La classe pipelette. Susie MORGENSTERN. Dès 8 ans

Publié le 17 Septembre 2014

La classe pipelette. Susie MORGENSTERN. Dès 8 ans

La classe pipelette.

Texte de Susie MORGENSTERN et illustrations d’Iris de MOÜY.

Ecole des Loisirs, collection « Mouche », août 2014.

88 pages.

Dès 8 ans.

Notions abordées: école, mal-être, philosophie.

Notre école va mal.

Les différents rapports et enquêtes ne cessent de nous le marteler (PISA ou observations du directeur de l’OCDE sur notre système éducatif) Mal-être des professeurs, mal-être des élèves, confusion des rôles, confusion entre éducation et instruction. Chacun y va de sa prérogative, de son petit mot et ce cocktail conduit à nombre de situations difficiles, voire explosives.

Susie Morgenstern, grâce à son acuité, nous glisse dans la peau de Catherine, enseignante en CM, qui se retrouve dépassée et démunie devant sa classe. Pourquoi ?

Ils parlent, ils parlent, ils parlent sans arrêt, dans un bourdonnement perpétuel.

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Tous ne bavardent pas de la même façon, il y a les meneurs, donc les suiveurs, les occasionnels, les bruyants. Ils ne parlent pas forcément contre elle, pour l’embêter ou lui nuire, juste parce que certains en ressentent le besoin, parce qu’ils ont des choses à (se) dire là-tout de suite-maintenant, parce que c’est rigolo… Mais au final, les 18 parlent, jacassent sans arrêt.

RENAUD : Je ne hais pas la maîtresse. Elle essaie d’être gentille, ne me donne pas de punitions comme la maîtresse du CE2.
Mais je ne peux pas m’arrêter de dire des trucs à Enzo et de ricaner. J’adore surtout me moquer des autres élèves. C’est un plaisir qui ne peut jamais attendre.

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Ce n’est pas la motivation qui fait défaut à Catherine.

Elle aime enseigner, alors elle se démène, propose plusieurs méthodes, stricte, douce, bienveillante, farfelue, responsable, philosophique…Elles donnent leur nom aux chapitres, telles différentes voies pour résoudre un problème de mathématiques.

Mais ce fond sonore, persistant, plus ou moins fort, qui nuit et ennuie certains élèves, dépasse, submerge Catherine qui ne sait plus comment faire face…

Elle aimerait que se réveille avec elle, ce matin, l’ambition professionnelle qu’elle avait autrefois : être le genre de maîtresse qui compte dans la vie de ses élèves.

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La classe pipelette. Susie MORGENSTERN. Dès 8 ans

Dépression, arrêt, remplacement.

A son retour, les élèves sont bien heureux de la retrouver et de reprendre leurs conversations…

Un évènement inattendu permettra à Catherine, non pas d’obtenir le silence de manière pérenne, mais de faire face avec philosophie, sinon fatalisme, à ce brouhaha constant.

La classe pipelette. Susie MORGENSTERN. Dès 8 ans

Susie Morgenstern nous permet de lire l’école sous un angle nouveau. Si le point de vue de l’enseignante est privilégié, elle fait aussi parler les élèves, et par leur voix, celle de leurs parents. Pas toujours très tendres, qui se reposent (presque) entièrement sur l’école, le système éducatif, et qui n’hésitent pas à tirer à boulets rouges si quelque chose ne (leur) va pas.

Susie Morgenstern jongle avec ces différents angles de vues pour permettre à ses lecteurs d’appréhender le problème de manière globale, de découvrir que les professeurs se et sont « torturés », angoissés par ces situations.

LAURA . Papa dit que c’est la faute de la maîtresse : elle devrait pouvoir contrôler sa classe. Mais elle fait de son mieux, la pauvre. J’aimerais trouver un truc pour l’aider.

Page 20.

ALICE : on peut très bien parler et écouter en même temps. Papa dit que nous sommes de plus en plus « multitâches ». A la maison, nous mangeons en regardant la télé. Je m’habille le matin en regardant la télé. Le soir, tous devant la télé, nous réussissons très bien à parler en zappant. En plus, papa lit les messages sur son portable à table, et mon grand frère mange devant son ordinateur. L’humanité évolue, elle progresse. Pourquoi pas l’école ? »

Page 41.

