Moi, Dora Maar. La passion selon Picasso. Nicole AVRIL

Publié le 28 Avril 2015

Moi, Dora Maar. La passion selon Picasso. Nicole AVRIL

Moi, Dora Maar.

La passion selon Picasso.

Nicole AVRIL

Editions Pocket, février 2003.

247 pages.

Thèmes abordés : amour passionnel, roman biographique, Histoire, Arts, Picasso.

Je vous ai déjà un peu parlé de ce roman dans mon article sur Guernica, en vous livrant quelques extraits.

http://www.pablopicasso.org/guernica.jsp

http://www.pablopicasso.org/guernica.jsp

Dora Maar, spectatrice privilégiée de l’élaboration de cette œuvre, en fut en quelque sorte l’instigatrice.

Engagée avec le groupe Contre-Attaque, elle l’encourage à prendre parti en faveur des Républicains espagnols. Et son engagement à lui ne peut passer que par l’Art.

Picasso m’a demandé de photographier l’œuvre dans ses différentes phases, on pour en fixer les étapes, mais pour en montrer les métamorphoses.
Tu entres dans ma tête dit-il. Tu montres comment le rêve, plutôt le cauchemaar, s’incarne dans la réalité de la création. Il s’en tient à ce genre de commentaire, persuadé que la réalité de Guernica n’a rien à voir avec les mots. Seule l’image photographique peut aider à raconter l’histoire de son tableau.

Page 54

Moi, Dora Maar. La passion selon Picasso. Nicole AVRIL

Dora, elle-même artiste, peintre mais surtout photographe, immortalise le travail de Picasso et la maturation de l’œuvre, pendant que lui-même l’insère dans la toile, la femme à la lampe…

Tu me disais que, dans Guernica, j’étais la porteuse de lumière. C’est ainsi que tu me voyais. Le fanal à la main, cherchant une issue au milieu du carnage.

Page 68

La femme qui pleure. 18 octobre 1937. Dora Maar n'est plus seulement la femme qui pleure mais celle qui guide, lampe à la main... (photographie personnelle)

La femme qui pleure. 18 octobre 1937. Dora Maar n'est plus seulement la femme qui pleure mais celle qui guide, lampe à la main... (photographie personnelle)

Autoportrait, 1935
Autoportrait, 1935

Dans un récit à la façon d'une autobiographie, Nicole Avril se fond dans le personnage de Dora Maar, née Theodora Markovitch en 1907, et qui fut la muse et l’amante de Pablo Picasso durant 8 ans... De l’été 1936 (commencement de la guerre civile espagnole, quelle coïncidence !) à 1944, lorsqu’il la quitta pour Françoise Gillot.

Ce récit, qui utilise le JE et le TU, dans un dialogue à sens unique, est douloureux, coloré, écartelé. La narration l’est tout autant, abîmée. Le roman se situe en 1973, trois mois après la disparition, réelle et cruelle, de l’être aimé mais fait constamment des allers et retours entre le passé avant la rencontre avec Picasso, pendant, après, bien après et même d’outre-tombe…

Mourir de ne pas mourir.

Dora vivra confinée entre deux mondes, deux époques, sortant et travaillant peu, entre Ménerbes (sa maison offerte par Picasso) et son appartement parisien, 6 rue de Savoie. Jamais elle ne montera, cèdera, vendra ce qu’il lui a donné…

Dora mourut en 1997.

Personne ne verra, au 6, rue de Savoie, les tableaux, les dessins, les objets, les petits papiers, les traits d’amour, les mots de tendresse. Collection privée. Défense d’entrer. Sur ce dessin de Mougins, le 11 septembre XXXVI, n’écrivais-tu pas, peint par cœur ? Notre histoire n’apparaîtra qu’après nous.

Page 41.

A Antibes
A Antibes

Le roman nous dresse un portrait de Picasso à double tranchant.

