Tous pareils, tous différents, et tous uniques (Histoire, albums, poèmes, chansons, artistes…)

Le 21 mars, c'était la Journée Mondiale pour l’élimination, de la discrimination raciale, en plus d’être celle de la Trisomie 21 et celle des Forêts.

Le racisme est une théorie, une idéologie, selon lesquelles tous les hommes ne sont pas égaux entre eux. Cette supériorité supposée de quelques-uns entraîne des comportements hostiles à l’égard d’une catégorie déterminée de personnes. Elle a souvent servi de fondement à des doctrines politiques favorisant et pratiquant les injures, exclusions, rejets, ségrégations, discriminations, exterminations (ou génocides)…

Les raisons sont multiples et ont, souvent, comme point de départ la couleur de peau, des préjugés et idées reçues. Mais s’y rajoutent les us et coutumes, les croyances, des pratiques diverses, qui nous séparent, croit-on souvent, à tort…

La Journée Internationale pour l’élimination de la discrimination raciale a été créée en 1966 pour rappeler au souvenir un funeste évènement de 1960 en Afrique du Sud.

A Sharpeville, la police a ouvert le feu sur des manifestants pacifistes qui dénonçaient les lois relatives aux laissez-passer imposées par l’apartheid.

69 personnes furent tuées.

Depuis lors, le but de cette Journée est d’arriver à éradiquer toute forme de discrimination raciale, quelque soit l’endroit, ou l’époque…

Après ce que le monde a déjà vécu, on pourrait croire qu’Il a tiré les leçons de l’Histoire, or il semblerait que non… Un nouvel abîme se profile, à moins qu’on y soit déjà…

C’est pourquoi le thème choisi pour 2015 est :

"Apprendre des tragédies historiques pour mieux lutter contre la discrimination raciale », Il s’agit de revenir sur les origines du racisme et de la discrimination raciale et de souligner la nécessité d’apprendre les leçons que l’histoire a pu nous enseigner afin de combattre ces fléaux. "

L’année dernière déjà, 2014, était l’occasion d’un triste anniversaire : celui des vingt ans du génocide rwandais où les haines raciales et ethniques avaient atteint un degré d’horreur paroxystique que Naomi Benaron a très bien su rendre dans son premier roman, Courir sur la faille.

2015, suite aux tragiques évènements survenus le 7 janvier dans les locaux de la rédaction du Journal satirique Charlie Hebdo, puis à l’Hyper Casher de la Porte de Vincennes, à Paris, l’antisémitisme a été rajouté.

Du 16 au 21 mars, ce débat s’est invité dans les écoles, collèges et lycées. Ceci entre dans le cadre de la Grande Cause Nationale 2015.

Ma fille ne m’en a pas parlé pourtant.

Alors que la loi du 8 juillet 2013 a réaffirmé avec force la mission de l’école de faire acquérir à tous les élèves le respect de l’égale dignité des êtres humains, de la liberté de conscience et de la laïcité, il apparaît nécessaire de redonner une impulsion nationale forte aux actions éducatives menées dans le champ de la prévention du racisme et de l’antisémitisme, de la défense et de la promotion des Droits de l’Homme et des principes fondamentaux de la République.

http://www.education.gouv.fr/cid66966/la-semaine-d-education-contre-le-racisme-et-l-antisemitisme.html

Au programme, débats, conférences, animations, ateliers, rencontres, théâtre, comme ici à Toulouse...

Des idéologies racistes découlent des pratiques à l’origine de massacres, tueries, exterminations plus ou moins organisées, qu’il faut condamner, dénoncer mais aussi prévenir.

Agir en amont pour que ces idées ne s’implantent pas, que les haines ne s’embrasent pas, et traduire devant la justice, et notamment la Cour pénale internationale, les coupables de tout ordre.

Les dialogues, la tolérance et le respect sont indispensables, surtout dans nos sociétés de l’information immédiate et universelle, qui a presque tendance à la banaliser, malheureusement.