Cependant, j’avoue avoir été un peu déconcertée par la fin, trop irréaliste à mon sens. Autant je trouve tout le livre, le discours, la description, très justes, autant celle-ci, non.

La maîtresse, tout comme les élèves, emploie un vocabulaire très cru. Mots intimes, mots forts, mots colère. "Etrangler, égorger, enfermer, bâillonner" (Page 10).

SEBASTIEN : C’est simple : je le hais ! J’ai des envies de meurtre.

Page 56.

Ce livre est destiné aux jeunes lecteurs, dès 8 ans.

S’expriment-ils ainsi et/ou imaginent-ils que tant d’émotions contradictoires peuvent travailler leurs professeurs ? Dans une société où la violence est surmédiatisée donc banalisée, nos enfants se parlent entre eux avec des « gros mots », des mots violents, sans toujours savoir leur signification et répercussions.

L’aspect psychologique de la maîtresse, comme des élèves est pris en compte par Susie Morgenstern. Ainsi, peut-être ses jeunes lecteurs pourront cerner ou même comprendre la portée de certains de leurs actes ou paroles.

Les illustrations, ainsi que le titre du livre dédramatisent le propos. « Pipelette » est un mot mignon, la présentation est ludique, les illustrations de classe sympathiques. Pour appuyer certains points de vue/émotions, quelques personnages sont mis en avant, et leur propos sont dans une bulle. Cela aère la lecture et renforce le propos. Cet aspect m’a beaucoup plu.

Pour aller plus loin, voici le lien vers une émission de radio « Les pieds sur terre » de France Culture, en date du 11 septembre 2014.Découvert grâce au relais du blog La Mare aux Mots, elle est intitulée Chahutages et autres désordres. Elle donne la voix à quatre professeurs de collège/lycée qui racontent un évènement où leur autorité, intégrité ont été bafouées par des comportements d’élèves et comment ils y ont fait face.

L’émission est très bien faite, avec en fond sonore, de vrais bruits de classe lors de cours. On retient que les professeurs doivent sans cesse, et à toute allure, tout analyser de leurs élèves : postures, fatigue, émotions et adopter un comportement en conséquence, sans jamais se montrer faible.

Je trouve toutefois que le titre de l’émission semble faible suite à ce que l’on entend, car cela va plus loin que de simples chahutages.

L’émission Les Maternelles sur France 5 du mardi 16 septembre 2014, et intitulée Qui sont les instits de nos enfants ? a très bien abordé ces questions. Le rôle du professeur, sa motivation, ses trucs et astuces avec les enfants, ses inquiétudes et colères, le bricolage permanent, les effectifs… la confusion entre l’Institution qu’est l’école et le service qu’on voudrait qu’elle soit, la logique de l’utile pour tout de suite, le piochage des matières intéressantes contre celles qui ne le seraient pas…

Mais même si 63% des professeurs de maternelle disent être insatisfaits, ils déclarent tous aimer leur métier. Ils regrettent le manque de reconnaissance et les salaires trop bas, que l’OCDE a également pointé.

A voir ou revoir sur le replay (je ne sais pas pendant combien de temps il est disponible)

La classe pipelette. Susie MORGENSTERN. Dès 8 ans

Quelle est votre opinion, votre ressenti sur cette délicate question?

Livre lu dans le cadre du Challenge « 1% Rentrée Littéraire » de Sophie Hérisson.

challenge rl jeunesse

1/9

La classe pipelette. Susie MORGENSTERN. Dès 8 ans

Susie Morgenstern, toujours professeur d’Anglais à l’université de Nice, a écrit beaucoup de livres sur l’école.

En voici quelques titres, certains lus mais pas encore chroniqués.

