Poème "La voix des tombes." Charles Albert POIRIER

Publié le 20 Septembre 2014

Poème "La voix des tombes." Charles Albert POIRIER

La voix des tombes.

Charles Albert POIRIER.

Caporal au 97e RI durant la Première Guerre Mondiale, il fut tué le 21 mars 1917 à Coeuvres-et-Valsery, Aisne, à l'âge de 20 ans.

Lorsque vous passerez après nous sur la route

Où nous avons peiné, où nous avons souffert

Sans avoir d’autre abri que la céleste voûte,

Lorsque tous les démons rentreront en enfer,

Lorsque la paix enfin renaîtra sur le monde,

Vous chercherez en vain la trace de nos pas ?

D’autres auront passé dans l’orage qui gronde ;

Nous aurons passé dans l’orage qui gronde ;

Nous aurons disparu des choses d’ici-bas,

Et nous aurons péri comme ont péri les autres

Dans la plaine de sang où nous serons tombés ;

Quelques croix, seulement, au milieu des épeautres

Diront dans quels sillons nous aurons succombé.

Peut-être bien qu’alors, les yeux mouillés de larmes,

Vous vous arrêterez sur nos jeunes tombeaux

Où nous fûmes couchés dans le fracas des armes.

Vous jetterez des fleurs et des lauriers nouveaux

Sur des noms inconnus, ignorés de la foule,

Et vous vous souviendrez de vos jeunes aînés

Que la mort a saisis comme un torrent qui roule

Des arbres, des rochers, par le flot entraînés…

Lorsque le soir viendra, assis à votre table

Entourés de bonheur, d’amour et de douceur,

Que vous respirerez une joie ineffable,

Pensez, pensez à nous dans vos fêtes du cœur !

Vous songerez alors que, si la vie est douce,

Si votre femme est belle et vous sourit toujours,

Si votre nid d’amour est bâti sur la mousse,

Si vos enfants rieurs égaient vos alentours,

C’est parce qu’autrefois de fiers soldats de France

Ont quitté pour toujours les espoirs d’ici-bas,

Qu’ils ont abandonné les lieux de leur enfance,

Qu’ils sont partis gaiement ne se retournant pas,

Que la terre leur fut une sûre défense

Où pendant de longs mois ils se tinrent cachés,

Et parce qu’ils sont morts dans les plaines immenses

Où comme de grands blés ils ont été fauchés !

J'ai découvert ce poème dans le roman de Marie Guerrini, à qui l'un de ses vers a donné son titre et dont je vous recommande fortement la lecture!

Pensez à nous dans vos fêtes du cœur! Roman d'un poilu corse.

Rédigé par Blandine

Publié dans #Poèmes, #Première Guerre Mondiale

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