Cette Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale est l'occasion pour chacun de nous de repenser au principe fondamental énoncé dans la Charte des Nations Unies et la Déclaration universelle des droits l'homme, celui de l'égalité de tous les êtres humains, et le mettre en pratique.

http://www.journee-mondiale.com/103/journee-internationale-pour-l-elimination-de-la-discrimination-raciale.htm

Voici quatre albums « coup de cœur »qui nous parlent de différences, oui, mais de celles qui nous enrichissent et qui nous rendent uniques et précieux pour chacun, et qui donnent des couleurs au monde et à la vie.

Sept milliards de visages

Peter SPIER

Éditions L’Ecole des Loisirs, collection « Lutin Poche », novembre 2009. (USA 1980)

Dès 3 ans

Notions abordées : Différences, vie, respect, voyages, traditions.

Cet album est petit par sa taille mais grand par son message !

Son titre m’a tout de suite attirée, car il résonne avec celui d’un documentaire de Yann Arthus-Bertrand : 6 milliards d’autres, qui est devenu 7 milliards d’autres.

http://www.france5.fr/et-vous/France-5-et-vous/Les-programmes/Archives/LE-MAG-N-3/articles/p-1543-6-Milliards-d-Autres.htm

http://www.france5.fr/et-vous/France-5-et-vous/Les-programmes/Archives/LE-MAG-N-3/articles/p-1543-6-Milliards-d-Autres.htm

Peu de texte mais beaucoup à regarder !

N’est-ce pas par l’exemple puis l’expérience que l’on comprend et apprend ?!

Cet album pourrait s’apparenter à un catalogue qui nous passe tous en revue, où que nous soyons sur Terre, dans notre aspect physique, nos habitudes de vie (vestimentaires, habitations, loisirs et j’en passe). Car il y a autant de différences que d’êtres humains et de tout ordre.

Tous pareils, tous différents, et tous uniques (Histoire, albums, poèmes, chansons, artistes…)

Mais au-delà, il nous décrypte, nous analyse.

Les gens sont drôles ! Ceux qui ont les cheveux raides veulent les avoir ondulés, et d’autres, qui les ont frisés, les veulent raides. Page 13.

Un album, indispensable, permet de s’ouvrir aux autres. Il invite au dialogue, au partage et à la découverte !

Tous pareils, tous différents, et tous uniques (Histoire, albums, poèmes, chansons, artistes…)

Tous différents

Un livre-jeu à emporter partout !

Texte de Céline CLAIRE et illustrations de Gwenaëlle DOUMONT

Editions Les p’tits Braques, mai 2013

Dès 5 ans

Notions abordées : Différences, livre-jeu, cherche-et-trouve, respect.

Voici 11 saynètes qui regorgent de vie et de détails. Elles se déroulent à la plage, au théâtre, ou sur un chantier… Et dans chacune, l’enfant, et même nous adultes, devons retrouver des personnages, des éléments disséminés ça et là …

On observe ce qui fait les différences entre nous tous : couleurs de peau, vêtements, handicaps, sentiments et goûts… chez les humains comme chez les animaux, en ville comme en plein désert…

Un album rigolo au texte concis, sans fioritures, pour s’amuser de nos différences, où l’enfant est pleinement acteur.

Des illustrations très colorées et brouillonnes, que ma fille adore ! A chaque fois qu’elle les voit, elle me le dit ! Un duo que nous avons déjà croisé dans l’album Superhéros, édité chez Vertpomme.

Certains disent que nous sommes tous différents, et d’autres que nous sommes tous pareils, comment s’y retrouver ? Alors, comment est-on ?

Tous pareils !

Petites pensées de sagesse caribou.

Edouard MANCEAU

Editions Milan Jeunesse, 2008.

Dès 4 ans.

Notions abordées : Différences, respect, sentiments.

Comme souvent en jeunesse, rien de mieux que les animaux pour faire passer un message ! Et chez nous, les caribous nous parlent !

Edouard Manceau met en scène des caribous (et non des grands cerfs ;-) ) pour analyser nos comportements, nos sentiments, nos petites et grandes absurdités.

Mais nous sommes tous pareils : on est parfois gêné lorsqu’on rencontre quelqu’un ou un groupe pour la première fois, on se sent moqué parce qu’on est habillé bizarrement ou que notre aspect physique dérange.