Fascinant, il est aussi dérangeant, peu flatteur, corrosif aussi. Il apparaît prolixe, généreux, mais aussi cruel, matérialiste, mercantile (moins que Salvador Dali cependant) et très conscient de son pouvoir. Sur les gens, les femmes, l’argent. Il s’amusera à titiller Dora, dans son orgueil, dans son amour blessé, jusqu’à lui faire dire devant sa nouvelle conquête qu’entre eux c’est bel et bien fini.

Cependant, bien que Nicole Avril fasse parler son personnage avec le JE, on se demande qui est le personnage principal. Est-ce vraiment Dora Maar ? N’est-ce pas plutôt Picasso ? Le sous-titre entretient l’ambigüité…

La seule et unique passion de Picasso, celle qui surpassa toutes les autres et son amour des femmes, ce fut bien celle de l’Art (la peinture a dit sa mère) ! Une dualité que ses différentes compagnes n’arrivèrent pas toujours à combiner. Alors qu’Olga, et surtout Marie-Thérèse, ne voyaient en lui que l’Homme, et refusaient de voir son Art, Dora était leur opposé...

Une passion stimulante, encourageante, des œuvres communes (Picamaars), mais une passion également destructrice. Une passion qui l’a consumée jusqu’à la folie, ne la laissant vivre que dans son sillage, son souvenir.

Il n’empêche qu’ils se sont aimés, d’un amour certain, d’une passion à la fois créatrice et dévorante, brutale, dans un contexte qui ne l’était pas moins. Mais dans cette période troublée, leur amour né de cela, pouvait-il en réchapper ?

Après lui, j’ai cessé d’être photographe. J’avais eu le privilège de fixer sur le papier Guernica aux différents stades de son élaboration. Des photos qui n’ont pas d’équivalents car l’œuvre qui les a engendrées n’en a pas, n’en aura jamais. Après lui, mes appareils ont cessé d’être les prolongements de moi-même. Quand les désirs vous abandonnent, pourquoi continuer sans eux ? Pourquoi vouloir rendre son regard plus aigu, sa mémoire plus fidèle, ses bras plus avides d’étreindre la vie ? Quand il ne fut plus là, mes membres mêmes me pesèrent.

Page 23.

Moi, Dora Maar. La passion selon Picasso. Nicole AVRIL

Une lecture parfois difficile à suivre, dense, compacte. Il m'a fallu la reprendre. Des phrases longues, peu de sauts de lignes, mais riche de détails, anecdotes, et donc enrichissante.

Roman lu dans le cadre du Challenge "Petit Bac 2015" pour ma deuxième ligne, catégorie Prénom.

Je vous laisse avec quelques peintures de Picasso la représentant, prises ici: CLIC.

La peinture de couverture du livre a été réalisée en 1936.

Blandine.

Portrait peut-être le plus connu, réalisé en 1937. Portrait de Dora Maar 5.

Portrait peut-être le plus connu, réalisé en 1937. Portrait de Dora Maar 5.

La femme qui pleure - octobre 1937. http://www.linternaute.com/sortir/sorties/exposition/picasso-dora-maar/diaporama/4.shtml

La femme qui pleure - octobre 1937. http://www.linternaute.com/sortir/sorties/exposition/picasso-dora-maar/diaporama/4.shtml

Portrait de Dora Maar - 1937.

Portrait de Dora Maar - 1937.

Dora Maar au chat - 1941.

Dora Maar au chat - 1941.

Figure (dora Maar) - 1945.

Figure (dora Maar) - 1945.

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Nancy 28/04/2015 10:14

Ce roman me semble poignant et entier, on ne doit pas ressortir indemne d'une telle lecture ...
Les phrases page 41 et 68 sont particulièrement poignantes et je suis fan du tout premier portrait.
Et puis cette "femme à la lampe"...c'est magnifique !
Merci pour cette belle découverte et belle journée à vous !

Blandine 28/04/2015 10:58

En effet!
Le portrait de Picasso en est un peu écorné! La lecture est un peu trop dense et la syntaxe difficile pour que cela soit un coup de cœur! Mais il restera, pour sûr!

belle journée à vous aussi!