mots ou des combinaisons de mots qui produisent un sentiment rythmique dans leur propre langue. (Japanese Book News, N°20, Winter 1997, The Japan Foundation) (Page 129).

Une triple postface très intéressante, qui nous éclaire sur cet art qui, jusqu’alors, m’était inconnu !

L’anniversaire de la salade. Machi TAWARA (Poèmes)

Quelques mots sur Machi Tawara qui apparaît sur la couverture de ce recueil :

Elle est née le 21 décembre 1962 à Osaka. Elle a commencé à écrire des tankas en 1981, sous l’influence du poète Yukitsuna Sasaki. Elle enseigne le japonais dans un lycée de Kanagawa jusqu’en 1989 pour devenir indépendante et se consacrer à l’écriture en tant que poétesse et traductrice.

En 1986 elle reçoit le 32ème prix Kadokawa de tankas avec le Matin d'août (Hachi-gatsu no asa). En 1987, elle publie donc son premier recueil L'anniversaire de la salade (Sarada Kinenbi). En 1991 elle publie son deuxième recueil de tankas, et en 1997, son troisième La révolution du chocolat (Chokorēto kakumei).

Elle est devenue mère célibataire d’un petit garçon en 2003.

En 2004 elle a sorti son premier roman, Triangle (Torianguru), qui a été adapté en film sous le titre TANNKA.

En 2005, elle publie son quatrième recueil, avec encore un nom attractif, Le Nez de Winnie l’Ourson (Pū-san no hana).

J’espère vous avoir donné envie de découvrir cette auteure, et ce recueil en particulier. Pour ma part, je vais essayer de trouver ses autres œuvres bien vite !

Belles lectures et découvertes.

Blandine.

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Nancy 27/06/2015 10:52

Oh oui, je suis très curieuse de découvrir son livre ...Une écriture si différente de ce que nous avons l'habitude de lire, si précise ...Je n'ose imaginer la difficulté et le temps que cela doit demander !
Bon week-end à vous Blandine !

Blandine 27/06/2015 23:19

Tout à fait! Mais je crois aussi que cela lui vient spontanément!
Les poèmes dégagent cette vivacité et cette fraîcheur.

Bon dimanche à vous :-)