Nos caractères divergent aussi : certains sont timides, d’autres autoritaires, d’autres suivent et d’autres dirigent, certains soignent ceux que la guerre a abîmés, engendrée par d’autres…

Bref, cet album nous parle de nous !

Mais lorsqu’on enlève tout ça, la couronne, le déguisement, la panoplie de général, alors comment sommes-nous ?

Un super album aux illustrations géniales ! Les caribous et éléments de décors, minimalistes, sont faits de découpages de papiers cartonnés ou de tissus. Quatre couleurs dominent l’ensemble.

Mes garçons l’ont tout de suite adoré, à rechercher les détails, les différences ou similitudes ! On rit tous, on est tous pareils !

Cet album participe au challenge « Petit Bac 2015 » d’Enna, pour ma deuxième ligne, catégorie Animal.

Si tous les éléphants s’appelaient Bertrand…

Edouard MANCEAU

Editions Milan Jeunesse, 2011.

Dès 4 ans.

Notions abordées : Différences, respect, sentiments, animaux.

Ce n’est pas parce que nous sommes tous pareils, que pour autant, nous devons tous porter le même prénom !

Le petit éléphant de notre histoire le sait bien ! Car avant c’était ainsi et la cacophonie qui régnait au pays des éléphants n’étaient pas toujours joyeuse !

Comment se reconnaître les uns des autres, pouvoir adresser un présent à l’un mais pas à l’autre et être sûr qu’il lui parvienne bien, sans mille détours ?

Sept grands savants, tous des Bertrand, se sont un jour réunis pour trouver LA solution, mais aucune de leur proposition n’était acceptable, que ce soit pour tous ou pour seulement quelques-uns…

Du coup, ils en perdirent leur latin, et c’est en observant chacun, les goûts, sentiments, et attitudes que notre petit éléphant put nommer chacun de ses amis, non sans humour et souvenir !

Jeux de mots et rimes font chanter le texte, font appel à l’imagination des enfants ou à leur quotidien, que les illustrations rendent à merveille ! Images obtenues par découpage, aux couleurs un peu passées et minimalistes, elles ont fait leur effet, tout comme pour l’album précédent !

Je vous ai déjà présenté un album d’Edouard Manceau l’an passé, sélectionné pour le Prix des Incorruptibles CE1 2013-2014, C’est ’histoire d’une histoire. Gé-nial!

Homme de couleur

Illustrations de Jérôme RUILLIER

Éditions Bilboquet, collection « Trésor Bilboquet », juillet 2007

Dès 3 ans

Notions abordées : couleurs, différences, racisme, respect, poésie.

Voici un conte-poème issu de la tradition orale africaine et que je récitais en colonie de vacances.

Il a été écrit par Léopold SEDAR SENGHOR (CLIC), sénégalais et premier président de ce pays, et était initialement intitulé : Poème à mon frère blanc.

Un texte simple mais non dénué d’humour afin de mettre en images le racisme pour que les plus petits puissent se le représenter pour mieux l’éliminer.

Des couleurs qui décrivent les différentes étapes de la vie, comme les différents sentiments : la naissance, la mort, la peur, la colère et la joie…

Beaucoup de nos expressions associent nos états physiques aux couleurs : être vert de peur/de rage ; être rouge de colère ; rire jaune ; broyer du noir ; voir la vie en rose...

http://cissokomoussaditmoses02.over-blog.com/page/2

http://cissokomoussaditmoses02.over-blog.com/page/2

30 à 34/100 (110)

Ces cinq albums participent au Challenge « Je Lis Aussi des Albums 2015 » de Sophie Hérisson.

Dans l’interview que Caroline Pistinier m’accordait pur son album Clara et Bérénice (sur la trisomie 21), elle me disait que la différence faisait encore peur, notamment aux éditeurs, et qu’il était encore trop rare de voir un héros de couleur dans les albums.

Or, le livre jeunesse est un excellent support pour apprendre à nos enfants les différences des autres, et les nôtres par rapport aux leurs. C’est un pas vers la tolérance, le respect et l’enrichissement mutuel.

