La mort blanche. Chronique de la der des ders. Robbie MORRISON et Charlie ADLARD - 2014 (BD)

Publié le 8 Novembre 2014

La mort blanche

Chronique de la der des ders

Robbie MORRISON et Charlie ADLARD

Editions Delcourt, avril 2014

95 pages

Thèmes abordés : Première Guerre Mondiale, front austro-italien, mémoire.

Lorsqu’on songe à la Première Guerre Mondiale, pour nous Français, les fronts et les batailles qui s’imposent sont ceux de France : la Marne (1914 et 1918), les Eparges (1915), Verdun (1916), le Chemin des Dames (1917), …

Or, si elle est mondiale, ce n’est pas seulement au vu des nations engagées dans le conflit, mais aussi des différentes zones de combats tout autour du globe. L’horreur de cette guerre s’est répandue partout sur terre, dans des lieux où l’humanité n’y a pas vraiment place, dans des conditions inhumaines, reflets de cette guerre, où tous les moyens sont bons pour tuer. Tels qu’utiliser la nature, non pas pour se cacher, mais comme arme, pour tuer, anéantir, d’une manière simple et efficace le plus grand nombre d’ennemis.

Un jour ensoleillé de septembre 2013, cinq cents personnes assistèrent à un double enterrement dans la petite station de ski alpin de Peio, en Italie du Nord. Les corps étaient ceux de deux Autrichiens âges de 17 et 18 ans.

Mais il ne s’agissait pas de vacanciers victimes d’un tragique accident de ski. . Ils avaient tous les deux des trous de balles dans le crâne et étaient restés gelés dans la neige et la glace du glacier Presana pendant près de cent ans. C’étaient des soldats de la Première Guerre Mondiale qui avaient combattu dans une partie relativement obscure de ce conflit, aujourd’hui connue sous le nom de Guerre Blanche.
(…)
En cette année du centenaire de la Première Guerre Mondiale, la découverte de leurs corps est un rappel triste et troublant que le passé ne meurt jamais vraiment.

Robbie Morrison, janvier 2014. Préface.

Cette BD répare cet oubli. Et en ce Centenaire de la Grande Guerre, Delcourt réédite ce one-shot des débuts de Charlie Adlard, sorti en 1998.

Elle nous décrit un petit bout de cette guerre, en 1916, à la frontière austro-italienne, en plein hiver, là où les soldats luttent entre eux, contre le froid, contre d’anciens amis passés dans le mauvais camp suite à une virevolte politique.

C’est ainsi que Pietro Aquasanta, d’origine austro-hongroise mais qui a changé de camp alors qu’il était prisonnier, se voit contraint de se battre, et tuer, ses anciens voisins, ses anciens amis, car l’Italie est entrée en guerre aux côtés de la Triple Entente (mai 1915).

Si les hommes ne doutent pas de lui, il n’en est pas de même pour le sergent-major Orsini. Un sous-officier brutal, obtus et égoïste, pour qui tous les moyens sont bons pour arracher une victoire.

Orsini : « Oubliez ce que vous pensiez, ce qu’on vous a dit. C’est la GUERRE, et ceci est MA ligne de tranchées. Le front d’Orsini. Il n’y a pas de système de « vivre et laisser vivre », ici, c’est tuer ou être tué. »
(…)
Le général veut leur terre. Le général veut la victoire. JE veux leur SANG.

Page 14.

Dans ce paysage glacial et immaculé, les distractions sont peu nombreuses et le bordel du cantonnement, bien qu’il permette de se changer les idées, n’apporte pas le réconfort escompté. Comme sur les autres fronts, la solitude, la saleté, les armes, les blessures atroces, la Mort sont les compagnes inséparables du soldat.

Le titre de la BD, La Mort Blanche, est le nom que l’on donne aux avalanches de neige tueuses et dont les soldats des deux camps tentèrent de tirer profit en les déclenchant eux-mêmes afin de tuer « proprement » le plus d’ennemis possibles. Ceci est un fait avéré !

Si le scénario est parfois un peu difficile à suivre, le graphisme est saisissant !

Tout en noir, blanc et gris, il nous immerge dans l’horreur, le froid qui pénètre les os, la blancheur immaculée, telle un linceul, est prête à nous engloutir.

Le sang la tâche sombrement, le trait est souvent furieux, effrayant, douloureux, tout comme les expressions des personnages.

L’air semble saturé de neige et de poudre, ce qui le rend trouble et crayeux, malgré les grands aplats blancs qui figurent la neige.

Une BD à découvrir pour saisir davantage toute l’ignominie de la guerre et l’utilisation que l’Homme fait de la nature à des fins de destruction.

Belles lectures et découvertes,

Blandine.

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