Barbe-Bleue et l'esthétique du secret de Charles Perrault à Amélie Nothomb. Florence Fix - 2014

Publié le 23 Mars 2014

Barbe-Bleue et l’esthétique du secret de Charles Perrault à Amélie Nothomb

Florence FIX

Editions Hermann, janvier 2014.

233 pages

C’est grâce à l’opération Masse-Critique de Babelio, que j’ai reçu ce livre ! Je les remercie donc vivement !

Et c’est pourquoi je vous en ai présenté deux autres, aux antipodes l’un de l’autre, comme le suggère le titre de cet essai. Car avant de le lire, j’ai préféré me (re)plonger dans ce conte au-travers ces deux versions !

Je me souviens qu’au collège/lycée, lorsque nous devions décortiquer des œuvres pour trouver ce à quoi avait pensé l’auteur ou voulu dire, ou nous faire penser, m’amenait toujours la même interrogation : « mais comment pouvons nous savoir ? Si cela se trouve c’est un hasard, une erreur de sa part ou de la nôtre… Et voilà que maintenant je cherche à savoir ce qui se cache derrière les histoires, les contes, les auteurs… Sauf qu’à l’inverse, désormais, je choisis mon sujet ! Et cela fait une différence ! Car il y a certains livres/auteurs qui me sont toujours impossibles à lire !

Ce que j’ai découvert en lisant ce livre, c’est qu’il existe une multitude de réécritures de ce conte, depuis la fin du XVIII siècle, et pour des genres aussi variés que le théâtre, l’opéra, le ballet, le roman, la télévision, ou encore le cinéma. Quand il n’est pas simplement évoqué au sein d’une autre œuvre…

Des réécritures aux buts différents mais dont la trame du conte se retrouve bien sûr, bien que déformée, selon les interprétations des auteurs et/ou des époques. Vu cette popularité, il était donc fort intéressant d’en dresser un état des lieux analytique et critique, et non pas un simple catalogue ! Florence Fix s’est appuyée sur 22 écritures en plus de celle de Charles Perrault, et sur une très grande bibliographie, mondiale.

Alors qui est Barbe-Bleue, ou plutôt qu’est ce ? Car il est personne, chose et concept. Intemporel, il cristallise nombre d’attitudes, de pensées ou de sentiments.

La Barbe-Bleue tel qu’écrit et publié par Charles Perrault en 1697 dans ses Contes de ma mère l’Oye est en fait la transcription écrite d’un conte populaire oral et variante de l’ogre qui s’attaque à ses épouse et ses enfants.

De quoi est-il question dans ce conte ? De mariage, mais du point de vue de l’épousée, d’obéissance et de confiance. Mais également d’interdits, de la tentation du savoir et de l’adultère. Ces thèmes trouvent des résonnances dans de nombreux contes, mais sont ici exploités sous un angle nouveau, avec des répétitions mais aussi des nouveautés, des apparitions, des accélérations ou ralentissements du temps.

C’est donc l’histoire d’un homme (sans nom chez Charles Perrault), à l’apparence repoussante, suspect car riche, et dont les femmes disparaissent mystérieusement. Paradoxalement, il concentre toutes les curiosités et trouve toujours à qui se marier. Que l’union soit arrangée ou non. Homme du passé, homme brutal et sans manières, il tente sa jeune épouse qui est son exact opposé. Elle est jeune, il est âgé, elle est inexpérimentée (dans la vie, comme dans tout), à l’inverse de lui. Il la submerge et la surplombe. Leur point commun est la curiosité : celle de voir l’autre faire, et de voir ce que l’autre a pu ou peut faire… Mais elle demeure constamment inassouvie. Le savoir ne leur apporte rien, et lui y perd même la vie. Et elle son innocence. Enfin presque, car son remariage hâtif, mais d’amour, la rend coupable d’adultère.

On peut qualifier Barbe-Bleue de tueur en série, mais l’on ne sait pas pourquoi il a commencé à tuer, ou quelle était la faute de la première. Toutes nos interrogations demeurent et notre curiosité reste inassouvie.

L’ouvrage de Florence Fix se découpe en trois chapitres eux-mêmes divisés en trois catégories. Il y a beaucoup d’argumentation, étayée de nombreux exemples issus des œuvres ou des citations souvent mises en avant par une autre police dans le texte. Ce qui l’aère aussi ! Car si le propos est intéressant, il est malheureusement un peu difficile à comprendre à certains moments et des répétitions l’alourdissent parfois.

L’introduction est très attractive, elle nous invite à repenser notre relation à la couleur bleue et à ce qu’elle nous envoie comme émotions contraire. Couleur froide, elle est pourtant celle de l’enfance et la dernière phrase de la conclusion est une ode à la lecture (de ce conte ou d’un autre livre).

Il réactive constamment le plaisir éprouvé à ouvrir un livre, lorsqu’on ne sait pas encore ce qui nous attend.

page 218

Ce que Florence Fix nous dit en substance et que les multiples réécritures renforcent, c’est que Barbe-bleue n’a pas fini de livrer tout son mystère. A chaque lecture et réécriture, une nouvelle interprétation peut en être faite.

Elle s’est appuyée, entre autres, sur l’ouvrage de Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées qui figurent dans ma PAL 2014, je pourrai ainsi lire ce que ce dernier pense à l’égard de Barbe-Bleue !

C’est un essai riche de découvertes et d’enseignements sur le conte de Barbe-bleue et même sur les contes en règle général, tant dans leur construction qu’aux valeurs et allusions auxquelles ils renvoient. Un essai à lire pour qui s'interroge sur les contes, leur construction, leur origine et leur portée.

Blandine.

Rédigé par Blandine

Publié dans #Essai, #Contes d'ici et d'ailleurs, #2014, #Amélie Nothomb

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