Dans mon article sur la trisomie 21, je vous retranscrivais une petite conversation que j’avais eue avec mon 5 ans, à propos de son ami E., trisomique 21. La voici dans son entier et complétée.

Je lui ai demandé s'il voyait une différence avec son copain, T21.
Il m'a répondu « Oui, Il n'a pas le même manteau, ni les mêmes chaussures, ni le même pull..."
Alors je lui ai demandé, "et sans les vêtements, êtes-vous pareils?" "Oui!".

Je lui ai reposé les mêmes questions par rapport à un petit garçon de couleur (d'ailleurs, si je dis noir, il me corrige en disant "marron"!), et avec un autre d’origine arabe.
Ses réponses ont été identiques.

Avant de critiquer et/ou juger quelqu’un, il faut avoir conscience que cet autre bénéficie de ce même droit et qu’il n’y a pas de normalité, à quelque niveau que ce soit.

Voici un site à destination des enfants, des professeurs ou animateurs, parents, très bien fait et pensé pour expliquer ce manière concise mais précise plusieurs engagements, tels le droit des enfants, la lutte contre le racisme, le développement durable… La case aux enfants.

Ce poème me permet de faire le lien avec le thème du Printemps des Poètes choisi pour cette année, 2015 : L’insurrection poétique.

"La poésie peut encore sauver le monde en transformant la conscience" Lawrence Ferlinghetti Fait de langue, la poésie est aussi, et peut-être d'abord, « une manière d'être, d'habiter, de s'habiter » comme le disait Georges Perros. Parole levée, vent debout ou chant intérieur, elle manifeste dans la cité une objection radicale et obstinée à tout ce qui diminue l'homme, elle oppose aux vains prestiges du paraître, de l'avoir et du pouvoir, le vœu d'une vie intense et insoumise. Elle est une insurrection de la conscience contre tout ce qui enjoint, simplifie, limite et décourage. Même rebelle, son principe, disait Julien Gracq, est le « sentiment du oui ». Elle invite à prendre feu.

Jean-Pierre Siméon, directeur artistique du Printemps des Poètes.

Les écrivains, poètes ne sont pas les seuls à lutter contre le racisme, d’autres artistes œuvrent à leur manière : chanteurs, peintres… Ils se complètent.

Voici deux chansons qui ont imprimé leurs marques en moi.

J’ai appris la première en colonie de vacances, nous la fredonnions très souvent et l’ai retrouvée lorsque j’ai passé mon BAFA, avant de la chanter à mon tour à mes enfants : Claude Nougaro, Armstrong.

(...)
Armstrong, un jour, tôt ou tard,
On n'est que des os...
Est ce que les tiens seront noirs ?
Ce serait rigolo
Allez Louis, alléluia !
Au delà de nos oripeaux,
Noir et Blanc
Sont ressemblants
Comme deux gouttes d'eau

Claude Nougaro - Armstrong.

La seconde, Ebony and Ivory, de Paul McCartney et Stevie Wonder.

Je l’ai apprise (je crois) en cours de musique au collège…

Ebony and ivory,
Live together in perfect harmony,
Side by side on my piano keyboard,
Oh, lord, why don't we?

We all know that people are the same wherever you go,
There is good and bad in ev'ryone.
And we learn to live, we learn to give each other
What we need to survive, together alive.
(...)

Paul McCartney et Stevie Wonder - Ebony and Ivory

Dans la sélection 3e/2de du Prix des Incorruptibles 2014-2015, se trouve un livre qui m’a vraiment plu, de par l’écriture bien sûr, mais surtout de par son sujet : la ségrégation raciale aux Etats-Unis et la politique hypocrite « séparés mais égaux ».

Sweet sixteen d’Annelise Heurtier (Casterman) est un roman à deux voix, qui m’a vraiment percutée, souvent révoltée. Très fin, très bien écrit, peu de mots pour "trop" de ressentis...

Mon article ICI.

Cette lecture faisait suite (hasard des calendriers) à l’émission Duels diffusée le jeudi 12 mars sur France 5 Martin Luther King / Malcolm X, deux rêves noirs.