  • La liste des fournitures. Texte de Susie MORGENSTERN et illustrations de Catharina VALCKX. Ecole des Loisirs, collection "Mouche", août 2002. Dès 8 ans.
  • Même les princesses doivent aller à l’école. Susie MORGENSTERN et illustrations de Serge BLOCH. Ecole des Loisirs, collection « Mouche », mars 1991. Dès 7 ans.
  • Joker. Texte de Susie MORGENSTERN et illustrations de Mireille d’ALANCE, Ecole des Loisirs, collection Mouche. Dès 7 ans.
  • La sixième. Susie MORGENSTERN, Ecole des Loisirs, collection Neuf, 1984. Dès 9 ans
  • Sa majesté la maîtresse. Texte de Susie MORGENSTERN et illustrations de Catherine REBEYROL, Ecole des Loisirs, collection Mouche, 1999. Dès 7 ans.
  • Le vampire du CDI. Susie MORGENSTERN, Ecole des Loisirs, collection Neuf, 1997. Dès 9 ans.
  • Le fiancé de la maîtresse. Texte de Susie MORGENSTERN et illustrations de Mireille d’ALANCE, Ecole des Loisirs, collection Mouche, 1997.

Découvrez trois interviews d'auteurs, dont Susie Morgenstern, de leurs souvenirs d'école, bons et mauvais et un petit quizz, ici!

Belles lectures et découvertes.

Blandine.

La classe pipelette. Susie MORGENSTERN. Dès 8 ans

Voici ce que je viens de lire dans le magazine "La classe" du mois de novembre 2014, numéro 253: "Dans son édition du 7 septembre 2014, Libération signale "le malaise" de plusieurs libraires devant l'ouvrage de Susie Morgenstern, La classe pipelette (L'école des Loisirs), rapportant que "quelques-uns ont fait le choix de retirer le livre de leur vitrine".

C'est l'histoire de Catherine, une enseignante de 10 ans, à bout de nerfs, qui ne sait plus comment faire cesser les bavardages de ses CM1 ou CM2. Le récit est entrecoupé du point de vue de ces élèves tchatcheurs, jugé parfois violent.

"Je n'ai jamais été politiquement correcte, se défend l'auteure, Susie Morgenstern. Mes livres peuvent heurter des adultes qui n'ont pas toujours les clés pour les lire, alors que j'écris pour des enfants." Pour ce roman, elle s'est appuyée sur l'observation et évoque la détresse d'enseignants face à des élèves "incontrôlables": "mon intention n'est pas de provoquer, mais de raconter la réalité."

Qu'en pensez-vous?

Blandine.

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mb cordou 30/10/2014 17:39

Bonjour, franchement en tant qu'enseignante, il m'est arrivé de déprimer comme cette jeune femme.surtout les années ou j'ai 32 élèves comme il ya deux ans, il yavait toujours du bruit ; même en étant sévère, on est toujours en train de mettre en place des sytèmes de régles, de coix de récompenses pour obtenir la concentration absolue ( pas sûr qu'on l'ait d'ailleurs) , c'est usant. l'année dernière, j'ai eu 22 élèves: un bonheur! alors si on nous allégeait les classes tout simplement, le problème du bruit et de la discipline serait nettement réduit. Je me dis que parfois les solutions sont si évidentes qu'elles ne se voient pas! Surtout là haut au gouvernement! ET les maternelles à 30 enfants? comment voulez vous prendre du temps pour un enfant en difficulté?

mb cordou 31/10/2014 08:51

Tout à fait d'accord! Il faut plus de transparence avec les parents . Parfois les enfants travaillent dans le bruit, quand ils sont en groupes ou par deux et c'est très intéressant d'être auprès d'eux de voir leur réflexion, de les orienter vers des pistes , des stratégies de travail, d'où la pratique des ateliers qui nous permet nous , enseignant d'être au plus près de nos élèves et notamment ceux qui en ont le plus besoin. Mais cette configuration de classe n'est réalisable que dans des conditions d'effectif léger, encore une fois...

Blandine 30/10/2014 22:11

Je suis, en tant que parente d'élèves, dans la même interrogation que vous et crains pour la suite. Je crois que le problème est multiple: l'image que l'on a des enfants/des élèves, image des professeurs, l'enseignement qui doit être délivré en termes de contenu (quantité contre qualité), enfants = chiffres=rentabilité, individualité contre collectivité, et nous les parents...

Celine 20/09/2014 11:47

Super intéressant, hâte de regarder les reportages que tu indiques, car oui, pour un professeur qui rêve de faire apprécier sa matière et n'y arrive pas toujours, c'est frustrant, c'est dur... Ah par contre, je ne suis pas fan le la citation p.41: multitâches, oui, mais regarder la télé en faisant autre chose, comme un dîner, un moment convivial donc, non!