Où on va, papa? J-L FOURNIER

Publié le 22 Octobre 2013

OU ON VA, PAPA ?

Jean-Louis FOURNIER

Editions Stock, novembre 2008.

Je me souviens que, lors de la parution de ce livre, beaucoup d’encre avait coulé !

A cause de l’auteur, à cause du sujet, à cause de la manière d’écrire de l’auteur.

D’un côté décrié (et encore aujourd’hui !), de l’autre encensé, livre détesté ou adoré, il a néanmoins reçu le prix Femina 2008.

Je ne l’avais pas lu à l’époque, alors quand je l’ai trouvé à la brocante, je l’ai acheté de suite, malgré son état.

Jean-Louis Fournier nous livre ici ses sentiments, souvent paradoxaux, face au(x) handicap(s) de ses deux fils, de sa paternité ratée, de son absence, de leurs vies abîmées et de leurs douleurs réelles et conditionnelles.

Nés avec deux ans d’écart, Mathieu et Thomas sont tous les deux handicapés à 80%. La faute à la génétique ! Ils se tiennent voûtés, se déplacent avec difficulté, ne parlent quasiment pas, bavent et Thomas demande sans cesse « où on va, papa ? »

Les enfants sont placés dans un centre spécialisé, l’IMP, et cela donne le sentiment que Jean-Louis Fournier se culpabilise de n’avoir pas su les faire « normaux » et de les avoir placés là, de s’échapper de son rôle de père…

Mathieu meurt, Marie (la sœur) naît, normale…

Sa présence est peu décrite et le départ de sa femme juste évoqué, poussée à bout, par tout.

Mathieu aimait le peintre Watteau, dont voici quelques tableaux.

Le style est vif, les chapitres courts, ce sont presque plus des paragraphes. Il se lit extrêmement vite. Le discours est détonnant, misérabiliste (« Mes enfants ne seront jamais polytechniciens »), autocentré (« Je n’aurai pas de petits-enfants (…), personne ne m’appellera grand-père, sauf les jeunes cons en voiture derrière moi parce que je ne roule pas assez vite. ») ou carrément cynique : « pendant de nombreuses années, j’ai bénéficié d’une vignette automobile gratuite. »

Beaucoup d’humour noir, ce qui peut choquer certains, mais comment traiter ce sujet sans verser dans la complaisance, ou pire, dans la pitié ? Je pense que ça a été un moyen salvateur pour lui d’évoquer ses deux fils.

Qui peut vraiment juger, sans avoir jamais vécu ou approché la situation ? Pourquoi ne faudrait-il jamais friser la méchanceté ou l’indécence ? Pour autant, il a parfaitement conscience des limites, des tolérances de chacun devant la question des handicaps.

Ce livre est avant tout humain, dans ce qu’il a de beau et de plus insidieux. Parce qu’il les aime ses enfants, bien davantage que ne le pourrait laisser supposer ses propos parfois grossiers.

Ce livre interpelle, et ne laissera personne indifférent, quelque soit son sentiment à la fermeture de ce livre.

C’est un livre que j’ai beaucoup apprécié.

Son ex-femme a crée, en réponse à ce livre, un blog initialement appelé « où on va, maman ? » avant qu’elle ne se voit obligée de changer de nom pour, « la maman de Mathieu et Thomas.

A cette rentrée littéraire 2013, Jean-Louis Fournier a à nouveau publié un livre familial sur les relations, ou plutôt sur l’absence de relation avec sa fille, Marie. La servante du Seigneur est édité chez Stock. J’ai pu lire un extrait dans le magazine Lire de cet été, que l’on peut retrouver ici : http://www.lexpress.fr/culture/livre/extrait-la-servante-du-seigneur-par-jean-louis-fournier_1271762.html

L’avez-vous lu et qu’en avez-vous pensé ?

Blandine.

Rédigé par Blandine

Publié dans #Famille, #Romans français, #Maladie-Handicap

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Laurette 03/05/2014 11:55

Magnifique chronique, très éclairante, je vais surement lire celui sur sa fille, pour continuer l'aventure...tu l'as lu depuis ???

Blandine 07/05/2014 15:39

Non :-( mais il le faudrait...