Plus de quarante ans après leur disparition, Martin Luther King Jr. et Malcolm X restent deux des activistes politiques les plus célèbres de la planète. Leurs combats pour la reconnaissance des droits des Noirs aux Etats-Unis ont eu un retentissement bien au-delà des frontières américaines. Prix Nobel de la paix en octobre 1964, Martin Luther King Jr. devient alors le symbole du Mouvement des droits civiques. A la même époque, Malcolm X est considéré comme une icône en Afrique, où les chefs d'Etat se bousculent pour le recevoir. Martin Luther King Jr. et Malcolm X ? Deux rêves noirs qui s'affrontent, deux caractères, deux visions de l'Amérique, deux stratégies politiques.

Après son pèlerinage à La Mecque, il [Malcom X] endosse une nouvelle identité : celle du combattant apaisé qui milite pour l’égalité entre les hommes. C’est à cette époque qu’il rencontre pour la première et unique fois son adversaire : Martin Luther King, qui avait toujours refusé ses sollicitations, lui consacre une minute, immortalisée par un cliché symbolique. « [Nous, les Afro-Américains] nous avons tous un peu de Martin et un peu de Malcolm en nous, résume James H. Cone. Malcolm incarne notre identité noire, celle qui ne veut pas que les Blancs nous marchent sur les pieds… King incarne notre désir de créer une société pour tous guidée par la non-violence, l’amour et le respect d’autrui. »

Tupac Shakur -- Malcom X -- Martin Luther King

Tupac Shakur -- Malcom X -- Martin Luther King

Ceci, et la photo du dessus, me permet de faire le lien avec un artiste que j’aime énormément, multi-facettes, souvent catégorisé dans un seul domaine, et donc au final, paradoxalement méconnu.

Il s’agit de Tupac Amaru Shakur (1971-1996). Chanteur, rappeur, comédien, acteur, activiste et poète américain.

On pourrait s’arrêter au genre musical, le « rap » et à ce qui s’en accompagne : une attitude, une gestuelle, un style vestimentaire ; le tout volontiers clinquant, provocateur, codifié et souvent surfait.

Mais Tupac s’en sert pour faire passer des messages aux jeunes désœuvrés des quartiers, des ghettos.

Tupac, fils de membres des Blacks Panthers Party, en est, en quelque sorte, le produit, adapté aux années 80-90.

Là où Tupac a su creuser l'écart entre lui et ses concurrents dans le milieu du rap, c'est qu'il a su expliquer et justifier les attitudes et messages de sa génération auprès de ceux dont il pouvait a priori sembler déconnecté (plus âgés, d'autres milieux), sans perdre sa crédibilité auprès de ceux qu'il représentait. Bien connaître ses arguments aide amplement à saisir les caractéristiques méconnues des générations qu'il a affectées.

http://2pacpourlesnuls.free.fr/pont.html

Martin Luther King et Malcom X, bien que différents, ont combattu pour leur génération, celles du passé, celles qui n’étaient plus mais auprès de qui l’Etat américain a une facture à régler (idée présente dans le discours I have a dream de 1963 de Martin Luther King, partagée par Malcom X, mais occultée).

Et bien sûr, pour celles à venir…

Cette jeune génération de Noirs américains, héritière des combats du passé, est écartelée. Elle ne demande plus comme l’ont fait les précédentes, elle exige et prend, tout, tout de suite, parfois sans discernement et s’oriente vers la facilité, la pègre, la drogue, la violence, allègrement distribuées par les politiques, la police, le système… Une autre forme d’esclavage.

« cafards dans la cuisine et […] junkies dans le jardin public : La fête est finie » selon Olivier Cachin dans L'offensive rap, chez Découverte Gallimard publié en 1999.

Système qui met en place la discrimination positive et qui, paradoxalement, a permis une amélioration de la condition et représentativité des afro-américains.

Voici deux chansons et extraits de traduction pour (re)découvrir ses propos.

GHETTO GOSPEL

If I could recollect before my hood dayz

Si je pouvais me souvenir de ce qui précédait mes jours dans les rues

I would sit in bliss and reminis on the good dayz.

Je serais heureux et me remémorerais les beaux jours

I stop and stare at the younger, my heart goes to'em

Je m'arrête et regarde les plus jeunes, mon cœur va vers eux

They stressed and goin under.

Ils sont stressés et vont mal

We never really went through that

On n'a jamais vraiment traversé ces moments-là //

Cause we was born ? ? ? ?

Car étions nous nés ? ? ? ?

Today things change,

Aujourd'hui les choses changent

Its a shame they blame it on the youth cause the truth look strange

Tout le monde a honte de la jeunesse, Car la vérité semble étrange /

And for me it's reversed

Et pour moi c’est l’inverse,

We left 'em a world that's cursed, and it hurts

on leur a laissé un monde maudit, et ça blesse

For them its worse, we come from a world thats cursed

Pour eux c'est pire encore, on vient d'un monde maudit

And it hurts.

Et ça fait mal

Cause any day theyll push the button.

Car un jour ou l'autre, ils presseront la détente

And yall condemned like malcom x and uncle bob

Et vous êtes tous condamnés comme si Malcom X et Bobby Hutton [Membre des Black Panthers Party] http://en.wikipedia.org/wiki/Bobby_Hutton

They died for nothin.

Etaient morts pour rien

Make the people teary, the world looks dreary

ça te met pas les larmes aux yeux ? Le monde a l'air maussade

But when you wipe your eyes you see it clearley.

tu le voies clairement quand tu essuies tes yeux

Theres no need for you to fear me.

Tu n'as aucune raison d'avoir peur de moi

If you take the time to hear me,

Si tu prends le temps de m'écouter

Maybe you can learn to cheer me.

Tu pourras peut-être apprendre à m’apprécier

It aint about black or white cuz we're human

[ça n'a ]aucun rapport avec le fait d'être blanc ou noir car sommes tous humains

Both doin I hope you see the light

Les deux font, j'espère, la lumière

Before its ruined

Avant qu’il ne soit trop tard

My ghetto gospel

Mon gospel du ghetto

Pour la traduction: http://lyricstranslate.com/fr/ghetto-gospel-evangile-du-ghetto.html  et http://www.lacoccinelle.net/266882.html et moi.

CHANGES

I'm tired of bein' poor and even worse I'm black

J'en ai marre d'être pauvre et pire encore d'être noir

My stomach hurts so I'm lookin' for a purse to snatch

Mon estomac me fait mal donc je cherche un porte-monnaie à arracher

Cops give a damn about a negro

Les flics (=les flics corrompus) s'en foutent des négros

Pull the trigger kill a nigga he's a hero

Appuyer sur la gachette, tuer un nègro, c'est un héros

Give the crack to the kids who the hell cares

Donner le crack aux enfants tout le monde s'en fout

One less hungry mouth on the welfare

Une bouche de moins à nourrir pour l'assistance sociale

First ship 'em dope and let 'em deal the brothers

Tu leur fournis de la drogue et leur laisses vendre leurs frères

Give 'em guns step back watch 'em kill each other

Tu leur donnes des flingues te retires pour les voir s'entre-tuer

It's time to fight back that's what Huey said

C'est le moment de contre-attaquer comme un Huey disait

Two shots in the dark now Huey's dead

Deux détonations dans le noir, désormais Huey est mort

I got love for my brother but we can never go nowhere

J'aime mon frère mais nous n'arriverons jamais à rien

Unless we share with each other

Si nous ne partageons pas

We gotta start makin' changes

Nous devons commencer à faire des changements

Learn to see me as a brother

Apprends à me voir comme un frère

Instead of two distant strangers

Plutôt que de penser que nous sommes de lointains étrangers

And that's how it's supposed to be

Et c'est ainsi que ce doit être

How can the Devil take a brother if he's close to me ?

Comment le diable peut-il s'emparer d'un frère s'il est près de moi ?

I'd love to go back to when we played as kids

J'aimerais revenir aux jours où nous jouions comme des enfants

But things changed, and that's the way it is

Mais les choses ont changé, et c'est ainsi.

Pour la traduction: http://www.lacoccinelle.net/243231.html et moi.

Son rap dénonce et appelle, à SE changer pour que çA change et que la situation évolue. Les jeunes Noirs ne doivent pas seulement attendre, ils doivent agir et s’instruire.

Tout comme Malcom X et Martin Luther King avant lui, Mandela après lui, il est certain que l’éducation est primordiale pour s’extraire des stéréotypes et du racisme primitifs.

Et il commençait à s’engager en politique.

Il est l’un des premiers à s’intéresser et à rapper sur la situation des femmes, des mères célibataires : Brenda’s got a baby ou Dear Mama.

Acteur (il a tourné dans six films), il était aussi un grand lecteur et avait publié en 1999 un recueils de poèmes (voilà qui rejoint le thème du Printemps des Poètes 2015) : The Roses That Grew from Concrete, également mis en musique.

The Rose That Grew From Concrete

Did you hear about the rose that grew from a crack in the concrete?

Proving nature's law is wrong it learned to walk without having feet.

Funny it seems, but by keeping it's dreams, it learned to breathe fresh air.

Long live the rose that grew from concrete when no one else ever cared.

La Rose Qui Poussa Dans Du Goudron

Connaissez-vous cette rose qui a émergé d'une craquelure dans le bitume ?

Contredisant la loi de la Nature, elle a su marcher sans avoir besoin de pieds.

Cela peut vous sembler bizarre, mais c'est en s'accrochant à ses rêves, qu'elle a su trouver l'air qu'il lui fallait.

Longue vie à toi, rose qui es sortie du béton, alors que personne ne misait sur toi.

http://2pacpourlesnuls.free.fr/carriere.html

Tous pareils, tous différents, et tous uniques (Histoire, albums, poèmes, chansons, artistes…)
Tous pareils, tous différents, et tous uniques (Histoire, albums, poèmes, chansons, artistes…)

Le 7 septembre 1996, il est pris pour cible dans une fusillade à Los Angeles et en décède finalement le 13 septembre.

Cette mort précoce et violente lui assure cependant un succès posthume phénoménal dont le message reste encore d’une cruelle actualité. Des duos arrangés ne cessent de se faire, ses CD sont toujours en top des ventes, il reste une référence et est même « apparu » en 2012 lors d’un concert à Coachella, festival de musique à Indio en Californie, grâce à un hologramme.

Pour en savoir davantage sur 2Pac, je vous conseille ce site, très bien expliqué et détaillé, interviews, chansons, traductions pour comprendre, l’homme, le « Prophète », le message, sa notoriété.

D’autres artistes ont milité contre le racisme, ce fut le cas de Keith Haring. Un peintre, un sculpteur, un artiste très engagé, que j’aime beaucoup et dont je vous ai déjà parlé !

D’ailleurs son engagement politique a été mis à l’honneur lors de la grande rétrospective que le Musée d’Art Moderne de Paris lui a rendu il y a deux ans, en 2013 : The Political Line.

L’exposition Keith Haring (1958 – 1990) présentée au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris permettra d’appréhender l’importance de ses œuvres d’art, tant sur le plan historique que sur le plan politique. Keith Haring fut l’un des artistes les plus célébrés de son époque, et aujourd’hui encore tout le monde connaît son style incomparable et ses signes emblématiques. Ses graphismes réalisés dans le métro, ses peintures, ses dessins et sculptures, étaient destinés à délivrer des messages de justice sociale et de changement. Il a lutté contre le racisme, le capitalisme, en faveur de l’abolition de l’apartheid en Afrique du Sud mais aussi contre le crack et l’épidémie du sida. Avec plus de 100 œuvres réalisées sur toile, sur bâche ou dans le métro, des dessins et des sculptures provenant de musées internationaux et de grandes collections privées, cette exposition sera une des plus importantes jamais réalisées sur cet artiste. (CLIC)

Magazine Beaux-Arts Hors-Série. Keith Haring. The Political Line, 2013.(pages 24-26)
Magazine Beaux-Arts Hors-Série. Keith Haring. The Political Line, 2013.(pages 24-26)

Magazine Beaux-Arts Hors-Série. Keith Haring. The Political Line, 2013.(pages 24-26)

Keith Haring a toujours pensé : « Au fond de moi, je ne suis pas blanc » et n’a eu de cesse de combattre le racisme.
En 1983, l’assassinat de l’artiste afro-américain Michael Stewart l’a profondément marqué. Deux ans plus tard, il peint une toile qui s’inspire de ce fait divers dramatique (photo suivante).
On y voit l’artiste étranglé par une main blanche et entourée de squelettes, de sang, de croix, comme autant de symboles de morts. L’œuvre Untitled de 1984, quant à elle, fut transformée en affiche pour dénoncer l’apartheid et distribuée gratuitement dans Central Park.
Par ces modes d’action, Keith Haring s’affiche comme un artiste viscéralement militant.

Magazine Beaux-Arts Hors-Série. Keith Haring. The Political Line, 2013.(page 24)

Magazine Beaux-Arts Hors-Série. Keith Haring. The Political Line, 2013.(page 25)

Magazine Beaux-Arts Hors-Série. Keith Haring. The Political Line, 2013.(page 25)

Pour finir, un livre qui nous parle du racisme et de son histoore depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours.

Une histoire du racisme.

L’auteur est clair et concis, il ne mâche pas ses mots et n’hésite pas à dégommer idées reçues ou thèses dépassées.

Je n’ai pour l’instant lu que la dernière partie, consacrée au racisme et à l’antisémitisme depuis 1945 et la conclusion. Le génocide des Arméniens en 1915, la Shoah, le génocide rwandais en 1994, mais également la ségrégation aux Etats-Unis ou l’apartheid en Afrique du Sud…

Tout en apportant une définition précise du mot « génocide », employé depuis 30 ans trop facilement dans les médias.

Sa conclusion est très ferme ! Sa position à l’égard du mot « racisme » a évolué dans le temps, au fur et à mesure de ses recherches, et des évènements. D’abord prise au sens le plus strict, il a élargi le champ de sa définition.

Page 278-279.

Toute forme de haine de l’autre en tant qu’autre, fondée non pas sur ce que l’autre fait mais sur ce qu’il est réputé être (jeune, femme, homosexuel, musulman ou chrétien, etc.,) me semble désormais relever du racisme. Mes arguments ? Ils sont doubles. D’une part puisqu’il n’existe pas de « race » objective à l’intérieur de l’espèce humaine, il n’existe aucun fondement objectif pour refuser le nom de racisme à des formes de haine qui ne sont pas dirigées contre des « races », mais contre d’autres sous-catégories –fictives ou réelles- internes au genre humain. Il est clair que des haines de nature au départ non raciale, comme par exemple les haines religieuses, finissent presque toujours, à un moment ou à un autre, par prendre une connotation raciste.

(…)

Ma seconde conclusion sera d’ordre politique. On ne naît pas raciste, on le devient : parfois par ignorance, souvent par mauvaise foi. L’expérience de plus de deux mille ans d’histoire prouve, en tout cas, qu’il ne suffit pas qu’un jugement erroné soit dénoncé, qu’une idée fausse soit critiquée ou qu’une pseudo-science soit réduite en miettes, pour que le jugement, l’idée ou la science en question cessent d’exercer leurs ravages. « Nul n’est méchant volontairement », disait Socrate. Eh bien c’est tout simplement faux ! Car c’est en connaissance de cause, au contraire, et en étant parfaitement conscients du fait qu’ils agissent mal, que la plupart des criminels racistes commettent leurs crimes. On peut donc – et l(on doit – lutter contre l’ignorance humaine : les progrès de la connaissance et ceux de l’éducation sont essentiels à la survie de l’humanité. Mais (…)à il ne sert à rien de dénoncer le mal si l’on ne se donne pas les moyens effectifs d’éliminer les conditions qui ont permis ce mal, engendré l’illusion collective ou le mensonge de masse dont il procède.

Je vous reparlerai de différences, racisme, handicap dans le cadre du challenge « Je Lis Aussi des Albums 2015 », puisque ce sera le thème du samedi 2 mai ! Article à lire ICI.

Si vous avez des titres à me proposer, je suis preneuse !

Bonnes lectures et découvertes !

Blandine.

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